Issues pour destins brisés

Des « centres d’hébergement et de stabilisation »

Années 1990, reportages TV, des quadragénaires en détresse déposés en pleine nuit d’hiver par le SAMU social dans de grands hangars vides désaffectés. Ce temps est révolu : depuis le début des années 2010, les centres d’hébergement d’urgence pour une nuit laissent progressivement la place à des « centres d’hébergement et de stabilisation » qui permettent aux personnes sans domicile fixe de se reconstruire un avenir en commençant par le lendemain.

Adrien Delassus officie dans l’un d’entre eux. En trois questions et une visite micro en main, il nous présente son lieu de travail situé à Paris dans le 10e arrondissement.

140 000

personnes sans domicile fixe, +50% depuis 2011

Vous nous faites visiter le centre ?

Visite et échange avec les habitants et animateurs du centre.

Adrien Delassus

« Quand on sort d’une existence pénible, où on doit appeler tous les jours le 115, chercher tous les jours à manger et à boire (…) pour couvrir ses besoins primaires, il faut un moment où on se pose »

Adrien DelassusAnimateur socio-éducatif

Le commentaire de Novo Ideo

« En finir avec le provisoire »

Pour ce qui est de la prise en charge des personnes sans logement, nous avons consacré le règne du provisoire et de l’absurde, moteur de toutes les marginalisations. Le dernier rapport de l’Observatoire du SAMU social a associé la mobilité résidentielle à l’ensemble des problèmes constatés. Elle est aggravée en partie par la précarité administrative des migrants. Il nous faut rompre avec l’hyper court terme imposé aux familles dont l’accueil au quotidien dans l’hôtellerie doit être remplacée par des formes professionnelles sur du moyen séjour, dans de l’habitat diffus, des copropriétés, y compris dans du modulaire car il faut agir vite et faire preuve de flexibilité face à la modification de la composition des ménages. La loi ALUR doit être un levier à mobiliser pour une action dans chaque territoire. En facilitant la polyvalence dans les établissements d’accueil, elle peut également aider à casser les représentations.

De fait, la séparation traditionnelle entre le suivi de l’hébergement et l’accompagnement social, sanitaire ou éducatif doit être questionnée. Le rapport souligne que le découpage de ces séquences peut accroitre l’insécurité alimentaire, véritable marqueur de l’efficacité des politiques publiques. Huit familles sur dix et deux enfants sur trois en souffrent. (Enquête ENFAMS) Le sort des enfants et des mères est intimement lié qu’on prenne les indicateurs de suicide, de surpoids, de déscolarisation. Cela plaide en faveur d’une approche familiale. Cette addition des maux bute sur la question de la santé mentale dont la prise en compte est trop cloisonnée par rapport aux autres interventions. De même, la contraception et les grossesses qui nécessiteraient un suivi global sont des temps de fragilités supplémentaires : les PMI de rattachement sont rarement celles du premier hébergement, déterminant à ce niveau.

Nous touchons avec ces politiques tout à la fois à une névrose française du déclassement extrême et au statut des migrants étrangers qui fournissent les gros bataillons des familles sans logements. Nous soutenons l’idée portée par le SAMU social de « Conférence du consensus » sur l’ensemble de ces thématiques.

Propositions

1. Revoir le dogme « accueil à coût faible contre caractère provisoire » en lien avec les politiques migratoires

2. Rendre plus lisible le parcours résidentiel en introduisant un droit à « 100 jours d’hébergement accompagné »

3. Création d’un système régional de coordination de l’hébergement et du suivi des personnes associant services sociaux, ARS, rectorat, etc.

4. Création d’un guichet unique dans chaque mairie ou intercommunalité d’au moins 50 000 habitants

5. Développement de l’interprétariat pour faciliter les médiations

6. Développement d’équipes mobiles psychiatriques en s’appuyant sur le réseau associatif

7. Vers un réseau de solutions : entre les places en foyer, propositions spontanées, et structure sociale et d’intégration par l’activité

8. Intégration des membres du CCRPA ( conseil consultatif des personnes accueillie) au sein des conseils économiques sociaux et environnementaux

Entretien, reportage : Benjamin Bibas / Radiofonies Europe.
Photo : Nathalie Tiennot images.

Kit pour les territoires » à télécharger : accompagnement pour la mise en oeuvre d’un diagnostic 360 degrés du sans-abrisme au mal logement. Ministère du logement et de l’égalité des territoires, octobre 2014.