« Scope » : les politiques culturelles dans la presse

Chaque mois, les politiques publiques culturelles sur notre rubrique Scope, également sur Facebook.

DÉSHABILLER PAUL OU JACQUES ?

 Édito par Fabrice Bousteau – Faut-il ouvrir les musées sept jours sur sept ?

in Beaux Arts (sept. 2014)

beaux arts sept14Fin juillet, le ministère de la Culture a fait savoir qu’il réfléchissait à la possibilité d’ouvrir sept jours sur sept de grandes institutions muséales telles que le Louvre, Orsay ou le Château de Versailles. L’objectif est double: mieux gérer le flux de visiteurs de ces établissements surfréquentés et accroître leurs recettes pour contrebalancer la baisse des subventions publiques. (…) D’abord, rien ne prouve que cela permettrait d’améliorer le confort du public, (…) En outre pourquoi les musées devraient-ils ouvrir en permanence quand les supermarchés, les boucheries ou les librairies ferment un jour par semaine ? (…) Enfin, il n’est pas certain que cette mesure développe les recettes des musées, car cela entraînerait aussi des coûts supplémentaires. (…) Une grande partie des fonds du ministère est dévolue à l’audiovisuel public. Pourquoi ne pas diminuer le nombre de chaînes (à l’image de la Grande-Bretagne) pour en accroître la qualité et redistribuer aux musées une partie des économies générées ? Il faut en finir avec cette pensée du quantitatif qui évalue le succès d’une exposition et des lieux qui l’accueillent par ses chiffres de fréquentation plutôt que par l’analyse de ce qui est présenté. Il faut inventer de nouvelles manières de penser le budget du ministère de la Culture et son action.

PATATRAS

Édito par Fabrice Bousteau – La Culture: un ministère comme un autre ?

in Beaux Arts (oct. 2014)

Le mauvais bilan d’Aurélie Filippetti tient autant à elle qu’au Président, qui a plombé d’entrée son action en réduisant le budget de son ministère comme jamais dans l’histoire de la Vème République. Et ce malgré les promesses électorales de sanctuarisation. Toutefois, si la question budgétaire est essentielle, elle n’est pas centrale. Ce qui compte, c’est le projet de politique culturelle. Or, ni François Hollande ni Manuel Valls n’en ont défini les grands axes. En «gérant» la Culture, le Président exerce en réalité une forme de dissolution culturelle qui menace l’existence même de ce ministère. Mettant à bas près d’un siècle de réflexion de la gauche sur la culture …

 ÇA VA ÇA VIENT

 L’amendement sur l’inclusion des œuvres d’art dans l’ISF heureusement repoussé par Didier Rykner

in www.latribunedelart.com (oct. 2014)

Politique culturelle – Impôt sur la fortune – L’Assemblée nationale a finalement repoussé aujourd’hui l’amendement voté en commission des finances qui proposait d’assujettir les œuvres d’art à l’ISF. L’UMP a voté contre, mais également tous les socialistes ce qui prouve que, parfois, le bon sens arrive à triompher. Il est remarquable que tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont été favorables à cette idée finissent par y renoncer lorsqu’ils arrivent au gouvernement, ce qui doit être la preuve que les arguments des opposants – dont nous sommes – sont bons. Cela avait été le cas d’Aurélie Filippetti, c’est désormais aussi celui de Fleur Pellerin dont nous savions depuis plusieurs jours qu’elle y était fermement défavorable.

TIRAILLEMENT

Bronca contre les régions par Hélène Girard

in www.lagazettedescommunes.fr (oct. 2014)

Elus et professionnels se divisent sur la compétence culturelle « obligatoire » revendiquée par les régions. (…)

Liberté d’intervention – D’un côté, les régions, qui, depuis juillet dernier, réclament une compétence culturelle « obligatoire » et « partagée » avec les autres échelons territoriaux. Une revendication aussitôt relayée par l’Association nationale des directeurs des affaires culturelles de régions (Andracre).

De l’autre côté, départements et bloc communal, viscéralement attachés à la clause de compétence générale, maintenue pour la culture (avec le tourisme et sports) dans le projet de loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République. Cette liberté d’intervention garantit, à leurs yeux, des politiques culturelles de proximité et de soutien à la création par le biais des cofinancements. (…)

Pour Jack Maignan, DGA de la région Basse-Normandie, c’est justement pour « laisser vivre les territoires », qu’il faut donner la compétence « culture » aux régions, car « aujourd’hui, l’Etat n’est plus partout sur le territoire, mais à 80% sur Paris. »

TIENS-DONC ?

Le photojournalisme authentique par Vincent Lavoie

in Photographie Magazine (oct. 2014)

La séduction opérée par la photographie amateur auprès des professionnels est puissante. Même dans un cadre aussi normé que le reportage de guerre, genre noble s’il en est, la téléphonie portable impose sa candeur. À tel point que certains photojournalistes parmi les plus couronnés troquent leur sophistiqué Canon 5D Mark II pour le simple iPhone (…) Le recours au iPhone fut notamment motivé par l’intention de produire discrètement des images de l’ordinaire des troupes américaines: les loisirs, les travaux d’entretien, les tâches quotidiennes, les déplacements, le repos; pas de combats – sujet peu photogénique au demeurant – mais des situations à faible teneur événementielle. N’est-ce pas cela la guerre au demeurant ?

AVANIES

 Benjamin Stora, un historien engagé à la cité de l’immigration par Daphné Bétard

in Beaux Arts (oct. 2014)

Difficile d’exister quand on veut faire connaître et reconnaître le rôle des immigrés dans le développement économique, social et culturel de la France. Le sujet est délicat, les pouvoirs publics se montrent frileux. Benjamin Stora ne le sait que trop bien: en mai 2012, il avait été évincé de l’exposition «Camus» par la municipalité d’Aix-en-Provence au prétexte d’avoir trop lié l’écrivain à l’Algérie – un comble quand on connaît l’importance de celle-ci dans son oeuvre ! La Cité de l’immigration (dans le Palais Ar déco de la Porte Dorée à Paris, NDA) a elle-même souffert d’un certain ostracisme, jusqu’à être privée d’inauguration officielle lors de son ouverture en 2007 – elle était dans la ligne de mire du Président Sarkozy. Benjamin Stora souhaite avant tout rendre l’institution plus visible, multiplier les partenariats (…) et miser sur la création contemporaine, particulièrement les arts vivants.

BONNE CHANCE

 Musée: les machos ont-ils le pouvoir ? Par Isabelle Manca

in L’Oeil (oct. 2014)

Le bilan de cette étude a depuis été approfondi par les statistiques établies par l’Observatoire de l’égalité femmes-hommes dans la Culture et la Communication (…) Il en ressort que si le patrimoine est un peu moins touché par la relégation des femmes que d’autres domaines, dont le spectacle vivant, elles s’y heurtent aussi à un plafond de verre dès qu’il s’agit d’accéder aux plus hautes fonctions. «Les chiffres sont assez semblables à ceux des établissements publics dans tous les secteurs: on oscille entre 25 et 30% de dirigeants exécutifs. Il y a une proportion plus importante de femmes à la tête des musées nationaux, mais ce sont justement les plus petits.»

Part des femmes dans les postes de direction
des établissements publics

27 %

Présidentes

53 %

Directrices Générales

Part des étudiantes dans les écoles de l’enseignement supérieur culture, filière patrimoine : 81 %

 ÉVIDEMMENT

 Alvaro Silva, le très grand sage de l’architecture par Maryse Quinton

in The Good Life (oct. 2014)

«Les architectes n’inventent rien. Ils transforment juste la réalité.» C’est l’une des citations qui revient le plus souvent quand on évoque Alvaro Silva, tant elle éclaire la façon dont il se positionne face à son art. À l’heure de la globalisation et des ego surdimensionnés, face à la multiplication de bâtiments pensés pour faire la une des journaux, la star portugaise fait figure de résistant. (…) En s’affranchissant de tout effet de mode, son architecture échappe à la péremption précoce. En portant un regard affuté sur ce qui est déjà là, Alvaro Silva inscrit ses bâtiments dans leur territoire, sans artifice aucun. Car l’une de ses préoccupations principales est l’attention sans limites qu’il porte au lieu qu’il lui a été donné d’investir. (…) «Je suis un fonctionnaliste. Être fonctionnaliste dans le développement d’un projet signifie qu’il est important d’avoir une ambition autre que celle de simplement répondre au fonctionnement immédiat. Il faut aller au-delà, parce qu’un bâtiment peut changer un programme. L’architecture ne doit pas être modeste ou vaine; elle doit réagir à une situation.»

 PEACE & RESPECT

Édito #22 par Samantha Longhi

in GraffitiArt Magazine (sept. 2014)

Pourquoi demande-t-on systématiquement à un artiste urbain de faire une performance live dès que le moindre événement est programmé ? La dimension spectaculaire de la prestation tombe vite dans la pantomime (…) l’artiste va le sourire aux lèvres faire preuve de son talent sans émettre le moindre discours sur son travail. Ensuite, comment expliquer le fait que les artistes soient le plus souvent conviés à peindre des murs sur les cimaises muséales au lieu de les investir comme n’importe quel artiste ? (…) à l’instar des galeries pensant que des murs en béton ou un accrochage brouillon vont rendre hommage à «l’esprit de la rue». Enfin, pourquoi les catalogues des ventes aux enchères caritatives sont majoritairement composés d’oeuvres de street artists ? Parce qu’ils font déjà preuve de générosité en offrant gratuitement leurs oeuvres dans l’espace public ? Dernière et ultime question: est-ce qu’il serait trop demander de réclamer un peu de respect, s’il vous plaît ?

ET PAN !

 Tout le pouvoir à la musique par Philippe Venturini

in Classica (oct. 2014)

L’Estonie ? C’est le plus petit et le moins peuplé des trois pays baltes. Mais cet État à peine quatre fois plus grand que l’Île-de-France en remontre au reste du monde: il est tout simplement le plus musical, le plus cultivé qui soit. (…) «La Culture est un élément essentiel de notre pays, explique Ragnar Siil, sous-secrétaire aux Beaux-Arts au ministère de la Culture. Sa sauvegarde est même inscrite dans la constitution. (…) Mais il faut bien comprendre que cela n’est pas seulement un choix, c’est aussi une question de survie: nous devons nous faire connaître à l’extérieur.» (…)

Entrée dans la modernité il y a à peine plus de vingt ans, l’Estonie a voulu rattraper son retard et figure parmi les pays les plus connectés: sait-on par exemple que Skype (…) n’a pas été inventé dans un garage de la Silicon Valley, mais en Estonie ? Et la culture, la musique notamment, compte parmi les priorités. Même s’il n’y a que cinq Steinway pour tout le pays.

GRINCHEUX

 L’humeur d’Alain Duault – Mauvais rêve ? Non, hélas…

Faut-il que les dirigeants de la Philharmonie de Paris soient inquiets pour avoir obtenu cette ahurissante interdiction de la musique classique à la Salle Pleyel ! Comme si un califat de la musique classique s’instaurait et distribuait ses oukazes (…) Est-ce vraiment servir la cause de la Philharmonie, qui, elle, de son côté, projette de s’ouvrir à toutes sortes de «musiques actuelles», les mêmes que celles qui devront être programmées à la Salle Pleyel ? C’est Ubu au pouvoir ! (…) On commence par l’interdiction du classique à Pleyel, on peut continuer par (…) l’interdiction du biniou en été à 100 kilomètres de Lorient, l’interdiction de regarder des couchers de soleils près des librairies qui en vendent les reproductions …

 RENZO CINÉMA PIANO

 Un Léviathan se lève dans le 13ème par Stéphane Delorme

in Les Cahiers du Cinéma (oct. 2014)

L’architecte Renzo Piano ayant pour mission de bâtir un lieu pour la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, quelle surprise de voir littéralement sortir de terre le plus beau bâtiment parisien depuis longtemps. «Sortir de terre» car la grande verrière adopte un mouvement somptueux, vif, glissant, comme un monstre marin surgissant de mer se contorsionnerait entre les murs de cette cour pour replonger illico. La verrière est composée de 5000 petits volets que l’architecte a pensés «comme autant d’écailles» et de l’intérieur l’arc en bois forme comme autant de verrières. (…) Au premier étage une exposition de 150 appareils (…) Au deuxième et au troisième, les archives Pathé (administratives, iconographiques, affiches, scénarios, …) Au quatrième et au cinquième, une bibliothèque presque à ciel ouvert tant la verrière et l’arc en bois éclairent cet espace dédié à la recherche. Au sous-sol, la salle de cinéma Charles-Pathé, réservée au cinéma muet, programme chaque jour deux séances accompagnées au piano. C’est aussi la beauté de ce bâtiment splendide d’être un refuge pour les chercheurs, les étudiants, les spécialistes, même si, on l’espère, son attraction sera telle que d’autres publics s’y joindrons.

CARTE POSTALE

Inauguration du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, premier établissement public créée depuis l’indépendance. D’un coût d’environ 18 millions d’euros, il sera également dédié à la formation. Il prolonge le projet « Rabat, ville lumière » lancé en mai 2014.

 

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