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Le pari de la coopération dans l’entreprise ?

ONLYLYON, la marque de Lyon

Avant 2006 quand la ville cherchait à se vendre à l’international, elle arrivait toutes bannières dehors. Il y en avait une pour la commune, une pour l’agglo, une pour le département, pour la région, pour le commerce, pour l’artisanat, pour l’Université, etc. Et chacun défendait ses propres couleurs. En communication, un tel système ne peut produire qu’une seule chose : du bruit. ONLYLYON est donc bien plus qu’une marque : c’est une synergie. Tout d’un coup la communication de Lyon devenait visible (audible). Mais surtout, les acteurs étaient mobilisés dans la même direction et cent fois plus efficaces. Souvent, ils continuent d’être concurrents dans la vie de tous les jours. Mais sous les couleurs d’ONLYLYON ils jouent collectif et cela change tout. La communication fonctionne parce qu’elle est en prise directe avec le réel. Sinon la bannière toute seule ne servirait à rien.

JUMP, l’agence métis

Le second exemple est emprunté à Michel Hébert. Au sein de l’agence de communication Jump il a mis en place une organisation qui se revendique « métis ». Les règles sont le décloisonnement et la transversalité. Les différents départements : Relations Presse, Publicité, Design, Communication Institutionnelle, etc, ne sont pas en concurrence les uns avec les autres, la gestion est globalisée, aucun n’a un intérêt à prendre le pas sur l’autre. C’est ensemble que les stratégies sont réfléchies dans l’intérêt de « la marque ». Une volonté : croiser les expertises. D’autres entreprises fonctionnent aussi sur des modèles décloisonnants qui mobilisent les énergies sur l’activité utile plutôt que sur les enjeux internes: Bio-Mérieux, les start- up. Une caractéristique commune : elles sont plus créatives, plus performantes.

Les jeux de compétition-coopération permettait de remobiliser les ressources de l’entreprise au service de son projet plutôt qu’à celui de la compétition. Ils n’empêchent pas la compétition, ils la régulent, dirigent ses forces vers un but.

Quelle alternative à la compétition totale ?

Le problème est vieux comme le monde

Il s’agit de trouver le bon équilibre entre l’émulation qui pousse chacun à se dépasser, et l’équité qui fait que chacun retire suffisamment de sa participation au groupe pour continuer de jouer le jeu.

Dans le monde de l’entreprise, il n’est pas sûr que cet équilibre soit encore satisfaisant.

1. La concurrence féroce entre les entreprise conduit à des parties qui se jouent à l’échelle mondiale et qui produisent des dégâts locaux considérables : destruction d’activités, délocalisations, désertifications. A d’autres endroits : consommation effrénée, développement extravagant qui conduit à peser sur les ressources de la planète davantage que ce qu’elle peut fournir.

2 . A l’intérieur des entreprises : rivalité entre le capital et le travail au détriment de ce dernier. Mais surtout autonomisation du jeu du capital qui en finit presque par considérer le travail comme un adversaire plombant ses capacités de profit. Le capital se met à jouer alors en solo, la rentabilité financière devient son enjeu et non plus le développement de l’entreprise.

3. A l’intérieur des organisations, la compétition règne aussi dans les déroulements de carrière. La structure en pyramide fait que plus les places sont rares, plus il faut se battre pour y accéder, mais surtout : plus il faut éliminer de rivaux. D’où les guerres internes, les logiques de territoires, de renforcement d’influence. Combien d’énergie est ainsi gaspillée qui serait bien mieux utilisée à développer l’entreprise et à l’aider à se battre sur les marchés concurrentiels, bref à jouer collectif. Il suffit de regarder les jeux poiliticiens pour voir comment une organisation peut être absorbée par les jeux de pouvoir au point de perdre de vue sa finalité. Si un dizième seulement de cette énergie était consacré à ce pour quoi elle sont faites : améliorer la vie des gens?

Comment fonctionnent ces jeux de compétition-coopération? Avant de revenir sur l’entreprise et plus particulièrement sur la communication regardons trois types de jeux.

Jeu de non-coopération : le Loto

Aucune coopération entre les joueurs, chacun est isolé. Rivalité totale. Presque tous les joueurs seront perdants. S’ils veulent maximaliser leurs gains, les gagnants ont intérêt à être le moins nombreux possible et à ce que les perdants soient le plus nombreux possible pour gonfler la cagnotte. Et c’est un jeu à somme négative. Les gains sont inférieurs à ce qui a été encaissé. Au passage, l’Etat s’est servi d’environ 30% de la mise, et finalement seuls 50,9 % sont distribués, le reste va à la Française Des Jeux. Le système ne produit pas de richesse, il en absorbe.

Jeu de coopération : Fort Boyard

Une équipe de joueurs doit subir des épreuves dans un fort au large de La Rochelle. Pour chacune d’entre elles il choisit son meilleur champion, l’encourage et l’aide. Le score final dépend du succès et de la stratégie du groupe. On gagne ensemble. Plus ou moins. Il n’y a pas de perdant. C’est un jeu à somme positive.

Jeu de compétition coopération : le jeu de billes

A l’échelle des deux joueurs il y a un gagnant et un perdant mais pas à l’échelle de la cour de récréation. Les joueurs se choisissent, il faut donc qu’ils soient acceptés. Un joueur qui gagne à tous les coups sera refusé par tous les autres et se retrouvera tout seul. Pour continuer de jouer il faut raisonnablement gagner et perdre. Il y a donc une régulation de l’ensemble une écologie de la cour de récréation qui gère les ressources de manière acceptable pour tous. C’est un jeu dont la somme ne peut pas être négative (quelques billes se perdent bien dans la caniveau mais pas plus). Elle est nulle, à ressources constantes. Ou positive, si on rajoute de temps en temps des billes dans le système.

Libérer l’énergie créatrice contre la bureaucratie des organisations

Créativité et bureaucratie / compétition et coopération

L’un des problèmes, par exemple, que l’on rencontre dans
l’économie sociale et solidaire, – Et je le dis d’autant plus que je
m’en sens complètement membre, je le dis d’abord comme une
auto critique avant de l’énoncer comme une critique – c’est que
si vous prenez en quelque sorte un double axe qui est celui
d’un côté des rapports entre coopération et compétition – mais
compétition au sens dominant du terme, au sens guerrier du
terme, et pas au sens du chercher ensemble – vous avez l’axe
coopération / compétition, puis vous prenez un autre axe qui est
classique dans les collectivités humaines, qu’on peut appeler
l’axe créativité / bureaucratie.

Au croisement de ces deux axes ?

On peut sans aucune difficulté démontrer que les facteurs qui sont au croisement de ces deux axes-là, (en haut à droite) c’est-à-dire qui sont dans la
création coopérative ou dans la coopération créative, ont une
capacité dynamique infiniment supérieure à toutes les autres
familles. Et notamment, ils ont une capacité supérieure à ceux
qui sont dans l’axe, (en haut à gauche) qui est en gros l’axe de
l’économie de marché, qui est l’axe de la compétition créative.
Oui. Oui. Mais à une condition fondamentale, c’est que les
acteurs associatifs, économie sociale, solidaire, syndicats,
églises, tout ce que vous voulez, et tous ceux qui affichent ces
valeurs-là y croient suffisamment pour les pratiquer.
Mais si, comme ça se passe trop souvent, officiellement ces
acteurs qui prétendaient être là (en haut à droite) sont en réalité
là (en bas à gauche), c’est-à-dire dans de la compétition
bureaucratique, alors à ce moment-là, ils sont en situation
d’infériorité par rapport aux logiques de marché qui sont eux au
moins dans la compétition créative.

Pourquoi si peu de jeunes et de non-blancs dans les partis ?

L’une des raisons pour lesquelles il y a si peu de jeunes, si peu
de femmes, si peu de non-blancs à l’intérieur de nos réseaux
d’économie sociale et solidaire, l’une des raisons pour
lesquelles vous pouvez avoir des luttes intestines au sein des
partis politiques, au sein des syndicats, au sein des
associations qui sont des luttes absolument terribles, c’est à
cause de ce phénomène-là.

Et à ce moment-là, vous cumulez tous les inconvénients, parce
que vos valeurs affichées là, elles deviennent du même coup un
fardeau. Et vous portez vos valeurs comme des charges. Et
vous êtes fascinés par ce qui se passe là (en haut à gauche). Et à
ce moment-là, au lieu d’être dans une logique de transformation
et d’anticipation, vous êtes dans une logique de rattrapage et de
fascination de ce qui se passe dans l’économie de marché
classique.

Donc, vous voyez, l’exigence coopérative, elle suppose
effectivement que les acteurs qui se prétendent dans des
logiques coopératives soient capables de faire sur eux-mêmes
ce travail sur les processus de peur, sur les processus de
domination, et de pas considérer simplement que les processus
de compétition, de concurrence au sens guerrier du terme sont
des processus importés de l’extérieur et qu’il suffirait de faire
un cordon protecteur ou de déclencher un rapport de forces
suffisant pour s’en protéger.

« Démilitariser » le pouvoir

Non, il faut aussi être capables de travailler sur nous-mêmes. Et
du coup, et je termine sur ce point, derrière cette autre
approche de la question économique, nous voyons bien que
c’est un autre rapport au pouvoir, je l’ai dit, mais c’est aussi un
autre rapport plus fondamental encore, et plus radical à la vie
elle-même, et au temps de vie, qui est en cause.

Le rapport au pouvoir, je l’ai indiqué tout à l’heure, et l’enjeu par
exemple qui est une forme nouvelle de démocratie qu’il nous
faut mettre en ?uvre, c’est que la démocratie, si elle se borne à
démilitariser la lutte pour le pouvoir – ce qui est évidemment un
progrès – mais si elle reste dans un rapport au pouvoir qui est
sur l’axe domination / peur et si elle n’est pas capable de
changer le rapport au pouvoir pour que cet acte aille vers le
rapport coopération / création, hé bien, cette démocratie-là, elle
n’est pas capable de traiter la plupart des grands problèmes qui
sont devant nous, de l’échelle locale jusqu’à l’échelle planétaire.
(?)

Comment libérer l’énergie créatrice

Moi, je le vois, par exemple, dans les projets qu’on débat
actuellement, le projet SOL, un projet d’économie sociale et
solidaire qui a vocation à faciliter le commerce équitable,
l’agriculture biologique, l’ensemble des activités d’utilité
écologique et sociale.

Alors c’est un projet très transformateur, très subversif, et
cetera, qui d’ailleurs pourra peut-être s’appliquer sur le Nord
Pas-de-Calais puisque, en France, toute la Bretagne et l’Ile de
France, le Nord Pas-de-Calais peuvent être candidats pour une
expérimentation de ce projet … Mais on voit bien, quand on en
parle à un certain nombre de responsables de l’Economie
sociale : « Hou, là là, où est-ce que vous allez nous emmener,
avec cette affaire-là ? »

Mais on leur dit : « dites, d’où vous venez, vous ? D’où vous
venez, vous, Crédit coopératif ? D’où vous venez, Crédit Mutuel,
D’où vous venez, heu, MACIF et cetera ? Si ce n’est justement
de cette énergie transformatrice-là ? »

Et à ce moment-là la nouvelle énergie transformatrice, c’est
d’ailleurs le c?ur à mon avis d’un rapport dynamique entre
l’économie sociale et solidaire, si ils sont capables justement de
tirer le meilleur d’eux-mêmes et non pas de rentrer dans des
logiques de compétition bureaucratique, alors à ce moment-là,
vous avez cette énergie des créatifs culturels qui se met en
place.

Quand elle se met en place, vous avez à ce moment-là deux
opérations qui deviennent possibles, mais qui ne deviennent
possibles qu’à partir du moment où cette énergie créatrice et
coopérative a été « visibilisée » et a commencé à prendre
conscience de sa propre capacité.

Ces deux opérations c’est : un, toute la zone intermédiaire, très
importante, des gens, individus ou collectivités qui au fond
aimeraient bien aller dans cette direction, mais qui au fond
d’eux-mêmes pensent que la posture réaliste c’est de croire que
la vie est une jungle, que la vie est un combat, qu’on peut pas
faire grand-chose, et cetera.

Mais c’est ce groupe intermédiaire d’acteurs qui est contaminé
par mon troisième groupe d’acteurs que j’appelle les grands
malades, les grands possédés, qu’ils le soient de la richesse, du
pouvoir, de la gloire, et cetera, le groupe intermédiaire, quand
l’énergie créatrice commence à apparaître suffisamment fort, là,
la contamination elle commence à s’inverser.

Et à ce moment-là, on peut commencer à traiter le troisième
problème , le problème le plus difficile, qui est le problème des
grands malades, des grands intoxiqués, que vous trouvez dans
toutes les postures de dominance.

Alors, évidemment, là, il y a un vrai enjeu stratégique. Parce que
si vous prenez les stratégies classiques, qui sont de dire :
« Tiens, je vais dans ce parti politique, qui est censé incarner
mes idéaux, et cetera. Oui, mais si ce parti politique est devenu
une école de guerre où en fait les systèmes, les écosystèmes
émotionnels secrètent en permanence des logiques guerrières,
hé bien, vous avez vite fait de vous faire contaminer vous mêmes,
et après vous êtes pris dans le jeu des seigneurs de la
guerre à l’intérieur du parti politique.

Si inversement vous commencez à avoir cette énergie créatrice,
c’est le contraire.