Sans abris : inclure par la consommation

Avec les évolutions de ces dernières années, les centres d’accueils sont désormais axés vers la « stabilisation ». De la prise en charge sanitaire à l’alimentation, l’horizon donné aux sans abris est souvent rétréci à un très court terme, synonyme de déshumanisation. Un véritable labyrinthe fait de délais de prises en charge et de relances quotidiennes auprès de guichets saturés. Cela favorise peu leur reconstruction. Ils sont près de 140 000 personnes dans ce cas.

Des initiatives citoyennes à grande échelle sont en passe de dédoubler ce système public. A l’image de l’expérience portée par l’association « Le Carillon », dans le onzième arrondissement de Paris. Ce collectif anime un réseau de commerçants et de particuliers d’un quartier, afin de soutenir les personnes à la rue. Son modèle fait l’objet d’études de dizaines de collectivités qui y ont été sensibilisées par les grands médias. La ville de Seattle y a même accédé en vue d’une adaptation locale.

Le projet repose sur une offre de services gratuits proposés par les commerçants membres du réseau.

Elle est identifiée par les sans abris grâce à des pictogrammes collés sur les vitrines tels qu’un accès aux toilettes, une recharge téléphonique, un verre d’eau ou une coupe de cheveux. D’autres services sont accessibles sur présentation de bons distribués par les bénévoles. Les consommateurs alimentent cette monnaie locale par des dons : un sandwich acheté contre un café offert, par exemple. Pour chaque achat, le consommateur membre de l’association reçoit un bon qu’il peut donner à une personne SDF. Celle ci l’utilise auprès des commerçants adhérents du réseau.

La redistribution est aussi concrète qu’indolore. Les bénéficiaires sont orientés à la fois par les antennes sociales locales et par des bénévoles. Ceux ci sont en charge d’animer le réseau de commerçants et d’informer les potentiels bénéficiaires qu’ils croisent.

Chaque acteur y trouve son compte. Les commerçants qui captent par ce biais une clientèle « solidaire ». Les bénéficiaires se fondent dans la clientèle avec un accès banalisé à des services répartis sur un territoire. Enfin, les pouvoirs publics qui voient ainsi un second filet citoyen et commercial doubler à peu de frais l’offre publique d’insertion.

L’expérience ne produit pas de miracles. Elle s’adresse à des bénéficiaires dont la rupture avec la société n’est pas encore totalement achevée. Elle procède d’une action de réinclusion par la consommation auprès de petits commerçants attachés à un territoire.

La nouvelle offre de services gratuits procède également par empathie avec le bénéficiaire dans son parcours. Elle n’est pas une prise en charge globale. Elle complète l’approche des services publics traditionnels, elle la change d’échelle en l’humanisant. On estime ainsi que l’offre de toilettes dans les commerces volontaires a triplé sur la zone expérimentée. Il s’agit d’une dynamique sur un territoire qui repose sur les fonctions fondamentales des commerçants : l’échange et la proximité.Personnes sans abris : inclure par la consommation