Scenarios pour une fin du monde

L’angoisse de l’avenir

L’Histoire et les sciences nous enseignent que des cataclysmes gigantesques se sont déjà produits jusqu’à menacer l’existence de la vie sur la Terre, que des déchaînements de fin du monde ont terrorisé nos ancêtres, que toutes les civilisations florissantes du passé ont disparu, certaines tragiquement, d’autres mystérieusement : Assour et Babylone, l’Égypte pharaonique, la Crète, Rome, et plus proche de nous les royaumes mayas, les civilisations khmère et de l’île de Pâques?

La géologie et l’astrophysique laissent à penser que tout peut être anéanti en un clin d’?il par une éruption volcanique géante ou le crash d’un astéroïde mortel. Ã Los Angeles, chacun se prépare au « Big One », le grand tremblement de terre qui menace 38 millions de Californiens sous la faille géologique de San Andreas, à la jonction des plaques tectoniques du Pacifique et de l’Amérique. On le comprend, mais pour nous autres, cette peur de fin du monde n’est-ce qu’un frisson ludique et délicieux qui nous détache de l’urgence de l’action, nous fait contempler nos malheurs possibles sous l’angle du destin comme dans les tragédies grecques, ou se révèle-t-elle comme l’un des plus fiables «thermomètres » de nos angoisses contemporaines ?

Que celui qui prétend ne pas être inquiet, et dit ne rien craindre de l’avenir pour lui et ses enfants, aille rôtir dans l’enfer des menteurs ! Nous sommes conscients d’être désormais coincés entre l’épuisement de notre monde limité et la progression exponentielle de nos besoins dictés par nos choix de société et nos désirs personnels. Les soubresauts financiers, économiques, écologiques, climatiques? ne seraient que les signes avant-coureurs d’un collapsus planétaire imminent. Le « syndrome 2012 », manifeste-t-il la crainte de vivre le cauchemar réaliste dépeint par Cormac McCarthy dans son roman La Route, saisissante métaphore des dangers que nous courons si la raison ne reprend pas les rênes de notre destinée ? Dans un monde dévasté, un homme et son fils poussent un caddie rempli d’objets hétéroclites récupérés parmi les cendres et les cadavres. Dans leur errance vers le Sud improbable, ils survivent la faim au ventre, harcelés par la neige, la pluie, le froid, terrorisés par des hordes de survivants cannibales.

L’horloge de la fin du monde

L’écoulement du temps et la certitude de sa propre fin ont toujours obsédé l’Homme. L’horloge symbolique, baptisée aussi « horloge de l’Apocalypse », fut créée en 1947 par des physiciens nucléaires pour dénoncer les menaces atomiques liées à la « guerre froide ». La représentation de son cadran figure au siège du Bulletin of the Atomic Scientists à Chicago. Elle égrène les dangers majeurs qui pèsent sur l’humanité et contracte le temps qui nous sépare d’une conflagration généralisée possible. Elle est régulièrement « remise à l’heure ». Les aiguilles ont été avancées et reculées dix-huit fois depuis sa création. Pour la première fois, le réchauffement climatique est pris en compte. Les périls liés à l’environnement l’ont fait avancer de deux minutes. Sur l’horloge de la fin du monde, depuis 2007, il est minuit moins cinq. Un effondrement de notre civilisation est donc aujourd’hui une perspective crédible.

L’écrivain mexicain Carlos Fuentès rappelait lors d’un discours prononcé à Paris en 1999 : « (?) il n’est nul mythe de la création qui ne contienne l’annonce de sa destruction. Parce que la création se déroule dans le temps, elle paie son existence en usure de temps. Et le temps, disait Platon, est l’éternité en mouvement. Les anciens Mexicains inscrivirent le temps de l’homme et de sa parole dans une succession de soleils. (?) Le Cinquième Soleil, croyaient les derniers Mexicains avant l’arrivée européenne, le Cinquième Soleil est le nôtre. C’est sous son règne que nous vivons, mais lui aussi disparaîtra un jour, englouti comme le furent les autres par l’eau, le tigre, le feu, le vent. Lui, le Cinquième Soleil, le sera par un élément tout aussi redoutable : le mouvement. Le Cinquième Soleil, le dernier, porte avec lui ce terrible avertissement : le mouvement nous tuera ».

? Bernard Bourdeix pour les éditions Fetjaine groupe La Martinière. Toute reproduction même partielle est interdite. Extrait publié par Novo-Ideo.org en accord avec l’auteur.