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En Savoie, une « PERLE » pour investir dans les énergies renouvelables

Après plusieurs années d’études, la SAS à capital variable Centrales villageoises PERLE est née au mois de Mars 2013.

Inscrite dans une opération innovante pilotée à l’échelle de la Région Rhône-Alpes, cette société citoyenne a pour objectif de créer et d’exploiter des installations de production d’énergie renouvelable sur le plateau de la Leysse (Massif des Bauges, Savoie) et, plus globalement, de contribuer concrètement à la transition énergétique.

Il s’agit d’une société par actions simplifiées à capital variable. PERLE est l’acronyme de Production d’Energies Renouvelables du plateau de la LEysse. La SAS est constituée et gérée par des habitants du plateau de la Leysse mais est aussi ouverte aux volontaires venus d’ailleurs. Le projet est soutenu par la Région Rhône-Alpes et l’Europe et est accompagné par Rhônalpénergie – Environnement, Chambéry Métropole et le Parc Naturel Régional du Massif des Bauges et les communes du plateau de la Leysse.

Les six communes du plateau de la Leysse sont concernées pour l’installation des centrales : Saint Jean d’Arvey, Curienne, La Thuile, Puygros, Thoiry et Les Déserts.

La société dispose d’un capital composé par des actionnaires, habitants du plateau ou d’ailleurs. Elle investit dans des installations de production d’énergies renouvelables, pour la première tranche des installations photovoltaïques sur des bâtiments publics et privés.

La production est vendue à EDF, les bénéfices étant reversés aux actionnaires après mise en réserve pour assurer la pérennité du projet et financer d’autres installations. L’ensemble de la démarche s’inscrit dans une volonté d’exemplarité (intégration paysagère, développement économique local…).

Les habitant(e)s volontaires peuvent participer de trois manières :

 En contribuant au financement par la prise d’actions (1 action = 100€) ou de compte-courants d’associés – ouvert à tous, personnes physiques et morales.

 En favorisant les projets en louant son toit pour l’installation de panneaux photovoltaïques – pour les résidents du plateau de la Leysse.

 En participant bénévolement à la vie de la société et à son développement.

 

La première des 8 centrales villageoises celle du PILAT a été mise en service cet été au mois d’Août.

Après bien des péripéties, Perle va suivre cet exemple en mettant 5 de ses 7 sites en service en cette fin novembre, les deux derniers le seront en Avril 2015.

Les principales difficultés que nous avons dû surmonter pour parvenir à réaliser cette opération, découlent du caractère innovant de ce projet, il a fallu imaginer, proposer, modifier, convaincre les citoyens participants, les propriétaires, les banques, les entreprises, les assureurs sans avoir grand-chose de concret à leur montrer (maintenant que les choses sont visibles c’est beaucoup plus facile).

Nos critères d’exigence paysagère et de préférence locale pour les entreprises ont aussi amené leurs lots de soucis, maintenant heureusement surmontés.

Maintenant que notre première tranche est quasi terminée, nos objectifs évoluent vers la gestion de la SAS dans le long terme avec des formations dans ce sens pour les bénévoles du conseil de gestion et une mobilisation citoyenne en vue de définir les futures réalisations de Perle. Dans le même temps nous commençons à répondre aux demandes de plusieurs groupements de citoyens dans et hors du département pour les accompagner et leur faire profiter de notre expérience dans leurs projets similaires.

Nous disposons d’un volet sur le site internet commun à toutes les centrales villageoises de la région Rhône-Alpes http://www.centralesvillageoises.fr/web/guest/massif-des-bauges , d’une page Facebook pour d’autres informations comme le suivi des travaux et d’autres initiatives citoyennes intéressantes https://www.facebook.com/centrale.villageoise.perle?ref=hl enfin une lettre aux actionnaires est publiée plusieurs fois par an.

Acteur ou décideur local, vous avez contribué à la réalisation d’un projet qui favorise l’autonomie énergétique de votre territoire  Partagez vos expériences en envoyant ici vos témoignages à Novo-Ideo. Votre + : expliquez comment vous avez contourné les difficultés

 

 

Lisbonne : la crise est-elle moins pénible au soleil ?

– Regarde au pieds du pont du 25 avril !

En contrebas, mon guide pointe ce qu’il considère comme le « Portugal d’avant ». Quelques dizaines de baraquements regroupés en une petite favela, des gosses remuants qui fuient la canicule dans une eau boueuse. En surplomb, des manufactures abandonnées, cernées par des décharges sauvages. Sur la rive de Cacilhas, la cité portuaire qui fait face à Lisbonne laisse à l’abandon des entrepôts sans occupation. Un port en perte de vitesse, des commerces à l’arrêt et une population populaire au régime sec.

A côté des débarcadères où accostent les ferrys de la capitale toute proche, même la traditionnelle table à cinq euros pour une patate-sardine ne fait plus recette. Cela ne date pourtant pas d’hier. La petite industrie s’est fait la malle avant la crise de 2009, vivement concurrencée par l’intégration des nouveaux entrants de l’Union. Rien ou presque n’a pris le relais.

QUESTIONS AUTOUR D’UNE BANQUEROUTE

Comment ce pays qui semblait bénéficier à plein des effets de l’intégration économique au début des années 2000 s’en retrouve à demander au FMI l’équivalent de la moitié de son PIB ? Ou sont passées les réalisations d’un endettement public et privé qui représente 300% de la richesse nationale ? Plus qu’ailleurs, la récession a révélé les faiblesses d’une économie fragile, dopée à l’euro.
Qu’a-t-il manqué au Portugal pour être acculé à une telle banqueroute ?
Probablement l’essentiel, analyse Joao Jarvis,, économiste doctorant à Porto. «De ne pas avoir cru en notre propre avenir. Des productions banalisées, des salaires trop élevés par rapport à d’autres pays qui comme nous ont raté le virage de la qualité et de l’économie de la connaissance ».

Il ne trouve pas beaucoup de circonstances atténuantes aux majorités successives, frappées par le discrédit quand ce n’est pas le mauvais usage de l’argent public. « On dira ce qu’on voudra, mais c’est bien la pression internationale qui a fait renoncer José Socrates (1)Le précédent premier ministre socialiste à un second aéroport lisboète ou au gouffre annoncé d’une ligne à grande vitesse reliant la capitale à Madrid. Dans le même temps, on a dilapidé les fonds européens ou on les a mal utilisé en reculant devant la modernisation d’un grand port comme Sines par exemple, très en dessous de ses potentialités. Mais le plus grand échec est probablement lié à notre jeunesse, grande sacrifiée des politiques. »

DEFICIT DE FORMATION

L’OCDE évalue le nombre des détenteurs de diplômes d’enseignement secondaire à environ 20 % des Portugais entre 25 et 64 ans, contre 70 % en moyenne dans l’ensemble des pays membres. La moitié de la population active n’a pas atteint 9 années de scolarisation. Selon un récent rapport du Sénat , « ce manque de formation n’a pas été sans incidence pour les entrepreneurs au détour des années cinquante et soixante. Ceux-ci n’ont pas su réinvestir les sommes liées à un premier décollage économique »(2)Rapport d’information n° 249 -(2010-2011) de M. Jean-François HUMBERT, fait au nom de la commission des affaires européennes, déposé le 19 janvier 2011. Le taux de prélèvement obligatoire du Portugal, proche de celui de la Grèce, est près de dix points inférieur à celui de la France. « Forcément, notre système de santé et d’éducation reflètent ces choix : nous avons dépensé trop en autoroutes et insuffisamment dans les hommes ».

La grande crise fait ici davantage de ravages. Par un phénomène brutal de substitution, la proportion d’étudiants promus serveurs de bars s’est considérablement accrue depuis 2010. Les non diplômés, la grande majorité, se trouve rejetée à la plus grande périphérie du déclassement social : gareurs de voitures, vendeurs à la sauvette, survivants des allocations sociales. Ces derniers sont amicalement poussés par les associations locales à remplir les stades vidés par la crise pour ne pas peser, dit-on, sur le moral des joueurs. Un internaute du forum des « Framboètes » (3)http://www.facebook.com/groups/framboetes/?ref=ts , des français lisboètes signale : « le centre commercial Dolce Vita Tejo voit ses boutiques fermer quasi quotidiennement faute de clientèle ». Même du côté des cadres, le parfum de la dépression vire au vinaigre. Maria, diplômée du supérieur, est chargée d’immobilier d’affaires. Elle a toujours un job en phase avec son niveau de formation et s’estime privilégiée. Pourtant, son salaire majoritairement constitué d’une part variable s’est effondré depuis deux ans. Elle aussi fait plus attention qu’avant.

Dans la tempête, quelques gagnants. Une chauffeur de taxi affirme bénéficier du changement des comportements : « les jeunes font de plus en plus de covoiturage, la crise a plutôt augmenté le nombre de mes courses mais a vidé un peu les bus », lâche-t-elle dans un grand rire.

ECONOMIE A CREDIT ET CORRUPTION

Je file en taxi sur la route des plages, à quelques minutes de Lisbonne. Par la fenêtre, défilent des maisons murées, taguées à l’encre rouge d’un « Aqui podia viver gente » (Ici pourraient vivre des gens), signées par le « Bloc des gauches », coalition de la gauche radicale. Un panneau publicitaire vante les tours partiellement occupées de « la ville du futur ». Dans un café qui longe la côté toute proche de Costa da Caparica, le patron pleure l’année précédente. Aujourd’hui, les locaux délaissent la carte des poissons pour celle des crédits à la consommation, réglant sandwichs à bon marchés, remboursés sur deux ou trois ans. Le pouvoir d’achat portugais est le plus faible des pays de la zone euro mais il a été puissamment soutenu par les banques, « plus enclines à financer les ménages que les entreprises »(4)Rapport du Sénat, Janvier 2011 .

Les discussions de la clientèle, la plupart issue des classes moyennes de Lisbonne et de ses environs, évoquent à coups de « N?o faz mal » (C’est pas grave), une forme de fatalisme qui serait propre aux portugais et une corruption galopante. L’autre soir, une coupure de courant a interrompu un grand concert de fado dans l’indifférence des organisateurs. On se repasse en boucle l’histoire des trois fonctionnaires de la ville venus contrôler la conformité de travaux intérieurs d’une maison et les moyens employés pour faire passer son dossier au dessus de la pile.

« L’EFFONDREMENT DE LISBONNE »

A la une de ce magasine spécialisé dans l’immobilier, on titre sur le délabrement d’un bâtiment sur cinq et le marché délaissé par les propriétaires. A la veille des dernières municipales, les panneaux d’autorisations de rénovation ont été accrochés à la hâte à leurs fenêtres. Depuis, rien n’est venu si ce n’est les agents de la police qui sanctionnent les chantiers « illégaux » de résidents excédés par les lenteurs municipales.

Les récentes élections législatives ont porté une majorité de centre-droit au pouvoir. Cet entrepreneur expatrié d’un grand groupe approuve « les mesures qui visent à harmoniser avec la moyenne européenne les périodes d’indemnisation de chômage », c’est-à-dire en les diminuant. Il pointe également les contrats de travail qui ne sont plus résiliables après leur période d’essai, sauf en cas de licenciement collectif ou d’une « juste cause », comme autant de freins à l’embauche. La réalité est sensiblement différente. Si la législation du travail lusitanienne fait écho à une tradition protectrice de l’Etat, acquis de la « révolution des billets », elle n’a pas empêché le développement d’un marché de l’emploi le plus dual. La création des « recibos verdes » (5)Littéralement les « reçus vert », l’équivalent de nos autoentrepreneurs réservée à l’origine pour les professions libérales, sans droit aux indemnités chômage et maladie ni aux congés, est aujourd’hui souscrit par environ 20 % de la population active. L’État portugais emploie environ 140 000 personnes sous ce régime.

IMPASSE DE LA « RIGUEUR »

En focalisant sur les éléments d’équilibre budgétaire et de « fluidification » du marché du travail, les organismes internationaux prônent une cure d’austérité la plus dure depuis 1983. Elle ajoute à la difficulté de vivre de plus de 2 millions de portugais disposant de la moitié du salaire moyen et de 3% de la population qui s’approvisionne auprès des banques alimentaires. Ce faisant, les causes profondes du mal développement portugais risquent d’enrailler toute sortie du trou noir. Dans l’ancien quartier ouvrier du Bairro Alto, les cafés branchés drainent habituellement une foule jeune, bigarrée et les touristes attirés par une authenticité encore préservée. Carlo a obtenu l’équivalent du Bac et travaille comme comptable avec une paie de près de 800 euros, proche du salaire moyen.

« Si je veux reprendre mes études même sans m’arrêter de bosser, cela sera hors de prix. Qu’ont fait nos gouvernements depuis notre entrée dans l’Union ? Ils ont endetté le pays et tout cela pourquoi? Je ne peux même pas avoir accès à un diplôme pour progresser dans mon métier sauf à davantage m’endetter »

Cette inquiétude interroge aussi bien les priorités du gouvernement portugais réduit au coups de pieds de l’âne que les capacités du fonds européen de stabilité financière, jugé trop coûteux et insuffisamment doté. Cet Eté 2011 à Lisbonne, dans le haut du classement des nouveaux « spots » des capitales européennes : un peu moins de locaux, un peu plus de touristes. Encore faut-il-être prêt à les accueillir. L’objectif de réduction drastique des déficits ne laisse que peu de marge à une politique de formation, grande oubliée des deux dernières décennies.

Notes   [ + ]

Le jour où la Seine déborde…

« Ports de Paris » avec, entre autres, son site de Gennevilliers est le 2e port fluvial d’Europe en terme de marchandises et le 1er au monde en trafic fluvial passagers avec 7 millions de touristes transportés chaque année.
(Un GIE « Haropa » (harbor of paris ou le HAvre-ROuen-PAris) vient d’être constitué pour devenir une plate forme fluvio-maritime de taille mondiale.)


crue 1910 Pont Alexandre III ? Ministère de l’écologie

Mais l’histoire nous a montré que la Seine pouvait être capricieuse et une crue exceptionnelle (la crue centennale) était probable. Les effets seraient sur Paris du « jamais vu ».

LES CONSEQUENCES DE L’HOMME ET DE SON ACTIVITE

François Landais directeur de l’agence Paris-Seine, à Ports de Paris, nous explique que l’urbanisation croissante alliée à une pluviométrie importante, malgré les grands réservoirs (lacs artificiels) en amont de Paris, régulants les crues et les sécheresses, pourraient provoquer la crue centennale tant redoutée.

La particularité de la région parisienne est la densité de ses habitants situés en zones inondables, et cela fait beaucoup de monde ! Pascal Popelin, maire adjoint de Livry-Gargan est Président de l’établissement public « Seine Grand Lac ». Il gère les 4 barrages réservoirs en amont de Paris.

Il évalue le nombre de personnes touchées directement ou indirectement entre 2 et 5 millions et les dégâts (remise en état des réseaux, des édifices, nettoyages….) aux alentours de 20 milliards d’Euros, soit 20 fois le coût de la tempête Xynthia. D’après lui, près de 800 000 personnes seraient privées d’électricité, sans compter les coupures d’eau et le problème d’évacuation des déchets. Par ailleurs, des mesures de précautions sont prises, comme celles de mettre « hors d’eau » les bâtiments (musées…) et de sécuriser les systèmes informatiques ou encore les archives.

Le Général Serge Garrigues est le chef d’état major de la zone de Défense de Paris. Sous le contrôle du Préfet de Police de Paris, il assure la coordination des secours et approvisionnements des personnes qu’on inciterait alors à rester le plus possible chez elles.

Cette solution est privilégiée à un déplacement massif des populations, d’autant que la crue généralement, ne dure que quelques jours.

Il tempère les effets par le fait que « la crue est aujourd’hui prévisible à au moins 8 jours », « et cela donne du temps pour informer et mettre les gens vulnérables hors de danger » comme par exemple évacuer les malades des hôpitaux situés en zone inondable (comme celui de Georges Pompidou) et les répartir sur d’autres lieux d’accueil.

Par ailleurs, cette préparation exemplaire à la hauteur de l’événement s’il se produisait, peut servir à d’autres catastrophes du type du plan ORSEC. une évacuation d’urgence des déchets (5000 tonnes par jour !) est même prévue, ainsi que la distribution de 1200 groupes électrogènes.

Interview complète du général Serge Garrigues

Le Général Dodane, spécialiste des crues nous explique également qu’une ville comme Alforville serait touchée à 100% et qu’un plan nommé « Neptune » réquisitionnant les armées, pourrait mettre à pied d’oeuvre environ 10000 hommes avec le matériel nécessaire.

Mais nous n’en sommes pas là !

Peut être même nous ne reverrons plus jamais ces images de la crue de 1910 où l’on peut voir nos députés se rendre en barque à l’Assemblée nationale pour débattre à la lueur des lampes à pétrole ! (et manger froid….).

Assemblée nationale sous l’eau ? Ministère de l’écologie

Toutes les indications, les alertes de crues et les consignes se trouvent sur le site « fluvial » de la ville de paris et pour la France entière c’est « Vigie crues ».

Mais comme dans toutes choses : mieux vaut prévenir que guérir ! Et comme conclu, Pascal Popelin (auteur d’un livre : « le jour où l’eau reviendra ») : « il n’existe pas de catastrophes naturelles, mais des phénomènes naturels qui deviennent des catastrophes par la présence de l’homme et de son activité ».

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Xynthia 2010 : le rapport qui accable

La Cour des comptes avait souligné les « insuffisances persistantes » en matière d’urbanisme, pointant des collectivités sous la pression des promoteurs. Dans les trois départements concernés ? la Vendée, la Charente-Maritime et le Var ?, les préfets avaient établi un dossier départemental sur les risques majeurs (DDRM) trop « général » et non « actualisé ». Le rapport soulignait que les plans de prévention du risque inondation (PPRI), adoptés sous l’égide des préfets n’avaient pas été prescrits dans toutes les zones à risques. Lorsqu’ils existaient, ces plans avaient fait l’objet de trop de négociations pour être encore contraignants. Si le système des secours avait été rudement mis à l’épreuve, on se souvient que l’intervention inédite des collectivités locales avait permis en partie de faire face à la détresse des citoyens, juste après la catastrophe. Un système de chéquier et de location de voitures permettant de faire face aux besoins les plus urgents avait ainsi été mis en oeuvre par la Région Poitou-Charentes sans pour autant que l’articulation avec l’action avec les autres collectivités ne fut réellement planifiée faute d’avoir été pensée.


Vous pouvez écouter l’ensemble des chroniques de Gérard Feldzer sur le site de France Info. Vos commentaires et suggestions seront toujours bienvenus sur franceinfo.fr

« Pour une agriculture urbaine » : tribune publiée sur Les Echos.fr

Plusieurs organismes publics ou parapublics s’en sont émus auprès de l’État. Ã l’aube des années 2000, la SAFER dénonce le phénomène, et en 2004, dans un « Livre blanc », elle associe la question du développement économique de l’agriculture à la qualité des paysages.

La prise de conscience est désormais acquise, mais elle ne fait pas une politique publique. Certes, la protection des terres agricoles se traduit progressivement dans la gestion du foncier. Mais quelle valeur peut avoir un champ, même de la meilleure terre, face à la spéculation foncière ? Dans un projet porté aujourd’hui par le Groupe Auchan, sur les dernières grandes surfaces agricoles franciliennes du Triangle de Gonesse, peut-elle faire encore le poids ?

LE FONCIER A L’EPREUVE DE LA SPECULATION

Partout en Europe, des communautés urbaines ou des régions n’ont pas attendu « l’impossible » loi qui protègerait la terre agricole au même titre qu’un morceau de patrimoine. Dans les périphéries de Berlin, Milan, ou Barcelone, plusieurs centaines d’hectares sont intégrés à de grands parcs où cohabitent plusieurs formes d’agricultures, des zones de loisirs et des parcours de promenades.

à Lille autour du canal de la Deûle, la communauté urbaine a initié, il y a une vingtaine d’années, un parc d’un nouveau genre, associant propriétaires publics et privés, espaces agricoles, espaces naturels et lieux de loisirs. Sur près de 2000 hectares, l’agriculture est préservée et participe au maintien de grands espaces de promenade au c?ur du tissu périurbain. Agriculteurs, gestionnaires des espaces publics et naturalistes, travaillent en bonne intelligence.

Au c?ur des villes, l’agriculture est pourtant trop souvent reléguée à un enjeu symbolique. Elle est au mieux une source d’inspiration et de renouvellement des figures paysagères dans des parcs et jardins publics, déclinés parfois avec réussite.

L’enjeu du métissage entre l’agriculture et la ville relève d’une importance stratégique. Il ne porte pas seulement en lui un parti pris esthétique ou le défi de la rupture avec une agriculture productiviste mortifère pour notre santé. Il ouvre une opportunité : celle de la refonte de projets de territoires dans leurs dimensions les plus intimes.


Les projets de fermes pédagogiques se multiplient.

Une forme de microagriculture » liée à la pratique du jardinage et au besoin de recréer des liens sociaux (jardins familiaux, jardins partagés?) réinvente les anciens jardins familiaux. Dans ces lieux, on se retrouve autour d’activités de jardinage, on partage le plaisir de croquer quelques radis, de goûter des fraises.

Si ces jardins peuvent constituer, au temps de la grande crise, un complément à l’économie ménagère – comme ils l’étaient à leur création au XIXe siècle -, les microparcelles des écoles ou des jardins partagés ont avant tout un rôle pédagogique. L’agriculture « réelle » en a probablement besoin. Dans les grandes villes, la dernière mode est à la production de miel, sur les toits des grandes institutions, des entreprises, on installe des ruches dont la production est de meilleure qualité.

« BOBOLAND » OU BASE DE PROJET DE TERRITOIRE

D’aucuns dénigrent ces nouvelles formes agricoles justes bonnes à faire pousser un peu de convivialité pour citadins dés?uvrés. On serait là sur un terrain marginal et il semble difficile d’imaginer une régression de la ville au profit de l’agriculture. C’est pourtant arrivé à Détroit. Touchée de plein fouet par la ruine de l’industrie automobile, cette ville américaine a perdu une grande partie de ses habitants. La population restante, souvent très pauvre, a investi des parcelles anciennement loties, pour développer des cultures vivrières et une nouvelle urbanité.

En France, les métropoles de Nantes et de Rennes se préoccupent de la protection de leurs terres agricoles. Ã l’initiative de designers locaux, le collectif des « Ekovores » imagine une agglomération résiliente, où « producteurs et mangeurs » vivraient en symbiose, les citoyens des villes consommant des légumes bios de maraîchers de la toute proche périphérie, en limitant les intrants et les hydrocarbures.

à l’heure des circuits courts, l’agriculture doit être appréhendée plus fondamentalement comme un système qui porte sa résilience et celle de la ville. C’est un enjeu transversal, de gouvernance environnementale, sur la gestion de l’eau, la biodiversité, mais également sur les champs de l’emploi et éducatifs. Produire pour et dans la ville appelle en effet des changements techniques, l’organisation de nouveaux modes de distribution, et de nouvelles formes agraires : des circuits courts comme la cueillette à la ferme et la vente directe (les fermes de Gally, près de Versailles?), des contrats de production (les Associations pour le Maintien d’une agriculture paysanne), des contrats d’entretien novateurs (le pâturage des moutons dans un parc public?).

Longtemps, les limites entre ville et campagne ont été franches, mais la situation s’est par la force des choses estompée. Cela n’a pas été le fruit de décisions politiques, au contraire. Dans le rapport de mars 2010 commandé par l’Établissement Public de la « Plaine de France », la très sérieuse Direction de l’Équipement du Val-d’Oise plaide en lieu et place d’un énième projet d’hyper marché de 80 hectares porté par la famille Auchan pour une imbrication entre ville et campagne féconde en termes de développement local. En traitant les franges de contact avec la population, citant des exemples réussis de pays nordiques, elle plaide pour que ces surfaces soient aménagées.

Cette nouvelle agriculture doit être pensée et spatialisée dans un projet urbain, économique et paysager, avec l’aide d’outils réglementaires, constitutifs « d’aménités urbaines » comme l’écrivait le chercheur Pierre Donadieu, dés 1988.

L’AGRICULTURE C’EST POUR MANGER

Hélas, trop d’élus cèdent à la paresse intellectuelle et aux promesses des marchands du temple qui aménagent et façonnent les grands projets de la cité à la place des schémas de cohérence territoriale (SCOT) et autres plans locaux d’urbanisme (PLU). Ce faisant, ils relèguent la semaine l’agriculture au rang d’une industrie bénéfique pour notre balance commerciale. Au pire, Lles week-ends d’élections, ils « caressent le cul des vaches » et une certaine idée passéiste d’une France mythifiée.

Dans les couloirs du salon de l’agriculture, se souviendront-ils que la préservation des terres agricoles est une nécessité vitale pour se nourrir ? On l’oublie souvent, mais dans l’exemple de Gonesse, les terres agricoles menacées dans le secteur représentent à l’horizon 2025 l’équivalent de la consommation de 500 000 personnes en pain pendant une année.

Les agricultures urbaines sont un enjeu pour les villes et les campagnes de demain, car elles impliquent les citoyens dans une connaissance et un rapport respectueux du substrat et pour maintenir aussi, dans des métropoles très denses, la présence du ciel, de grands horizons, des lieux où se promener.

Pour le pouvoir d’usage

La raréfaction des matières premières, la montée inéluctable des dépenses énergétiques et les enjeux sociaux écologiques nous exhortent à innover pour nous engager dans la voie du développement soutenable. Le service, l’usage, l’humain sont les mots clefs de l’économie de demain : l’économie de fonctionnalité.

Encouragée dans les conclusions du Grenelle de l’environnement, l’«économie de fonctionnalité», (aussi baptisée «de l’usage»), consiste à vendre l’usage d’un bien plutôt que le bien lui-même
([ «Les Clés du renouveau grâce à la crise !» d’Eric Fromant, préface de Christian Blanc, EMS Editions 2012.)]. Ce modèle a fait ses preuves. Michelin, Elis, Xerox, Cofely, Peugeot, Rolls-Royce, l’ont expérimenté avec succès. Michelin ne vend pas ses pneus, mais propose un service d’usage et de maintenance chez ses clients au kilomètre, puis les récupère en fin de vie. En utilisant un vélo en libre-service en ville, par exemple, vous l’avez pratiquée sans le savoir.

Le principe est simple, les avantages majeurs. Pour l’entreprise, c’est un gage de visibilité et de constance, mais aussi un gain estimé entre 30 % et 50 % sur le poste énergie et matières premières. Elle n’est plus obnubilée par l’idée de produire plus : puisqu’elle ne vend pas le bien, mais l’usage de celui-ci, elle a intérêt à proposer un produit qui dure, de qualité. En mutualisant et en récupérant les produits en fin de vie, elle économise des coûts en les recyclant. Cette conversion de l’économie passe aussi par la fiscalité écologique. Nous devons taxer l’utilisation des ressources naturelles ou la pollution, et détaxer en partie le travail, renouvelable à l’infini.

UNE ECONOMIE PLUS ECONOME

L’économie de fonctionnalité apporte ainsi la solution à la quadrature du cercle de la qualité, de l’emploi et de la compétitivité. Pour le consommateur, c’est une baisse des prix et une offre mieux adaptée aux besoins réels, un gage de fiabilité et de simplicité. Dans un monde où la durée de vie des produits est de plus en plus réduite, être propriétaire d’un bien ne signifie plus pouvoir en profiter longtemps. L’économie de fonctionnalité est une des solutions à cette obsolescence artificielle, qui lamine le pouvoir d’achat et génère toujours plus de déchets. Les réserves exprimées d’attachement à la notion de propriété n’ont pas été vérifiées par l’expérience. Au contraire, l’accès à l’usage est bien plus garanti par le «contrat de résultat», pierre angulaire de l’économie de fonctionnalité. Le conseil, la maintenance, la réparation et l’expertise deviennent les moteurs de cette nouvelle activité de «service», où l’utilisation d’un bien et le service après-vente forment un tout indissociable.

L’économie de l’usage, c’est au final : un modèle économique viable, socialement intéressant et écologiquement soutenable. Osons ! L’économie de fonctionnalité crée ce cycle vertueux. Ce modèle démontre que «développement» n’est pas synonyme de surconsommation, surproduction, ou pollution? mais de progrès. Opérons le vrai changement : passons de l’économie du passé à une économie novatrice, premier pas vers une conversion écologique de notre économie.