Service civil : en avant, marche!

En 1997, le service national est aboli et fait place à une armée de métiers. Cette mesure a contraint le ministère de la Défense à une restructuration de ses bases au prix du dynamisme de certains territoires. Dans le même temps, tout laisse à penser que les valeurs humaines et républicaines, qui font l’unité de la population de notre pays, se sont délitées.

C’est une lapalissade, mais elle est bien réelle : l’armée n’a pas vocation à faire de l’aménagement du territoire, mais à vocation à le protéger. L’implantation de sites militaires se fait donc en fonction d’une logique technique et opérationnelle, pour que l’état-major puisse mener à bien ses missions. Pour autant, l’armée est un marqueur fort du territoire. Le développement d’une base amène de fait la création d’infrastructures, renforçant l’économie, l’emploi local et conforte un sentiment d’appartenance à la République, via des partenariats réalisés avec les écoles par exemple. Les restructurations de la défense imposées par la loi de programmation militaire ont été nécessaires pour adapter notre armée à ce XXI siècle, mais ont déconstruit des territoires entiers avec un impact social et territorial fort.

Devant la crise de citoyenneté que nous vivons actuellement, la question de l’implication de notre jeunesse dans les valeurs de la République se pose en effet avec davantage d’acuité. Les attentats de ce tragique mois de janvier ont souligné la nécessité de reconstruire des lieux de mixité massive. Avec tous ses défauts, le service national était le lieu ou notre jeunesse de tous les milieux sociaux se retrouvait. Il était un temps rare de confrontation de la mixité sociale, de découverte des territoires de la France. Pour les uns, une échéance pour laquelle l’allongement de la durée de ses études, trouvait quelques motivations supplémentaires, pour d’autres, une occasion d’acquérir des savoirs et des compétences que l’école n’avait su leur délivrer. Les enseignements et les expériences partagées permettaient à cette population de se retrouver derrière un idéal commun qui, même s’il diminuait avec le temps, restait gravé dans la mémoire, comme un dénominateur entre générations, renforcé par la force du souvenir. C’était un rite républicain, un point d’étape du passage vers une vie autonome.

Il y avait « avant » le service et « après » la quille.

Dans notre esprit, il est bien question de mettre en avant la citoyenneté des jeunes, dont l’avenir est plus complexe que celui des précédentes générations. L’objectif dans ce système d’action est qu’ils acquièrent à la fois ce qui fonde notre Etat (liberté, égalité, fraternité), nos principes de République sociale et laïque et dans le même temps qu’ils s’engagent dans les domaines sociaux, écologiques et humanitaires. Cette plateforme qui permettrait de renforcer l’estime de soi de ces jeunes en réalisant des missions d’intérêt général, c’est l’inspiration d’un nouvel esprit du service civil et civique, obligatoire et dérogatoire, dès lors que les jeunes justifieraient d’un contrat de travail, autre puissant levier de leur intégration.

Certains de nos territoires, principalement l’Est et le Nord ont été vidés du fait de la restructuration de la Défense, laissant des infrastructures nombreuses et disponibles. À l’heure où il existe une nécessité de confronter notre jeunesse à reprendre conscience des sources de son appartenance, il est certain que l’armée, associée aux collectivités locales, a un rôle de premier plan à jouer. Un rôle qui permettra dans le même temps de revitaliser les territoires, en particulier ceux confrontés à la désindustrialisation et la désertification par un ensemble d’acteur national et local.

Ensemble, ministère de la Défense, associations locales, municipalités (via leur conseiller de défense) peuvent construire des parcours permettant de recréer ces valeurs partagées, tout en apportant une dynamique chez ces jeunes et dans les territoires. Les lieux d’accueils de ces futures plateformes – civiles, républicaines et citoyennes – où ce nouveau service de plusieurs mois sera accompli doivent permettre en même temps de revitaliser des territoires délaissés par la mobilisation de l’ensemble de leurs acteurs.

Remerciements à Jean-Marie Collin, consultant Défense et référent de Novo Ideo, pour son expertise et ses précieux conseils pour la rédaction de cette contribution.

Propositions

1. Incorporation progressive de 30% d’une classe d’âge dans un service civique national et citoyen

2. Création de plates-formes du service civique, prioritairement dans les régions subissant la désindustrialisation

3. Accès facilité des incorporés à des formations de remises à niveau (lecture, écriture) ou diplômantes, valorisation des acquis : brevets et certificats qualifiants, Permis de conduire, informatique, etc.

4. Reconnaissance de cette expérience en lien avec les collectivités et le secteur associatif : cotisation retraite…