Articles

L’économie verte aux couleurs marocaines dans « Economia »

LOCALISER L’ECONOMIE VERTE

Pour nous, l’économie verte, et notamment dans sa dimension sociale et solidaire, n’est ni une mode ni une hérésie et encore moins un luxe de riches. Au contraire, c’est une nécessité eu égard aux défis qu’elle se propose de relever : dérèglement climatique, réduction accélérée de la biodiversité, raréfaction des ressources naturelles, virage énergétique, croissance démographique,? La mondialisation de l’écologie en même temps que celle de l’économie pose des conditions majeures et inédites pour l’humanité. Au plan international, les négociations sont d’une telle complexité qu’il est difficile d’espérer des avancées significatives. Reste l’action locale pour adapter nos villes et nos territoires au monde qui est entrain de naître.

La ville est probablement la forme d’établissement humain la plus bénigne pour l’environnement. Il est beaucoup plus économique en effet, de fournir des services en ville, avec un impact écologique réduit. Mais la ville verte comme l’économie de la même couleur appelle une pensée nouvelle de notre système de production et de consommation. Le chantier est immense : quelle richesse produire, comment la produire et comment la redistribuer ? Comment nos villes, qui demeurent dépendante de l’extérieur pour une grande partie de leurs ressources, peuvent-elles produire des biens?

UNE TROP FAIBLE PRISE EN COMPTE

Il faut bien le reconnaître, la prise en charge de ces nouveaux enjeux par les élu-es locaux est faible. Les raisons sont multiples. Elles sont connues et ne rien faire serait irresponsable. Nous espérons beaucoup dans la dynamique de changement que connaît le Maroc et dans les nouveaux espaces de liberté démocratique apportés par la nouvelle constitution. Encore faut-il que tout le monde s’y mettent, à commencer par les autorités de tutelles, les administrations déconcentrées, les agences d’urbanismes, les universités, les architectes, les aménageurs et les opérateurs économiques, les associations,?.

Mais, être en responsabilité, c’est être en mesure d’apporter des réponses. Dans « responsabilité », il y a « réponse ». Nous pensons qu’il ne suffit pas de poser des questions pertinentes, mais qu’il est souvent plus compliqué d’essayer d’apporter des réponses et de les traduire en politique. C’est tout le sens de l’action de l’association marocaine pour des eco-villes, première association de communes urbaines et rurales au maroc, dédiée au développement durable. Nous tentons d’apporter des réponses qui visent l’économie et la gestion responsable des ressources, l’implication des citoyens et une intégration de la culture populaire.

L’INACTION COUTE CHERE!

Au Maroc, le coût de l’inaction coûte cher. La gestion déficiente des ressources naturelles, leur surexploitation ou leur dégradation ont un prix exorbitant estimé à 16,27 milliards de DH, soit 4,6 % du PIB. Ce coût est considéré comme supérieur 1,5 fois à celui des pays développés. Nous ne pouvons plus ignorer les externalités négatives de notre système productif, les excès de pollution, les dégradations que subissent nos communes et qui ont atteint des seuils, parfois de non retour. C’est le sens de l’action de la Ville d’Agadir qui a décidé de s’attaquer aux dégradations causées à l’environnement par la gestion déficiente de certains déchets qui ne sont pas de la responsabilité de la commune.

Tout le monde comprend qu’on ne traite pas de la même manière, les déchets ménagers, les déchets industriels ou les déchets hospitaliers. C’est un principe de base, que la loi 28/00 relative à la gestion des déchets, consacre et explicite de manière claire et sans ambiguïtés. Le décret d’application de la loi publié fin 2006, donne 5 ans à l’ensemble des acteurs de la filière, et en premier lieu les collectivités territoriales, pour se conformer à l’esprit et aux dispositions de la Loi. Quelle est la situation aujourd’hui ?

L’EXEMPLE D’AGADIR

Le traitement différencié des déchets est déficient et cela coûte beaucoup d’argent aux communes et à leurs regroupements. A Agadir et dans toute sa grande région, l’absence d’un plan régional qui fixe, réglemente et finance le traitement, l’élimination ou le stockage des déchets industriels fait toujours défaut. Résultat, les déchets de la zone industrielle d’Agadir finissent à la décharge intercommunale de l’agglomération, exclusivement pensée à l’origine pour le stockage des déchets ménagers et assimilés. C’est tout le fonctionnement de la décharge qui se retrouve aujourd’hui en danger. Les procédures et les solutions envisagées par exemple lors de l’aménagement de la décharge pour le traitement du lixiviat sont caduques. Ce liquide communément appelé « jus de poubelle » est dangereux, et sa production massive engendre des risques de pollution des sols, des rivières et des nappes phréatiques. En termes économiques, ces dysfonctionnements se payent et au prix fort. Etre sobre et économe des ressources, c’est d’abord refuser cette hémorragie.

Une réponse écologiquement responsable et économiquement soutenable ne peut pas se concevoir dans la réaction, au coup par coup et dans l’urgence. Pour ces raisons, et suivant les recommandations du séminaire de l’amev consacré au sujet des déchets, la Ville d’Agadir et la commune d’Oulmès sont les premières collectivités au Maroc qui veulent se doter d’un plan de gestion communal des déchets ménagers (article 16 de la loi 28/00). Avec le concours de la ville de Paris, la Ville d’Agadir travaille sur un Plan qui sera avant tout, un outil mobilisateur, protecteur du cadre de vie, de l’hygiène publique, facteur de redéploiement économique et porteur d’emploi, d’équité et de justice sociale.

ECONOMIE VERTE ET CULTURE POPULAIRE!

A Oulmès, le contexte est différend et les réalités aussi. Mais l’objectif du conseil communal est le même : agir pour changer. On ne peut pas transformer nos grandes villes si on n’arrive pas à le faire dans les plus petites communes. A Oulmès, l’autre enjeu de l’élaboration du plan communal de la commune est l’adhésion réelle, pleine et entière de chacun. Il est vain d’espérer une technologie miracle sans que les gens ne soient dans une réforme profonde de leur vie. Le pari de la commune et de l’amev, est que la réussite du plan dépendra de l’appropriation, de la participation et de l’apport de la population.

C’est le sens de la première journée de l’environnement et de la citoyenneté organisée par un collectif d’associations locales avec le concours de l’amev.

A partir de l’idée d’un nettoyage collectif des rues de la commune, c’est toute une dynamique portée par les associations locales qui a permis d’apporter des réponses concrètes, originales et culturellement locale. Sur une journée, le collectif associatif a réussi par exemple à récolter, une tonne et demi de matières organiques (des épluchures de bonne qualité, préalablement triés et mis de côté par les femmes essentiellement !). Cette quantité n’a pas été transportée, ni stockée à la décharge, ni transformée en composte. Au contraire, elle a servi à nourrir le bétail des petits éleveurs de la commune qui fournissent d’habitude, les bouchers de la commune !! L’enjeu donc, est de faire que cette expérience d’un jour devienne une politique de tous les jours. Le concours de l’amev consiste à accompagner la commune à concevoir un plan élaboré par et pour la population.

Cet exemple montre qu’il est inutile d’aller chercher des solutions ailleurs, lorsqu’il est plus facile de s’appuyer sur la culture locale pour fabriquer des solutions originales, réalistes et à faible coût. Ces solutions ont l’avantage aussi de construire une économie à circuits courts, beaucoup plus proche des besoins des gens et plus responsable dans l’utilisation des ressources.
Une économie nouvelle au service du développement humain.

Le temps est venu en effet, de changer de regard sur nos déchets et de considérer mieux et les femmes et les hommes qui concourent vaillent que vaille, à la propreté de nos villes. Cette reconnaissance doit viser en premier lieu, à mettre en valeur l’utilité sociale et environnementale des travailleurs les plus faibles, comme les chineurs ! Ces travailleurs sans droits sont en réalité, les vrais artisans de toute la filière de recyclage du Maroc. Leurs conditions de travail sont épouvantables et leurs conditions de vies aussi. Mais les nuisances qu’ils causent dans les villes pendant leurs activités sont réelles et génèrent de plus en plus de plaintes de la part de nos concitoyens : collecteurs renversés, sacs éventrés sur la voie publique, nuisances olfactives, risques sanitaires, altercations et violences urbaines,? nous pensons qu’il sera très compliqué de faire changer les choses, mais ne rien faire coûtera à notre avis plus cher.

Consacrer une partie du futur plan communal de gestion des déchets à la dimension sociale, c’est rappeler que l’économie verte, c’est d’abord une économie au service du développement humain. A notre avis, le rôle de la commande publique, puisque le plan communal de gestion des déchets comportera aussi des dépenses, doit être un levier de construction de politiques publiques plus solidaires, plus efficaces et plus écologiques.

Plus d’informations sur l’association marocaine pour des éco-villes, consulter le site : www.amev.ma

En photo de « une » : le « busway d’Agadir.

La Commune Urbaine d’Agadir et Nantes Métropole ont renforcé aujourd’hui à Agadir, leur coopération par la signature d’une convention de partenariat relative au Projet d’une ligne de Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) dans la capitale du Souss. Ce projet vise à doter la Ville d’Agadir de la première ligne de bus en site propre, qui sera conçue et exploitée de manière à offrir un service performant et régulier proche de ce que peuvent offrir d’autres systèmes de transports en commun tels que, les tramways ou les métros mais à un coût moindre, et en offrant des possibilités de réaménagement plus souples .

La Ville d’Agadir sera ainsi la première ville au Maroc à se doter d’une telle infrastructure qui vise à offrir aux usagers des transports publics, un service à haute fréquence de passage, un temps de trajet garanti et des passages réguliers ; une vitesse relativement élevée ; une amplitude horaire de fonctionnement étendue et un système d’information de qualité : temps de parcours, attente, fréquence, etc.

En finir avec la France moche

PORTRAIT INHABITUEL DU PAYS

Des centres commerciaux, des zones d’activités, des lotissements et des routes élargies d’où ont disparu les arbres. Quatre à cinq enseignes et autant de lotisseurs sont responsables de la production de ces »non lieux »; comme les qualifie l’ethnologue Marc Augé.


Que s’est-il passé ?

Les causes sont nombreuses, parmi lesquelles les choix économiques faits depuis quarante ans, combinant toute automobile, grande distribution, l’absence ou l’empilement des réglementations, le clientélisme dans le classement des terres constructibles. S’y ajoute la volonté légitime des communes d’attirer emplois et taxes professionnelles.

La lecture de ces paysages raconte nos modes de vie, nos choix ou notre absence de choix où priment fonction et rentabilité immédiate. Tristes paysages que ceux des espaces verts et des ronds-points paysagers, d’un urbanisme par défaut avec haies de thuyas et clôtures sans lien avec les champs déserts qu’elles côtoient.

Depuis vingt ans environ, il y a une prise de conscience avec le travail de l’Observatoire photographique des paysages, le vote de la loi Paysage en 1993 et, plus récemment, la loi de Solidarité et de Renouvellement Urbain (Loi SRU) qui met en place le Plan Local d’Urbanisme (PLU). L’exemple est souvent venu avec l’expérience et la conviction d’élus et de professionnels engagés au sein des collectivités locales qui ont multiplié les projets d’aménagement et de requalification de leurs quartiers dans une démarche de planification et de cohérence territoriales.

Il s’agit pourtant d’une infime partie des actions d’aménagement à l’?uvre sur le territoire, car la plupart des communes n’ont pas de PLU au sens d’un véritable document d’urbanisme. Trop de communes décident de leur avenir avec les lotisseurs, les acteurs économiques et la pression démographique, et les règles les plus utiles sont remises en cause et contournées, surtout en période de crise. On a ainsi amoindri en 2010 l’impact des Zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP) pour faciliter le secteur du bâtiment. Malgré cela, pas ou peu d’inquiétude à avoir pour les secteurs protégés.

L’ENJEU EST A LA PERIPHERIE

Dans les zones qui n’appartiennent ni à la grande ville ou à sa proche agglomération, et pourtant qui constituent le cadre de vie de la plupart des gens. C’est la France des espaces de trajets, des abords des centres commerciaux, des quartiers d’habitations, portée depuis 1990 par une dynamique démographique trois fois plus importante que dans les grands centres urbains. Celle des ouvriers, des employés, frappés, comme nous le rappelle Christophe Guilluy dans sa « Fracture française », par la désertification sociale, abandonnée par les politiques publiques et d’aménagements.

Lors des débats entre concepteurs sur les propositions pour le Grand Paris, il y a eu consensus pour s’emparer de la question des zones périurbaines dans leur diversité, en reprenant quelques orientations significatives du SDRIF (Schéma directeur d’Ile-de-France), comme la protection des terres agricoles, la densification du bâti et la mise en relation des territoires.

L’aménagement du périurbain est bien une question de paysage, car elle concerne autant l’organisation des territoires que leur forme, les deux étant liés. Le Grand prix national de l’urbanisme 2003, Michel Corajoud, attribue directement le problème des villes contemporaines à leur absence de paysage : « (?) Un des problèmes importants de la ville contemporaine me semble être son obstruction et, de ce fait, sa désorientation. L’accumulation non réglée des constructions dans la ville actuelle est telle que tous les horizons se ferment. »

Penser l’aménagement à travers le paysage implique de s’intéresser à toutes les dimensions d’un territoire : de comprendre l’histoire, la géographie, les mécanismes de transformation, l’interrelation des différents milieux, pour apporter des réponses. Un projet se bâtit dans la connaissance de ces mécanismes. C’est la seule façon de réconcilier ville et campagne, ville et milieux naturels. Il est urgent d’imaginer de nouvelles formes urbaines en réseaux où la nature et l’agriculture s’inscrivent en interrelation selon des circuits courts de production et de consommation.

Le contexte est propice à l’élaboration de projets novateurs traduisant dans la réalité les trames vertes et bleues (continuités biologiques territoriales), par exemple, décidés par le Grenelle de l’environnement. Un élément essentiel d’une ville durable.


« J’habite donc je suis »

Cette formule de Massimo Venturi Ferriolo, spécialiste des questions de paysage à l’école polytechnique de Milan, dans son discours lors de la célébration du dixième anniversaire de la Convention européenne du paysage, résume bien l’importance du paysage comme révélateur des interactions entre l’homme et son environnement.

à l’heure des contraintes budgétaires, rappelons à notre ministre de l’égalité des Territoires ce que fut l’invitation de cette convention à s’engager « ? à reconnaître juridiquement le paysage en tant que composante essentielle du cadre de vie des populations, expression de la diversité de leur patrimoine commun culturel et naturel, et fondement de leur identité? » Une piste féconde.

La croissance est finie, vive la créativité!

La première approche est celle qui ressort des modèles macroéconomiques. La croissance s’en déduit de variables telles que les taux, la croissance mondiale ou les dépenses publiques. Elle restera faible tant que le contexte sera incertain, pour rejoindre ensuite une « croissance potentielle » mal connue, jadis de 3 %, depuis ramenée à 2 % par réalisme.

POUR UNE CLASSE CREATIVE

Dans la deuxième approche, « microéconomique », ce n’est pas la croissance qui fait l’emploi, mais l’inverse. On peut y « battre les prévisions » : tout demandeur d’emploi qui accède à une activité utile économiquement augmente le PIB d’autant. 350.000 demandeurs le font et c’est plus 0,5 point de croissance. Dans cette approche les « créateurs » ont un rôle crucial : ils vont inventer des produits ou des services qui vont au-delà de l’augmentation « mécanique » de la croissance. La première approche dépend des actes de grands décideurs ; la seconde nécessite une large classe créative, composée de ceux qui, scientifiques, artistes, ingénieurs, architectes ou fonctionnaires, inventent ou permettent à de nouvelles idées, de nouveaux produits ou de nouvelles organisations de prendre forme. Cette classe créative comprend également les personnes en « recherche active d’emploi », occupées (seules ou accompagnées) à créer leur future activité – salariée ou non. Les personnes qui prennent le risque de quitter un secteur en déclin pour un secteur d’avenir créent autant que l’entreprise qui les accueille !

Alors que les leviers macroéconomiques (dont les dépenses publiques) échappent largement aux Etats, le développement de la classe créative apparaît comme une nécessité. Il suppose trois éléments :

– un écosystème favorable, où les idées nouvelles naissent et prospèrent, notamment par la rencontre de compétences diverses (créatifs, designers, scientifiques, entrepreneurs,…), la capacité à y allouer le temps nécessaire et une propension à l’irrévérence ;

– des infrastructures, où se combinent et se croisent idées, matériels et compétences, tels l’accès à des réseaux de communication ou au financement et la capacité de créer et d’administrer simplement une entreprise ou de faire appliquer le droit ;

– des débouchés, où la création peut être valorisée économiquement ou socialement et atteindre sans barrière un marché aussi large que possible (local, national, européen ou mondial).

En matière de recherche et d’enseignement, ces principes supposent de viser l’échelle européenne et mondiale, et d’accepter – sans en ignorer les limites -l’enseignement en anglais et les classements internationaux. Pour puiser dans un vivier large de talents, les Européens doivent s’unir. La Chine ou les Etats-Unis ont 15 millions d’étudiants alors que la France seule n’en compte que 2,2. En matière de partenariats de recherche, il faut travailler avec les entreprises – y compris étrangères -capables de porter nos innovations aussi loin que possible. C’est le concept d’économie « Roland-Garros » : attirer des champions mondiaux, français ou non, pourvu qu’ils créent de la valeur ajoutée en France !

Pour permettre à plus de demandeurs d’emploi de faire partie de cette « classe créative », il faut développer la recherche active : lorsqu’ils perdent un emploi dans un secteur en déclin, les demandeurs n’ont souvent pas le réseau ni les outils pour trouver où et dans quel secteur ils seraient les plus utiles. Le système public doit à tous cette aide, et viser autant la recherche d’emplois salariés que l’aide à la création de nouvelles activités ou d’auto-entreprises. Et il doit être évalué en priorité sur ces missions. La noirceur des prévisions ne doit pas nous cacher l’essentiel : la croissance dépend certes du contexte mondial ou de la gouvernance européenne, mais elle dépend aussi beaucoup de notre capacité collective à trouver à chacun la meilleure activité possible. Et les réformes qui le permettront ne dépendent que de nous.

Une tribune reproduite avec l’autorisation des auteurs, publiée dans le quotidien « Les Echos » du 29 février 2012.

En Suède, les collectivités parlent d’une seule voix

VIVRE ENSEMBLE = REFLECHIR ENSEMBLE

En matière de concertation entre collectivités locales, la Suède offre un modèle d’une particulière performance. Les collectivités suédoises sont non seulement moins nombreuses (290 municipalités et 21 « counties »), mais aussi mieux fédérées. Elles sont toutes représentées par la même Association suédoises des collectivités locales, SKL, qui dispose d’une véritable administration et d’un budget de plus de 40M?. Celle-ci assure à la fois une mission de conseil et d’aide juridico-financière, et une mission de lobbying auprès du gouvernement et de l’Union européenne. Cette organisation semble favoriser une co-construction des politiques publiques dont on peut déplorer l’insuffisance en France.

A titre d’illustration, l’association KRAMI nous a présenté le travail qu’elle mène pour la réinsertion des délinquants. En collaborant avec trois acteurs, l’administration pénitentiaire, l’agence nationale pour l’emploi et les communes, elle parvient à des réussites exemplaires.

Si l’on devait s’inspirer en France de ces éléments de force du modèle suédois, sans doute faudrait-il d’abord systématiser, dans chaque collectivité, la concertation avec les autres niveaux d’administration. On pourrait ensuite souhaiter un renforcement du rôle des associations qui, en France, représentent les différents niveaux de collectivités (ARF, ADF, AMF, ADCF?). Un préalable indispensable réside dans le rapprochement de ces différentes instances. Pour prôner le vivre ensemble, ne doit-on pas commencer par réfléchir ensemble ?

QUEL MODELE SUEDOIS ?

Le modèle suédois met l’accent sur le développement économique et l’innovation et n’isole pas autant qu’en France la question du social. En tout état de cause, 70% des ressources des collectivités sont représentées par les impôts qu’elles lèvent directement. Par conséquent, le financement du secteur social ne peut se faire sur la base de transferts, et ne peut se réaliser a fortiori sans un effort constant pour maintenir ou élargir l’assiette des prélèvements. L’action sociale s’inscrit donc nécessairement dans une logique qui met d’abord l’accent sur le développement économique.

« Budgets locaux : sortir de l’impasse bancaire »

Cercle les echos

Cette situation est aussi grave que concrète. Au moment du vote de leurs budgets, les collectivités, départements et communes en tête, ont déjà dû revoir à la baisse leurs ambitions. Prenant acte de la suppression pure et simple des marges de manœuvre fiscales de leur co-financeur principal, la région, elles sont en quête du nouveau Graal : le financement bancaire. En ce début d’année, 36 000 bouts de territoires se sont mis à sa recherche, faisant valoir leurs meilleurs atouts auprès de banquiers aussi courtisés que bousculés.

COLLECTIVITÉS LOCALES ET EMPLOI

Or, loin d’être un caprice d’élus, ces financements sont indispensables à l’effort d’équipement des collectivités dont bénéficie l’activité de milliers d’associations et d’entreprises. Les territoires financent plus de deux tiers des investissements nationaux et 40% de l’activité du BTP. Avec cet assèchement en vue, c’est l’ensemble de l’investissement public qui se trouve amputé, les opportunités de créations d’emplois s’évaporent et avec elles, les capacités de l’économie française de rebondir.
Il serait possible de disserter longuement sur les causes de cette crise du crédit. A la faillite de Dexia , principal finançeur des collectivités, s’ajoute l’insuffisance des fonds mis à disposition par l’Etat via la Caisse des dépôts et leur coût. De plus, en prévision de la mise en ?uvre des normes de Bâle III , c’est l’ensemble du secteur bancaire qui réduit son activité durablement pour nettoyer les bilans des turpitudes passées.

Du côté de l’Etat, le procès sur sa responsabilité fiscale dans les déséquilibres de ses propres budgets n’est plus à faire. Le mouvement enregistré depuis 2007 de remplacement massif de recettes courantes par de la dette se répercute aujourd’hui dans les siphonages brutaux des crédits attribués aux collectivités. Les projets qui devraient voir le jour telle que la mise en place d’une banque du secteur local opérationnelle en 2013, ne suffiront probablement pas à répondre aux besoins de financement des collectivités des prochains mois.

CONTRADICTIONS DE L’ETAT

Le Gouvernement est face à ses contradictions. Confronté à l’évidence de l’utilité des investissements locaux, et sa volonté idéologique, plus forte, de voir les collectivités renoncer à certaines dépenses, il cherche le coupable idéal. Le Président de la Commission des Finances (UMP) de l’Assemblée n’a-t-il pas demandé à juste titre qu’on laisse tranquilles les territoires et leur cadre budgétaire qui les oblige à l’équilibre de leurs comptes ?

Pour sortir de l’impasse politique et financière, les collectivités peuvent attendre d’hypothétiques lendemains qui chantent.

La crise des finances publiques mettra pourtant l’ensemble des acteurs de la dépense à l’épreuve. Elle n’épargnera pas le mille-feuille territorial dont le pacte avec les autres acteurs publics est si friable et l’influence aussi balkanisée. Le phénomène de sortie des banques des financements locaux est de ce point de vue une contrainte supplémentaire pour notre organisation territoriale. Elle doit être envisagée dans le temps. L’ère bancaire n’est pas achevée mais celle des financements longs, calés sur la durée de vie des écoles et des trains fera peut-être bientôt son entrée dans le livre de l’Histoire de la décentralisation. Cela peut être à brève échéance un coup d’arrêt net à tout effort d’équipement.

UNE CRISE : UNE OPPORTUNITE POUR LES TERRITOIRES

Cela peut également constituer une opportunité. Les collectivités peuvent anticiper un nouvel Acte des finances locales en se regroupant pour mobiliser directement l’épargne locale disponible pour les financements des territoires. L’emprunt groupé est un geste qui dépasse la seule dimension financière car il touche à l’organisation même de notre démocratie et à son fonctionnement. Il faut en finir une fois pour toutes avec les conclaves et autres « ;conférences métropolitaines »; qui ne peuvent avoir les moyens de décliner les belles visions stratégiques à l’échelle des bassins de vie. Il est dans ce domaine encore temps de réduire le hiatus entre celui qui décide et celui qui finance. Tirons sur notre organisation territoriale toutes les conséquences des réalités imposées par les politiques publiques. A l’instar de la prise de position courageuse de Claude Bartolone, Président du Conseil Général de Seine-Saint-Denis, nous devons prendre appui de la fusion de Paris et de la petite couronne pour initier un vaste mouvement de simplification territoriale dans tout le pays et reconstituer un canal unique entre la décision politique et les sources de financement.

Remettre en situation de rapport de force celui qui décide avec celui qui finance suppose d’en finir avec les bricolages institutionnels et les perfusions accordées en catastrophe. Unies, les collectivités seront plus fortes et plus solidaires. Ainsi, jouer la solidarité territoriale et les économies d’échelle, c’est faire le pari de l’efficacité des politiques de solidarité et d’aménagement menacées par la dispersion et l’assèchement des liquidités ; c’est avoir le courage de s’affranchir davantage du Diktat des marchés ; c’est enfin redonner un souffle nouveau à notre décentralisation.

Demain, en innervant le cœur local de la République, les territoires refondés peuvent faire le choix de prendre ensemble leur avenir en main.

 

Propositions

La crise financière : nouvelle opportunité pour remettre en question notre organisation territoriale

Aller vers l’égalité « un territoire = un financeur » en fédérant les collectivités pour collecter l’épargne

Légitimer les nouvelles entités territoriales par une élection au premier degré