Articles

Une expérience probante sur l’étalement urbain

Au cours de leur prochaine conférence de presse (Conférence de presse : Mercredi 8 juin 2011 à partir de 9h15 au siège de la FNAUT (local au rez-de-chaussée sur cour) 32 rue Raymond Losserand, 75014 Paris Métro Pernety, ligne 13 sortie nord
Contact : Jean Sivardière, président de la FNAUT, téléphone 04 76 75 23 31
), les représentants de la FNAUT dévoileront les résultats d’une étude à l’initiative de cette association, financée par l’ADEME et réalisée par l’économiste Jean-Marie Beauvais.

Cette étude a pour thème la « localisation de l’habitat et pratiques de déplacements ».

Elle a consisté à analyser les comportements d’un ensemble de ménages ayant déménagé d’une zone périphérique de Tours vers la ville centre. Elle met en évidence « une forte baisse de la longueur moyenne des déplacements quotidiens (de 9 kms à 6 kms) et de l’usage de l’automobile (-38%), donc des dépenses en carburant, de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre des ménages ».

Cette étude empirique devrait être une contribution importante au débat sur la densification urbaine.

A la suite de l’intervention de Jean-Marie Beauvais, un représentant de l’ADEME commentera les résultats de l’étude puis la FNAUT présentera les mesures qu’elle préconise pour maîtriser l’étalement urbain.

Croyance verte ou croissance verte?

« Le monde connaît une crise aux multiples visages : écologique, financière, économique, sociale mais aussi démocratique. Il existe un consensus scientifique sur les effets de l’activité humaine sur le réchauffement climatique, l’accroissement de la pollution et l’appauvrissement de la biodiversité.

La crise énergétique cristallise les débats actuels dans la mesure où cette question est à l’origine de nombre d’activités humaines. A ce niveau, le chantier de la sobriété est l’enjeu de ce siècle : il doit être mené en parallèle avec celui de la « décarbonisation » de notre économie. Voici deux défis qui raisonnent comme des « nouvelles frontières » pour nos sociétés.

Faut-il pour autant s’abandonner à une croissance « attrape tout », repeinte en vert?

Certainement pas. On assiste aujourd’hui à une sorte de « greenwashing » de tout investissement ou choix privé dans un brouhaha écolo-compatible. En réalité, si on souhaite conjuguer les impératifs de la finitude des ressources avec celui de l’activité, et donc renouer avec une promesse pour les entrepreneurs et les salariés, il nous faut tenir les deux bouts du raisonnement.

Pour conjuguer les impératifs du compte de résultat, de la fin du mois et de la finitude du monde : investir et réallouer nos ressources et de notre consommation en faveur du meilleur rapport coût/activité écologique générée. Mais cela n’est pas suffisant : compte tenu de cette contrainte physique qui est la nôtre, de limite des ressources naturelles et d’une crise financière y compris des finances publiques sans précédent, il nous faut faire des choix. Et nous assurer que cette activité écologique supplémentaire permette la décroissance d’externalités négatives (consommation électrique, pollutions?) plus importante encore.

IDH / empreinte écologique = clé de décision

Cette clé d’entrée pourrait même être un facteur de décision pour tout investissement à venir : pour chaque Euro dépensé, quel est celui qui aboutit à une maximisation de l’activité écologique et de l’emploi et à la plus grande diminution de la consommation énergétique. Par exemple, ce filtre aboutirait à réinvestir massivement le secteur de l’efficacité énergétique (l’isolation, les systèmes de chauffage?) préalablement à tout nouvel effort dans le domaine des renouvelables. Dans le contexte de crise budgétaire actuelle, plus d’un Euro sur deux du budget de l’Etat étant désormais emprunté, le passage de la dépense publique au filtre de cette équation s’inscrit dans un cycle vertueux pas seulement du point de vue financier d’ailleurs!

Le besoin de politique

Le tribunal de l’Histoire

La nécessité de ce livre s’est imposée à moi quelques semaines après la conférence de Copenhague de décembre 2009. Jamais une conférence internationale portant sur l’écologie n’avait suscité autant d’attentes. Jamais autant de chefs d’Etat ne s’y étaient rendus, jamais autant de médias n’avaient couvert un tel évènement? pour aboutir finalement à ce qu’il faut bien considérer comme un terrible échec à l’aune des enjeux cruciaux auxquels nous devons faire face? Au tribunal de l’Histoire, on pourrait bien accuser notre génération d’avoir été la plus gaspilleuse, mais aussi celle qui, alors que tous les éléments de décision étaient entre ses mains, aura été incapable de stopper le cours néfaste pris par l’humanité. Ce retard à l’action pèsera très lourd dans le climat des décennies et des siècles futurs?

Depuis longtemps, les scientifiques s’accordent sur l’ampleur des risques encourus par la planète : même si certaines incertitudes demeurent, il y a aujourd’hui un si grand faisceau de présomptions que l’inaction est devenue criminelle. D’autant plus que de leur côté, les experts et techniciens, les économistes, proposent toute une gamme de possibilités pour commencer à agir. Et nombre de philosophes, de sociologues, sont venus à leur aide en expliquant que la société de consommation ne constituait pas une perspective viable pour les êtres humains, et que la crise écologique était l’occasion de choisir une nouvelle voie.

Les politiques ne peuvent s’exonérer de leur responsabilité dans une crise globale qui ne cesse de s’aggraver. Même la tentative de faire porter le chapeau aux scientifiques via le « climategate »([Tentative de mettre en cause le travail du GIEC sur la base de deux erreurs factuelles dans des rapports de milliers de pages.)] s’est révélée un pétard mouillé. Les Etats et leurs dirigeants, au pied du mur, se sont montrés incapables d’apporter les réponses attendues par tous les habitants de cette planète. Certes, les questions posées ne sont pas simples ? elles sont éminemment complexes, touchant directement à nos modes de vie et aux profondes injustices accumulées entre les pays depuis des siècles. Mais si les « leaders du monde » étaient réunis là, c’était bien pour résoudre des problèmes difficiles !

Remettre en cause notre modèle de développement : oui mais comment ?

L’échec de Copenhague s’explique donc à mon sens par une raison qui surplombe toutes les autres : les dirigeants planétaires étaient venus pour apporter des réponses à la crise écologique? à la condition de ne pas toucher au mode de développement qui l’avait générée ! Les pays riches parce que leur économie et leur domination sont basés sur lui, et que, dans la compétition féroce qu’ils se livrent au nom de ce système, personne n’est prêt à la moindre concession qui pourrait favoriser l’adversaire, même pour sauver la planète. Les pays pauvres et émergents parce qu’ils misent sur ce même mode de développement pour rattraper ce qu’ils estiment être leur retard sur les pays riches. Ils ne sont prêts à négocier une remise en question de celui-ci ? ou pour le moins son impact environnemental ? qu’à la condition, légitime, que justice leur soit rendue préalablement sur la dette que les pays riches ont de fait contractée vis-à-vis d’eux. Ce jeu de poker menteur, un jeu totalement perdant-perdant, peut durer encore longtemps !

Ainsi à Copenhague, on a atteint clairement pour la première fois les limites des tentatives de réponse à la crise écologique qui ne porteraient que sur la périphérie du système, sans toucher à son c?ur même : notre modèle de développement. Pourtant, malgré cet échec cuisant, tel l’autruche la tête enfoncée dans le sable, chacun continue d’agir sans prendre sa part de responsabilité. Comme si on pouvait se contenter de répéter quotidiennement « jusqu’ici tout va bien » ? à l’image du film de Mathieu Kassovitz ? et espérer tenir ainsi jusqu’à la fin du mandat, l’essentiel étant de pouvoir se faire réélire !

Vu les risques majeurs que court la planète, et surtout l’humanité, ou au moins ses formes civilisées d’organisation, il est temps de dire que les dirigeants politiques sont les maillons faibles dans la résolution de cette crise structurelle. Encore une fois, ces dirigeants politiques qui avaient entre les mains le destin de la négociation auraient pu, avec lucidité et courage, préserver la planète et ses habitants, et essayer s’ils avaient osé sortir de la paresse intellectuelle et des schémas mentaux conformistes.

Et la responsabilité collective de notre génération engoncée dans un mode de développement inadapté, est loin de se limiter à la crise climatique. Elle porte aussi sur l’épuisement des ressources naturelles, la perte de biodiversité, les menaces d’épuisement des systèmes agricole et aquacole, la multiplication des pollutions génétiques, chimiques, radioactives. Elle se traduit encore par une crise économique majeure qu’on fait semblant d’avoir traité mais dont les fausses solutions ne font que prolonger un jeu de plus en plus dangereux de chat et de souris entre des marchés incontrôlés, des Etats et des peuples à leur merci.

En outre, alors que l’espèce humaine n’a jamais bénéficié d’autant de richesses, de technologies, le mal-être s’est généralisé : des milliards de personnes vivent dans le dénuement et la pauvreté, pendant que les plus privilégiés ? dont nous sommes ? se heurtent douloureusement aux limites d’une philosophie consumériste où « l’avoir » ne peut compenser le manque « d’être ». Pas étonnant, dans ces conditions, qu’ils se sentent de moins ne moins représentés par des responsables politiques qui ressassent les mêmes schémas usés jusqu’à la corde et dont la grille de lecture ne correspond plus au monde réel.

Tout autant que ces constats, les éléments de solution sont accessibles à qui veut bien les chercher. Qu’il s’agisse des outils énergétiques et technologiques indispensables à une transition vers un mode de vie confortable mais bien moins énergivore et prédateur. Qu’il s’agisse de l’invention d’un modèle économique qui ne serait plus basé sur une croissance exponentielle infinie dans un monde fini ? donc par définition intenable, et profondément instable ? et, au contraire, serait compatible avec les limites physiques et le partage équitable entre tous. Enfin, un nouveau système de valeurs alternatif au consumérisme est aujourd’hui ébauché par des intellectuels qui, désespérant de notre époque, voient dans les lieux de résistances et de construction d’alternatives les ferments d’un nouvel espoir.

Ce sont ces éléments que j’ai tenté de rassembler dans ce livre, en y ajoutant l’obligation de concilier une nouvelle vision du rapport entre les peuples ? le global ? avec l’action au plus près des territoires ? le local. Sur la base de ma propre expérience d’élu de terrain, j’ai voulu montrer dans quelles conditions, à la fois de robustesse de la société, mais aussi de volonté politique de changement, on pourrait engager cette mutation, et même la rendre désirable.

Les politiques ont encore une chance de sauver la planète telle que nous la connaissons, et peut-être aussi une chance de faire progresser la civilisation vers une certaine forme de maturité. Pour cela ils pourraient retrouver un sens à leur rôle, et enfin agir, en s’appuyant sur les nombreux apports qui sont à leur portée pour initier les changements indispensables. Sans aucun doute, cela implique d’abord de modifier leur propre vision du monde, et de se dépasser eux-mêmes, de prendre des risques. Mais à quoi bon être responsable politique, si ce n’est pour cela ?

Un Agenda 21 garant du développement durable ?

Ce qui importe avant tout, c’est bien la qualité de l’Agenda 21. Cette qualité s’évalue dans son élaboration, dans son contenu, et dans sa mise en ?uvre.

Ci dessous : la carte des Agendas 21 en France

Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse?

L’Agenda 21 n’est pas nécessairement le seul levier d’action d’une collectivité pour engager une politique de développement durable. S’il constitue un cadre relativement bien défini et sur lequel la collectivité a la facilité de se reposer, il doit aussi être exemplaire dans sa réalisation.
Le risque ? Qu’il se limite à lister, sans aucune concertation avec la population, les atouts du territoire en termes de développement durable, et de les mettre en valeur en appuyant la communication de la collectivité sur des actions exemplaires mais déconnectées d’une logique d’ensemble? quelle est alors la réelle valeur ajoutée ?

Il n’y a pas de recette miracle, et un Agenda 21 mal cuisiné donnera un résultat contre-productif en termes de développement durable. Les ingrédients de base restent le courage politique des élus et une réelle vision à long terme du territoire.

Tout cela doit se faire sur la base d’un diagnostic du territoire partagé avec la population, et avec la participation la plus large des agents et cadres de la collectivité.

Une action avant tout managériale

La réussite d’un Agenda 21 – ou de toute démarche « développement durable » – passe avant tout par la capacité de la collectivité (élus, directeurs, cadres administratifs et techniques, agents?) à remettre en question son action, à décloisonner son fonctionnement, pour y apporter plus de transversalité.
Le développement durable n’est pas une politique sectorialisée d’une collectivité, il est le résultat de l’intégration de critères sociaux, environnementaux, économiques, dans ses domaines d’actions où ils ne sont pas naturellement (historiquement) présents.

La clé pour cela ? La mise en place d’une grille d’analyse permettant d’analyser les projets et les politiques de la collectivité au regard du développement durable. Élaborée « sur-mesure » pour le territoire (un « copier-coller » ou l’utilisation d’une grille standardisée seraient inappropriés et contre-productifs), cette grille d’analyse doit devenir un véritable outil interne aux services, qui sert d’appui à un travail collectif et transversal, organisé par projet. Elle doit donc enclencher une réelle métamorphose managériale des services.
Appliquée sur l’ensemble des projets et politiques mis en ?uvre par la collectivité (quel que soit son stade d’avancement ou de réalisation), cette grille devient un outil d’amélioration continue de l’action publique, dans le sens du développement durable.

Un élément facilitateur : une action politique cadrée par des documents programmatifs et de planification

Le passage d’une politique vers la « durabilité » sera d’autant plus aisé que la politique est cadrée par des documents de planification et de programmation : SCOT, SAGE, Programme Local de l’Habitat, Contrat de baie, Plan d’élimination des déchets?
L’analyse de ces documents de cadrage et des projets qui sont liés (tant au niveau de leur élaboration que de leur mise en ?uvre) par une grille adaptée aux caractéristiques du territoire, sera le gage d’une réussite de la démarche.

Il va s’en dire que l’intérêt de la démarche vaut pour toute organisation ou collectivité, quelle que soit son échelle, et qu’elle aura d’autant plus de sens que les services auront déjà réfléchit (et agit) en interne sur les impacts de leur propre fonctionnement?

Faire décoller (enfin) le « Triangle de Gonesse »

EUROPA CITY, PLUS FORT QU’EURO DISNEY

Il s’agit d’un équipement commercial à deux pas de l’aéroport, coincé entre l’A1, l’ex-N17 et la commune de Roissy. Étalé sur près de 80 hectares de terres agricoles, ce complexe commercial devrait être composé de 450 000 m2 d’activités et d’un tiers de loisirs dont une piste de ski artificielle. Pas moins de « 20 à 40 millions de visiteurs » par an selon ses promoteurs, soit autant que le Forum des Halles et deux fois plus qu’EuroDisney. On évoque entre deux prises de parole le chiffre de 4000 emplois? puis de 8000.

DES DECISIONS AU DOIGT MOUILLE

En de telles occasions, les protagonistes sont peu avares en certitudes. La plus déterminante porte sur l’équilibre du projet, pourtant lié au fait que l’Etat tienne son engagement de réaliser ici, au milieu des champs, une nouvelle station de Métro. Sans la moindre étude de marché ni la plus petite évaluation des répercussions sur les autres centres commerciaux ou le concurrent Mickey, l’argument économique est pourtant mis en avant. Il fait illusion tant le Val d’Oise, et particulièrement ses territoires les plus à l’Est, concentre les maux économiques, sanitaires et sociaux.

Plus fort taux de chômage des moins de 25 ans d’Ile de France après la Seine-Saint-Denis, classé avant-dernier pour l’espérance de vie des femmes (Données DRES 2007)] ou pour la part des plus de 15 ans sans aucun diplôme. Rien n’est épargné à ce département, pas même sa dernière place au « classement écologique 2010 » du magazine « La Vie »([Enquête 2010 de Géopopulation mixant 6 critères dont le poids de l’agriculture biologique)]. Dans ces temps de crise exacerbée, il faut même avoir un certain cran pour contester ce projet véritablement tombé du ciel. Pourtant, des zones d’activités, Gonesse en compte déjà une demi-douzaine et son taux de chômage est invariablement supérieur de 5 points par rapport à la moyenne.

Encore faudrait-il s’interroger sur les causes réelles de cette paupérisation croissante de cette frange francilienne et son absence chronique de « décollage ». Si dans le « 9-5 », près d’un salarié sur six part travailler chaque matin en Seine-Saint-Denis, c’est parce que le taux de création d’entreprises y est un des plus faible de la région et la sous-qualification de la main d’?uvre, la plus importante. Pourtant, ce département devrait bénéficier de la présence de l’aéroport mais contrairement à une idée reçue, Roissy recrute sur une aire diffuse, allant bien au-delà des frontières régionales. Son offre de travail ne correspond que faiblement aux caractéristiques des travailleurs potentiels locaux.


Justement, que fait-on pour les « locaux » ?

A Gonesse, rare commune à ne pas être intégrée dans une intercommunalité, deux sections de techniciens supérieurs (BTS) ferment au premier semestre 2011. A deux pas, à Goussainville, aucune ligne de bus régulier ne vient desservir les actifs à leur aéroport et on ne doit la réouverture du dossier du raccordement de cette commune à la future desserte « à haut niveau de service » qu’à l’intervention des élu-e-s régionaux EELV. Dans ce contexte, on ne peut être que frappé par le décalage entre ces réalités quotidiennes et cette fuite en avant dans un projet pharaonique dont ni l’équilibre économique ni ses conséquences sur les autres activités ne sont évoquées.

CRITIQUE FACILE ?

Comment sortir de l’ornière cette zone de plus en plus reléguée sans tomber dans d’hypothétiques et coûteux mirages qui, au mieux, ne feraient que déplacer les emplois en allongeant davantage les temps de trajets?

Avec la crise de la qualité de l’alimentation, on aurait tort de relativiser l’intérêt des 1000 hectares de terres agricoles « parmi les meilleures de France » ([Selon le rapport de Mars 2010 de la DDEA du Val d’Oise)] et aux portes de Paris. A l’heure des circuits courts, la dynamisation d’une agriculture de proximité dans cette Plaine de France comme sur le plateau de Saclay pourrait être couplée à un projet innovant de développement de la filière agricole rurale. C’est le sens de l’interpellation du « Collectif Pour le Triangle de Gonesse », fédérant une douzaine d’associations citoyennes et environnementales. Selon [une étude des services de la Direction de l’Equipement ([Rapport Mars 2010 commandé par l’EPA « Plaine de France »)] , les terres agricoles menacées dans le secteur représentent à l’horizon 2025 l’équivalent de la consommation de 500 000 personnes en pain pendant une année.

Plaidant pour une intervention dynamique sur ce territoire, ces experts précisent que « les franges de contact avec la population pourraient être aménagées pour être plus accueillantes pour des usages loisirs, en fleurissant des jachères et en entretenant mieux les chemins et les haies ». Des réflexions semblables peuvent s’adapter également à la zone de Tremblay, fort enclavée. Tout cela ne relève pas de rêves de doux utopistes : de nombreux exemples réussis d’un travail fondé sur un métissage entre la ruralité et le péri-urbain y sont cités.

Mais puisque l’argument des partisans d’Europa City réside dans les potentialités d’emplois de ce projet, étudions une autre piste de création. Locale et sérieuse celle-là. Un rapport du Conseil Economique et Social ([Rapport du CESR du 21 octobre 2010)] souligne la très faible densité de la démographie médicale dans ce secteur. Le Val d’Oise est, dans ce domaine également, en avant-dernière position en Ile de France pour ce qui est du nombre de médecins généralistes et spécialistes et en queue de peloton pour le nombre de dentistes pour 1000 habitants. Plus préoccupante, l’enquête ADELI 2009 pointe la dégradation de la situation pour ce qui concerne la présence des infirmiers ou des orthophonistes ([Moins de 500 infirmiers pour 1000 habitants)] .

La baisse de la population médicale est certes constatée sur toute l’Ile de France. A l’heure où 20% des infirmier-e-s formés localement quittent la région, une opportunité de développement d’un pôle de formation des métiers du sanitaire et du social à dimension régionale devrait mobiliser sur ce territoire l’ensemble des acteurs locaux (On notera d’ores et déjà une avancée dans une commune proche et également défavorisée, Villiers-le-bel, 30 000 habitants : une maison de santé pluridisciplinaire située en périmètre de ZUS a ouvert le mai 2010 comprenant 17 professionnels) .

Nul besoin d’attendre la tenue d’une promesse d’une chaîne commerciale

Dés lors, sur quels autres leviers locaux peut-on s’appuyer ?

IL EXISTE UN PLAN B POUR CES TERRITOIRES

Avec ses 2500 salariés, le nouvel hôpital de Gonesse est reconstruit à quelques dizaines de mètres de l’ancien, désormais fermé. Celui-ci, au lieu d’être cédé à des promoteurs comme cela est prévu, devrait constituer de notre point de vue le nouveau c?ur de l’agglomération et son moteur d’emplois durables. Sa surface, les locaux existants et son parc de plusieurs milliers de mètres carré sont l’occasion de recréer en c?ur de ville un centre régional d’accueil-hébergement, de formation et d’information([ La promotion d’un lieu d’accueil et d’échanges des professionnels de santé est promue par une Directive européenne (Directive 2006/123))] des métiers du sanitaire et du social.

à deux pas du futur hôpital de Gonesse qui comprendra 550 lits : il s’agit d’une occasion unique de rapprocher les personnels en formation, « d’améliorer les conditions de vie étudiantes et (de) les accompagner sur le plan social et après le début de carrière » ([Préconisation du rapport du CESR du 21 octobre 2010, « Territorialité et offre de soins », page 100)] .

En générant les synergies entre un gisement d’emploi local et le regroupement ou la création de formations dans des corps de métiers variés ? ([allant du médical pur, couvrant les professionnels du social : un IUT de carrières sociales pourrait être créé dans ce lieu répondant par ailleurs au déficit de formations BAC+2 dans le département)] , cette perspective doit détourner de la tentation de dissoudre le millier d’hectares de terres agricoles à proximité par la spéculation immobilière qu’engendrerait un complexe commercial de trop.

Il s’agit pour les décideurs locaux de changer de braquet, de réunir leurs forces sans attendre qu’un miracle fasse tomber du ciel de l’or. Sans miser sur les marchands du temple ou les hypothétiques développements qui seraient créées spontanément par des infrastructures de transports.

En s’appuyant sur les ressources agricoles existantes et en les valorisant, en facilitant des développements autour du plus gros employeur local déjà existant, il s’agit simplement de faire le pari de la libération du potentiel du territoire. Celui du développement endogène aux couleurs du Val d’Oise.