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Solaire : « la poule aux oeufs d’or »

C’est pourquoi les efforts financiers concédés par la société au profit du photovoltaïque (PV) n’ont de sens que si celui-ci vise à assurer une part majeure de la couverture de nos besoins énergétiques (typiquement 50 %). Or, c’est pour un tel ordre de grandeur de la taille du marché mondial que la courbe d’expérience pourrait déboucher sur un coût soutenable.

Avec un PV qui deviendrait compétitif ? et donc se trouvait en compétition ? avec les sources d’énergie fossiles, l’idée d’un abus de position dominante des producteurs chinois serait à revoir. Se projeter dans cet état futur de l’économie, c’est peut-être ce qu’ils ont tenté de faire, en visant directement une cible de prix très faible et en supposant qu’à de tels prix, rendant caduque la question du subventionnement, le marché deviendrait, par comparai?son avec sa taille antérieure, quasiment infini.

C’était un pari risqué, consistant à traverser en apnée la période critique où, en suivant la courbe d’expérience, les quantités sont déjà colossales tandis que le surcoût est encore substantiel. L’échec d’un tel calcul pourrait avoir deux types de conséquences néfastes :

-trop de faillites peuvent durablement rendre les banques méfiantes à l’égard de stratégies ambitieuses en matière de PV, pariant sur l’atteinte de la zone de profitabilité au-delà du passage intermédiaire le plus délicat ;

-on pourrait même revenir à un marché très réduit, à la faveur d’un cercle vicieux : entreprises survivantes qui profitent de la faillite des autres pour remonter leurs prix / politiques de soutien de toutes natures qui deviennent de plus en plus restrictives à cause de cette remontée des prix / nouvelles faillites.

Pourtant, construire un modèle économique en partant de l’état futur, financièrement auto?suffisant, du PV, reste possible : c’est le modèle de la compétitivité pérenne. Hors financement des infrastructures de gestion de la variabilité, il ne demande qu’un seul sacrifice aux autorités publiques : renoncer par avance à revendiquer de nouvelles baisses de prix lorsque le PV aura rejoint les prix des autres énergies.

Dès lors qu’un tel engagement serait pris, les équipements de production des cellules et modules conçus pour atteindre la parité des prix avec les autres énergies n’auraient pas à craindre d’obsolescence commerciale (techniquement, le PV ne suit pas la loi de Moore qui est spécifique à l’électronique grand public du fait de sa nature très sensible à la miniaturisation). Il serait donc possible de passer à un mode de développement plus pérenne, réduisant le coût d’amortissement de tous les équipements les plus capitalistiques.

Vérifier la pertinence d’un tel modèle, en faisant travailler des économistes et des spécialistes de la productique, pourrait apporter une très nette valeur ajoutée dans le cadre de la préparation de la CoP 21, qui aura lieu à Paris en décembre 2015.

Par ailleurs, plus les prix des modules et des cellules baissent, plus l’effort sur les prix devra porter sur les autres composantes du coût, habituées à ne pas être soumises à une pression trop forte quand elles étaient encore relativement marginales : installation sur site, « balance of power », onduleurs, coûts de raccordement au réseau, marge commerciale. Ainsi, sur certains points, tels que le balance of power, le renversement des valeurs relatives des composants nobles et banals devra conduire à se contenter, pour ces derniers, de fonctions plus rustiques.

Pour d’autres, il faudra au contraire monter en gamme (gestion de la variabilité, services au réseau : production de puissance réactive ajustable ou non, lissage des harmoniques?). Il est difficile de savoir où en est la recherche sur le comportement de réseaux dont la référence de tension serait à la charge d’onduleurs alimentés par du PV mais, au pire, on peut en rester à une conversion par machines tournantes (moteurs à courant continu + alternateurs).

Tout ceci plaide pour une réhabilitation des grandes fermes solaires, même si le photovoltaïque est, en théorie, parfaitement divisible et décentralisable.

Emblème de ce débat entre centralisation et décentralisation, la « parité réseau » permettra au marché du PV de ne plus être dépendant du subventionnement, donc de tenir sa promesse d’une taille très supérieure à aujourd’hui ; mais s’en contenter serait renoncer à l’ambition de couvrir plus que, typiquement, 10 % des besoins.

Le stockage quotidien, par opposition au stockage intersaisonnier, bénéficie d’une différence fondamentale entre hydroélectricité et stations de pompage-turbinage (step) : les secondes, utilisées quotidiennement, ne seront affectées par aucun plafonnement des capacités dans les pays développés.

Parallèlement, une contribution du solaire à la fourniture d’électricité après le coucher du soleil peut provenir du CSP (concentrated solar power ? systèmes à concentration par miroirs), pour lequel l’étape intermédiaire « chaleur » permet un stockage de quelques heures. On peut d’ailleurs développer quelques synergies entre CSP et photovoltaïque.

Enfin, des lignes à courant continu et très haute tension (HVDC) – qui, comme le stockage, pourraient être financées par des prêts de type Banque Mondiale -, seraient le complément indispensable d’un développement important de l’électricité solaire (et éolienne), permettant un accès aux meilleures ressources et en fin de compte une mutualisation optimale (dans l’espace, dans le temps et entre modes de production) pour résoudre le problème de la variabilité.

Travailler dans le nucléaire : un métier à haut risque

SOUS LE SECRET

Peut-être à cause de son côté intimidant?: il s’agit d’un monde complexe portant sur des phénomènes à l’échelle de l’extrêmement petit, de l’atome ou du noyau comme dit son nom. Des phénomènes invisibles qu’il faut obligatoirement penser de façon abstraite?: ce monde obéit à des lois physiques éloignées de celles qui valent pour les objets de la vie quotidienne. Pourtant, des gens y travaillent qui ne sont pas tous des physiciens ni des ingénieurs? C’est sans doute aussi parce que c’est un univers mystérieux, couvert par des secrets?: à côté des formes d’exploitation civile de l’énergie atomique, il fait l’objet de possibilités d’exploitation militaires qu’on ne veut pas risquer de favoriser chez n’importe qui en en parlant trop librement. Si bien qu’une des protections efficaces contre la prolifération non maîtrisée des armes nucléaires est l’empêchement par ignorance. En fait, si la barrière de l’information a, un temps, été efficace dans cette lutte pour tenir l’atome dans les mains d’un petit nombre de puissances nationales, elle ne l’est plus aujourd’hui dans la mesure où les phénomènes à l’?uvre sont désormais bien connus et enseignés un peu partout du fait qu’ils se retrouvent dans d’autres domaines d’application. Désormais, ce n’est donc pas le savoir qui peut manquer à un pays pour se doter de l’arme nucléaire, c’est plutôt l’équipement pour mettre en ?uvre les procédés. On le voit d’ailleurs bien dans les contrôles qu’exercent les puissances nucléaires à travers l’Agence internationale de l’énergie atomique?: ils portent sur la disposition de centrifugeuses entrant dans l’enrichissement de l’uranium ou sur celle de missiles pour transporter les armes nucléaires vers leur cible.

LA QUESTION SOCIALE MISE A DISTANCE

Si l’on ne parle pas du travail dans le nucléaire, c’est peut-être surtout faute de se donner la peine d’en faire une présentation accessible et de s’intéresser à des travailleurs ordinaires de l’industrie. Cette distance, voire cette prévention face aux réalités du travail, ne valent pas que pour le secteur nucléaire. Il n’en va pas autrement pour une raffinerie ou une usine sidérurgique. On est finalement assez habitué à quelques images de centrales nucléaires pour illustrer une séquence du journal télévisé, avec des bâtiments sans fenêtre derrière de hauts barbelés, éventuellement agrémentés d’un travailleur en tenue blanche marchant dans un couloir bordé de tuyauteries ou assis face à un pupitre et à des écrans d’ordinateur. On s’en contente même si on ne sait rien, au fond, des astreintes que le procédé de fabrication impose aux hommes qui le servent.

Comme dans une raffinerie ou dans une usine sidérurgique, les travailleurs du nucléaire sont pris dans les contraintes propres aux industries de process, c’est-à-dire largement automatisées, gérant une production en continu, commandée à distance. La forme du travail n’est donc pas celle de la chaîne de montage automobile ni de l’atelier de confection, réclamant des interventions humaines directes et permanentes sur la matière. C’est plutôt la surveillance vigilante qui caractérise l’exploitation des procédés?: le suivi des protocoles de fabrication et la ronde de vérification.
(?)
Dans les installations nucléaires on trouve beaucoup de tuyauteries et de pompes, beaucoup de grues et de ponts roulants? Mais là, petite particularité, la fuite, éventuellement inflammable, ou l’explosion ne sont pas les seules difficultés de manipulation à redouter. Il faut aussi tenir compte de la radioactivité des substances en jeu, un phénomène qui les fait se transformer sans cesse et émettre des rayonnements ayant des effets dommageables sur l’homme à chaque transformation. La parade la plus fréquente à ces nuisances spécifiques est l’interposition d’écrans de protection et la commande à distance des procédés. Mais on imagine bien que les installations industrielles en question réclament un minimum d’interventions pour maintenance, voire pour procéder à des modifications. Cela suppose de s’approcher, donc de s’affranchir des blindages qui enserrent les procédés, et d’organiser ces interventions de telle sorte que les dommages à l’homme restent faibles, dans les limites de ce qu’on sait que le corps humain supporte.
(?)
On imagine qu’exercer un métier industriel dans cet univers de dangers radiologiques, que ce soit pour «?exploiter?» à distance les procédés automatisés ou pour intervenir dessus au plus près dans des opérations de maintenance, doit supposer de se soumettre à quantité de règles pour ne pas s’exposer à trop d’irradiations sans contact, à trop de contamination ni à des concentrations critiques de matières radioactives.

Rendre compte du travail dans cet univers pourrait ainsi consister à dresser la liste, impressionnante, des prescriptions censées encadrer les différentes activités.

DANS LE MAQUIS DES REGLES

Ce serait se ranger implicitement derrière la thèse ??très diffusée chez les cadres des industries à risques?? qui veut que la sécurité des travailleurs et la sûreté des installations reposent sur une bonne formulation des modes opératoires et sur leur respect inconditionnel. Avec pour corollaire que tout incident tiendrait à un manquement aux règles, imputable aux faiblesses de l’esprit humain?: ce qu’on désigne souvent sous l’expression d’«?erreur humaine?». A l’épreuve des réalités du travail industriel, les chercheurs en sciences sociales ont montré que cette perspective est souvent un peu courte, que les règles ne sont pas toujours simples à respecter parce qu’elles sont peu réalistes, parce qu’elles sont contradictoires entre elles, quand elles ne sont pas simplement manquantes, certaines configurations rencontrées n’ayant pas été anticipées.

Pour en prendre la mesure, on peut examiner des configurations d’interactions ayant abouti à des incidents et en retracer les enchaînements. Ce sera à la fois l’occasion de présenter le travail dans le nucléaire comme pris dans une organisation, dans une division des tâches et des spécialisations, et l’occasion de justifier de procéder à son investigation par observation directe de la part du sociologue, pour dépasser certaines difficultés dans sa connaissance, qui ne saurait se réduire à celle des règles encadrant le travail.

(extraits, «?Chapitre 1?», pp. 27-29 puis pp. 32-33)

Enquête au c?ur d’un site à risques
de Pierre Fournier
232?pages – 23,50? ?En librairie le 18 avril 2012

Ces extraits sont issus de l’ouvrage de Pierre Fournier. Pour aller plus loin, son blog :

« Sans en faire un argument en faveur de son irréversibilité, il faut rappeler une spécificité technique de cet univers?: que le secteur continue à se développer ou qu’on décide de sa réduction, il est exclu qu’on cesse d’y travailler avant très longtemps. (?) La question du travail est donc durablement prégnante pour envisager l’avenir de cette industrie, quel qu’il soit. »
(Travailler dans le nucléaire, Conclusion, p. 218-219)

« N’est-il pas surprenant que les risques sanitaires et environnementaux qui sont associés à l’industrie nucléaire n’apparaissent dans le débat public qu’à propos des populations environnantes, comme à Tchernobyl et à Fukushima, et que les travailleurs qui les affrontent quotidiennement soient laissés hors champ ? »
(Travailler dans le nucléaire, Introduction, p. 10)

Eolien marin : pourquoi ça n’avance pas (ou si peu)

La France a donc prévu d’installer 25 000 MW d’ici 2020 ? 6 000 MW pour l’offshore et 19 000 MW pour l’éolien terrestre. L’appel d’offre en cours du gouvernement ne verra pas ses premiers mâts éoliens sortir de l’eau avant 2016. Pourtant, « La compagnie du vent », filiale d’Electrabel ([Groupe Suez : 200 000 collaborateurs et un chiffre d’affaires de plus de 80 milliards d’euros en 2010)], a proposé il y a quelques années, à quelques encablures du Tréport et Saint-Valery-sur-Somme un projet d’une ampleur inédite. Au terme d’une consultation publique conduite en 2010, un dossier toujours en suspens.

POURQUOI EN MER ?

Parce que les capacités sont plus fortes que sur terre, les vents plus réguliers et que la France dispose de larges façades maritimes bien ventées. La météo se prévoit : une éolienne de ce type fournit de l’électricité à 90% de son temps. Même à puissance partiellement développée, « l’équivalent pleine puissance » atteint les très bons niveaux de 30 à 40%. Une éolienne marine de 5 MW de puissance va produire, en moyenne, 50 % d’électricité en plus que son homologue terrestre, soit environ 18 millions de kWh par an, ce qui représente la consommation électrique moyenne de plus de 6 000 foyers (hors chauffage).

Le projet des Deux Côtes aurait pu faire date et rendre une Région comme la Picardie (1,8 millions d’habitants) quasi-autonome d’un point de vue énergétique.

Ce projet de parc éolien situé à 14 Kms des côtes serait d’une puissance de 705 mégawatts ([1 mégawatt = 1 million de Watts)] et composé de 141 éoliennes de 80 mètres de haut, espacées de 630 mètres et de 5 mégawatts chacune représentant la consommation annuelle d’électricité pour environ 900 000 personnes.

UN INTERET PAS SEULEMENT ENERGETIQUE

Outre l’atout touristique mesuré par des enquêtes récentes, les expériences de parcs de ce type révèlent que « l’effet récif artificiel » participe au développement de la ressource halieutique.

Sur un plan fiscal, la taxe spécifique aux éoliennes en mer ([Loi de finance 30 décembre 2005, article 76)] devrait représenter environ 8 millions d’euros, versés pour moitié aux intercommunalités concernées et d’autres part en faveur d’un fonds national pour les activités maritimes de pêche et de plaisance.

Le développement économique local induit est aussi significatif. L’investissement lié à ce projet approcherait 1,8 milliard d’euros avec une valeur ajoutée au trois quarts nationale et régionale. Une quarantaine de personnels permanents sur 20 ans au titre de la maintenance et près de 2800 emplois seraient créés pour les phases d’ingénierie, de fabrication et de pose ([Source : Compagnie du Vent)]. Pour le cabinet de consulting Capgemini, qui a publié récemment une étude sur le potentiel du tissu industriel français en matière d’éolien pour le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et l’Ademe, la construction de parcs offshore dopera le projet de la France de se doter d’une filière nationale de l’éolien. Cette analyse est partagée par PricewaterhouseCoopers ([Dans un un rapport publié en décembre 20110, le cabinet de consulting soulignait les «atouts de la France» pour rattraper son retard, à condition toutefois de «lancer rapidement l’appel d’offres».)] .

Dans un premier temps bloqué par la présence possible de mines sur la zone, les points de blocage actuels de ce projet sont liés à une question de droit d’occupation… des sols. Il faut aussi compter avec les pêcheurs, touchés par la hausse des carburants et dont une frange s’obstine à vouloir revenir vers une pêche sans avenir, affranchie de tous quotas.

Il reste la question de la place des autorités publiques. Là où la filière nucléaire a fait l’objet en son temps d’un soutien massif en fonds propres, le développement de l’éolien doit compter uniquement sur les tarifs de rachat par EDF

Les décisions récentes du gouvernement dans ce domaine sont autant de coups portés à la filière des renouvelables.

LE RETARD FRANCAIS

De l’autre côté de la Manche, les Britanniques bénéficient de plus de dix années d’avance et pourraient doubler leur potentiel, déjà champions d’Europe, pour atteindre 10% de la consommation électrique du pays.
En France, le Groupe Louis Dreyfus Armateurs, premier employeur français de navigants, déjà positionné sur le dossier SeaFrance, pourrait proposer ses services aux consortiums en lice. Ce groupe familial dispose d’une grande expérience de plusieurs décennies dans la pose et la maintenance de câbles marins. De quoi alimenter les tenants d’une filière industrielle de la phase de conception jusqu’au démantèlement([ Lire l’article du 9 janvier 2012 du quotidien « Les Echos » : « LDA veut participer à la construction d’une filière française)].

La France possède le deuxième potentiel éolien d’Europe (après le Royaume-Uni), estimé à 66 TWh sur terre et 90 TWH en mer, soit au total 156 TWH, soit environ 30 % de la consommation nette de la France prévue en 2020.

En matière de réduction de nos émissions de CO2, en 2020, un parc de 25 000 MW (produisant 43 TWh par an) devrait permettre d’éviter l’émission par le secteur énergétique de 16 millions de tonnes de CO2 par an.

Post-nucléaire : comment les territoires peuvent s’impliquer

2020.

C’est pas demain, mais presque. A cette date, la France devra avoir réduit de 20 % ses consommations énergétiques et ses émissions de gaz à effet de serre. Elle devra avoir porté sa part d’énergies renouvelables à plus de 23 % du bouquet énergétique (6 % actuellement). Ce sont en tous cas les objectifs fixés dans le cadre du « Paquet Climat Energie » au niveau européen.

Ambitieux ! Mais pas inaccessibles, si l’ensemble des acteurs se mobilise. Pourtant, l’UE n’est « pas sûre d’atteindre son but en 2020 », notamment du point de vue de l’efficacité énergétique
(http://www.euractiv.fr/climat-ue-sure-atteindre-2020-article)
Et, pour ne pas tomber dans la déprime générale, on ne parle pas ici du fameux « Facteur 4 »?

Ces cibles font écho aux engagements des collectivités signataires de la « Convention des Maires ». Dans ce cadre, 117 maires de France se sont engagés à « dépasser les objectifs fixés par l’UE en 2020 en réduisant d’au moins 20 % les émissions de CO2 ». Et ce « grâce à la mise en ?uvre d’un Plan d’action en faveur de l’énergie durable dans les domaines d’activité relevant de notre compétence ». La Convention part du principe que les responsabilités sont partagées, en ce domaine, par les autorités locales et nationales. D’où un engagement des collectivités elles-mêmes.

La Convention stipule par ailleurs que les communes et villes sont directement ou indirectement responsables de « plus de la moitié des émissions découlant de la consommation d’énergie liée à l’activité humaine ».

DECLARATIONS DE BONNES INTENTIONS ?

Effet de com ? A vous de juger !

Mais rien n’est joué à l’avance. D’autant que les leviers d’action existent indubitablement. A tous les niveaux de « gouvernance ». Pourtant, on ne peut pas dire que les démarches engagées suscitent, partout, un enthousiasme fou. Les démarches d’agendas 21 locaux, ont souvent permis une sensibilisation aux enjeux du développement durable (avec parfois, une dominance du pilier environnemental).

Les « Plans Climats Energie Territoriaux », devenus obligatoires pour les communes ou agglos de plus de 50 000 habitants via la loi Grenelle II, constituent de nouveaux projets prompts à mobiliser.

Néanmoins, on peut douter de leur capacité à engager une réelle transition énergétique. Ils sont parfois perçus comme des démarches engagées par une poignée d’idéalistes militants. Et, souvent, accueillis avec scepticisme de la part des tenants des politiques opérationnelles, « dures » et historiquement légitimes. L’effet tuyau d’orgue, que le concept de développement durable tient en horreur, joue à plein : chaque pan de politique publique conserve ses objectifs propres. Les tenants des politiques de l’habitat développent du logement social.

L’incinération des déchets vise d’abord et avant tout à les faire disparaître. L’industrie produit de la valeur ajoutée et des revenus. Les transports doivent accompagner une société devenue plus mobile? Les objectifs de « DD » sont secondaires.

Les politiques de développement durable doivent lutter pour affirmer leur légitimité, face à d’autres pans d’action publique bénéficiant d’une assise? durable. Mais l’énergie souffre également d’une méconnaissance de la part des acteurs locaux. Elus et cadres des collectivités sont concernés. Dans le champ des compétences formelles dont les Communautés peuvent se saisir, deux sont relativement peu connues : le développement et la gestion des réseaux de chaleur, les concessions de gaz et d’électricité. Leur exercice offre pourtant une large gamme de marges de man?uvre pour agir énergiquement. Mais ces champs sont trop souvent sous-investis. L’énergie se voit peu.

De fait, quand on vient causer des objectifs de la Convention des maires et des « PCET » à une bonne partie des acteurs de l’action locale, ceux-ci font la moue ou s’arment d’un rictus. Tout l’enjeu pour les démarches visant les « trois fois vingt » ou le « Facteur 4 », à tous les niveaux, est de convaincre que ces objectifs ne sont pas qu’illusion et de passer, enfin, à l’opérationnel. Si une politique publique « dure » doit se développer, elle doit être une politique volontariste de l’énergie. Mais qui ne prenne pas le pli d’une structuration en mode « champ hermétique fermé sur lui-même pour cause de nécessité d’affirmation ». Le casse-tête à résoudre devient : développer localement une politique publique de l’énergie spécifique et ambitieuse, mais capable d’innerver les autres pans de l’action publique.

POURQUOI LOCALEMENT ?

Au-delà d’une posture girondine de principe, cela semble pertinent. Le secteur de l’énergie est, en France, historiquement très centralisé (pour des raisons tenant aussi bien au choix du mode de production de l’énergie électrique qu’à la conception du service publique de l’énergie). Sous l’impulsion européenne, il est en pleine restructuration. Le défi planétaire que constitue la lutte contre l’effet de serre et les challenges économiques et géostratégiques liés à ce secteur plaident pour une meilleure appropriation de ses enjeux par? les acteurs publics locaux. Parce que ceux-ci sont les plus à même de mailler offre et demande. L’offre doit évoluer, avec le développement de solutions renouvelées (réseaux de chaleur, notamment) et la multiplication des sources de production, du fait du développement des énergies « renouvelables ».

L’enjeu de l’espace (et donc du territoire) se pose dans cette diffusion. Les collectivités locales sont, à travers leurs compétences, à même de disposer d’une bonne vision de la demande d’énergie. Sur un territoire comme celui de l’agglomération lyonnaise, l’industrie représente 40 % de cette demande, soit à peu près autant que le bâti au sens large (tertiaire et habitat). Les transports ne sont pas en reste (20 %). Or, la communauté urbaine dispose des compétences développement économique, habitat. Elle a vocation à organiser les transports. Autant d’éléments qui militent pour un développement important de la maîtrise publique locale du secteur de l’énergie. Ce qui ne veut pas dire qu’un seul niveau doit tout concentrer (le niveau de l’agglomération semble pertinent, au regard de ses compétences déjà acquises, mais ne doit pas négliger le niveau communal de « proximité », fournisseur de nombreux relais dans cette politique devant mobiliser largement. Mais l’échelon local ne suffit pas : la structuration de nouvelles filières économiques (comme celle du bois) ne peut se faire au seul niveau du bassin de vie).

DECENTRALISATION DE LA COMPETENCE ENERGIE ?

Décentralisation des compétences énergie ! Les communautés peuvent ainsi agir sur quatre volets (maîtrise de la demande en énergie / réseaux de chaleur / concessions de gaz et d’électricité / énergies renouvelables). Or, le scénario le plus ambitieux milite pour une prise en charge simultanée de ces compétences par l’échelon local. Ces quatre compétences se font mutuellement écho. Exemple, parmi d’autres : les réseaux de chaleur doivent diffuser une chaleur issue d’énergies renouvelables (ou « fatales »). La collectivité peut devenir régulatrice de la diffusion de chaleur en maîtrisant davantage les réseaux de gaz et d’électricité pour éviter la concurrence entre les sources de chaleur. Une meilleure « maîtrise » de la demande en énergie doit permettre de raccorder davantage de logements aux réseaux de chaleur? etc.

Les pistes « opérationnelles » sur lesquelles l’action locale s’engage sont multiples. Le développement des réseaux de chaleur semble être un premier levier majeur et structurant pour les territoires (la moitié de la consommation d’énergie concerne la chaleur ; les réseaux de chaleur sont de bons « diffuseurs » d’énergies renouvelables, ils ne représentent que 6 % de la chaleur consommée dans le résidentiel et tertiaire en France, contre plus de 50 % dans certains pays (CETE Ouest ? http://www.cete-ouest.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/2010-10_reseaux_de_chaleur_revue_AITPE_cle563159.pdf.)

La « réhabilitation thermique des logements » constitue une seconde piste majeure. Mais les collectivités locales, partenaires des « clusters » sont aussi présentes dans le domaine de l’innovation et ont un rôle déterminant à jouer dans la diffusion de nouvelles technologies ou de matériaux plus éco-responsables (trop souvent, le développement économique est dissocié des autres politiques). Elles se doivent d’accompagner la transition industrielle, d’étudier les possibilités de récupération des énergies fatales sur leur territoire, de réfléchir à un urbanisme produisant une ville « plus sobre » (une nouvelle génération de « SCOT » voit le jour)?

OPPORTUNITES MULTIPLES

Les évolutions réglementaires (nouvelle génération de « quotas », plus restrictifs, à venir en 2013), la contrainte économique (face à l’accroissement des prix des énergies fossiles) vont évoluer dans un sens convergent. Les villes ayant le mieux accompagné leur transition énergétique seront vraisemblablement les mieux adaptées au « monde qui vient ». D’autant qu’elles pourront en profiter (marketing territorial oblige) pour parfaire leur image et leur rayonnement. Qui n’a pas entendu parler des « exemplaires » Göteborg ou Malmö ?

Pas question ici de plaider pour un « darwinisme » entre territoires. Simplement, l’heure est à la grande réconciliation, pour une vraie transition. L’économique peut aisément s’allier à l’écologique. D’autant que la révolution énergétique permettra demain de rediriger des flux financiers. L’argent aujourd’hui envoyé vers les pays producteurs d’or noir ou de méthane pourrait, demain, être investi en faveur des entreprises de BTP locales, des producteurs de bois ou d’une meilleure valorisation de l’énergie fatale. Un seul chiffre devrait achever de convaincre : le déficit commercial français a atteint 51,4 milliards d’euros en 2010. La facture énergétique s’élève à elle seule 47,7 milliards d’euros (Le Monde ? 08 février 2011 ? « Le déficit commercial français a atteint 51,4 milliards d’euros en 2010 »)].

La transition ne peut être que progressive. Elle nécessite un certain courage politique, au regard des investissements requis : le modèle économique des énergies renouvelables ou de la réhabilitation thermique change radicalement (on paye très cher au départ ; on économise après coup sur les fluides). Mais la finance carbone propose des leviers encore sous-exploités. Le jeu en vaut la chandelle? Et ça commence à chauffer !

Ces réflexions sont regroupées sur le blog des hauts fonctionnaires de la fonction publique territoriale dédié : [le blog des « politiques publiques du développement durable »

Vous nous écrivez sur la sortie du nucléaire

Par Eric Manfredi.

Les récents développements ? il faut le reconnaître pas toujours heureux ? autour de la question du nucléaire font apparaître un certain cloisonnement de la pensée politique.

En effet, et comme le remarque à très juste titre Jean-Marie Bouguen : « s’interroger sur le secteur énergétique de demain suppose donc de réfléchir aux moyens de réussir une transition énergétique en France ».

Or, que nous enseigne l’histoire du développement industriel ?

Que la question de l’énergie se situe au carrefour de plusieurs problématiques et influence le choix de la société que nous voulons construire. Elle pose aussi la question du rôle et de la place de l’État. La révolution industrielle est née de la maîtrise de la vapeur. La deuxième de l’usage du pétrole, la troisième du nucléaire. Et nous voyons au quotidien les mutations fondamentales que ceci a entraîné. Production à grande échelle, apparition de matériaux nouveaux, rétrécissement des distances? La maîtrise de la production de l’énergie est à la base de l’entrée dans la modernité.

Comment passer à la « phase quatre » ?

Les solutions proposées par messieurs Benjamin Bibas, Bernard Laponche, Jean-Marc Pasquet (http://www.novo-ideo.fr/Nucleaire-le-plan-pour-en-sortir (5)) sont très pertinentes. Mais il me semble qu’il y ait un oubli : la recherche.

LA QUESTION CENTRALE DE LA RECHERCHE

Il faut envisager une politique de la recherche orientée vers les énergies du futur. Regardons le développement du nucléaire : la mise en place en 1957 de l’Euratom a donné au secteur nucléaire européen un coup d’accélérateur extraordinaire. Pourquoi ne pas conclure un même traité, au sein de l’Union européenne pour les énergies du futur ? La réponse aux problématiques de l’énergie du futur doit être collective : associer l’UE, les États et les entreprises privées.

Ceci pose alors la question du financement de la recherche. On ne peut pas, au XXIème siècle exclure le privé. C’est ainsi que l’idée d’un « consortium », exposée par Jean-Marie Bouguen me semble très juste. Encourager la création d’un lobby industriel des énergies nouvelles est une clef pour développer ces énergies. Car le secteur industriel doit comprendre que développer ces énergies peut être rentable, y compris à court terme. Il ne faut donc pas s’inscrire contre l’industrie, mais penser avec elle les conditions d’un changement.

La recherche de solution doit donc être collective. Il n’est pas normal, à mon sens, que l’Union européenne soit à la traîne, alors que la Chine est devenue le constructeur leader de cellules photovoltaïques?
L’Europe doit être le fer de lance de la quatrième révolution industrielle.

Il faut revoir ses modalités de financement. Ceci suppose alors de créer une structure permettant d’obtenir et d’allouer des moyens de financement qui ne sont plus uniquement publics. Le privé doit en effet y participer. Il n’est pas normal que les chercheurs soient formés par l’Education nationale et par les Universités et que le secteur privé soit le seul bénéficiaire des retombées de cet investissement?

Une politique des transports ne peut être qu’européenne. Privilégier le train à la voiture implique que tous les pays participent à ce défi. Ceci pose donc le problème du sens de l’UE : veut-on une organisation économique, ou, au
contraire, une Union capable de proposer des services communs et des
politiques publiques ?

Ainsi, au-delà de la question de sortir du nucléaire, c’est un choix
global qui se pose. Et c’est ici qu’il faut étayer la réflexion réellement politique.