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Les bibliothèques publiques face au défi du « vivre ensemble »

Les décideurs locaux ont trop souvent tendance à sacrifier la conception d’un ouvrage public sur l’autel des économies d’investissement de bouts de chandelle. Au delà des aspects liés à la construction, le souci accru du « vivre ensemble » dans des sociétés anxiogènes devrait nous inciter à faire évoluer leurs usages.

LA REVOLUTION TRANQUILLE DU « TROISIEME LIEU »

Une petite révolution tranquille semble pourtant gagner les municipalités les plus averties[L’article d’Anne Céline Imbaud sur le blog culturel des Administrateurs territoriaux de l’INET. Elle vient d’outre-atlantique, conceptualisée au début des années 1980 par Ray Oldenburg, professeur émérite de sociologie urbaine à l’université de Pensacola en Floride.

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L’idée de faire des équipements ouverts aux publics des « troisième lieu (Pour aller plus loin sur la notion de « troisième lieu »), distincts des deux premiers : foyer et travail. Des espaces « politiques » où les individus peuvent se rencontrer, se réunir et échanger, prendre un café ou simplement se poser. A rebours des effets pervers de l’individualisme social, pour renouer avec certains rituels du « vivre ensemble », comme on dit aujourd’hui.

Des lieux vivants, propices à l’échange comme dans la sphère privée entre individus placés en situation d’égalité. Accessibles, sur le plan des horaires (larges amplitudes), agissant comme « facilitateur social », où l’on vient « par hasard » rencontrer des habitué-e-s, rompre un peu de solitude dans des espaces confortables et douillets. Des lieux « comme à la maison » ou plutôt comme elle devrait être dans un idéal sans télévision. Celui des tavernes où l’on vient se décharger du stress sans tomber dans les comportements déviants.

Les bibliothèques se prêtent particulièrement à ce type d’expérimentations : à l’instar de celles de la ville de Chicago, réputées pour leur convivialité, les aides à la lecture, leurs salles d’études et des services d’aide aux devoirs ou de cours aux adultes. A Toronto, on trouve dans certaines d’entre elles des services à l’emploi ou au logement particulièrement appréciés des nouveaux arrivants.

« La bibliothèque en première ligne et en ligne au Québec remplit une mission sociale essentielle : elle est le temple de l’éducation informelle, le pilier de la démocratie, la gardienne de l’identité et de la liberté d’expression, et ces finalités passent par la culture. C’est dans ce maillage plus nuancé entre le social et le culturel que s’articule le modèle de la bibliothèque publique québécoise » Analyse comparée des modèles français, canadiens et USA).

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Le « modèle français » de la bibliothèque est davantage marqué par le souci de « collections savantes » et moins riche en services d’apprentissage et de savoir. Sans renier ses fondements, la crise sociale requestionne cette conception au regard des nécessités de décloisonner les usages, faciliter l’accessibilité aux publics dans un contexte de ressources budgétaires restreintes.

Tout en privilégiant une accessibilité accrue, les bibliothèques « troisième lieu » n’en perdent pas pour autant leur rôle d’architecte de l’information, d’éclairer la complexité du monde. Michel Melot([ La Géopoitique des bibliothèque, éd. du Cercle de la Librairie, 1997)] désamorce le conflit entre les partisans de cette approche et les défenseurs d’une position plus traditionaliste en proposant une vision multiple des établissements : « La solution est pourtant simple comme l’?uf de Colomb : il faut distinguer les bibliothèques qui se donnent comme mission prioritaire la conservation des documents, au détriment des lecteurs, de celles qui se donnent pour mission de servir d’abord les lecteurs au détriment des livres ».

Selon lui « Il faut inventer non pas une bibliothèque d’un type entièrement nouveau, des cultures mais plusieurs, répondant à la fois à la multiplicité des demandes et à l’organisation des cultures ». Selon Mathilde Servet ([Mémoire de Conservateur « Les bibliothèques troisième lieu », Janvier 2009)], « il n’est pas question d’évacuer ou de décourager les aspirations culturelles plus fortes de certains usagers, mais de dégager la culture de la gangue glacée et austère qu’elle peut présenter pour certains usagers moins rompus à ses codes afin de la leur rendre chaleureuse et vivante ».

 

Proposition

Au niveau local, organiser dès l’amont la « bibliothèque troisième lieu » comme une plate forme des politiques publiques liées à la lecture, au partage, à l’écriture et au « vivre ensemble »

 

La Note Verte #4 : « Face à la diminution des dotations aux collectivités »

Comment repenser la réforme territoriale en lien avec la réforme de l’Etat pour rassurer l’investissement des collectivités, menacé ?

Eléments de langage et pistes de travail pour les élus locaux dans la perspective d’une rentrée budgétaire 2015 de tous les dangers.

 

Que penser des « Zones de Sécurité Prioritaires » ?

Si nous ne pouvons pas nous réjouir de figurer dans ce classement ciblant des territoires marqués par des « actes de délinquance ou d’incivilités structurellement enracinés », nous ne pouvons que saluer cette décision ministérielle.

Conformément aux engagements du Président de la République, il s’agit de réaffirmer le retour de l’État garant de la sécurité. Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont récemment annoncé vouloir stopper l’hémorragie dans les effectifs de police orchestrée par la RGPP. La suppression de quelques 12 000 postes sous le précédent quinquennat a également touché la circonscription de police d’Amiens. Ainsi, une vingtaine de fonctionnaires du service de sécurité et de proximité n’ont pas été remplacés, ce qui équivaut peu ou prou à six à sept patrouilles par jour qui ont disparu de notre ville, alors même que les Amiénois souhaitent une présence quotidienne et « normalisée » de la police dans les quartiers.

LA METHODE VALLS

C’est pourquoi nous attendions de pied ferme l’annonce d’un renforcement des effectifs de police, notamment par la fidélisation d’une compagnie départementale d’intervention rodée aux violences urbaines. La mise en place d’une zone de sécurité prioritaire à Amiens nord ne se traduira pas par des renforts immédiats.

Au-delà d’une présence policière renforcée à moyen terme, il s’agit d’instaurer dès septembre des méthodes de travail pragmatiques, évaluables, partenariales, et c’est tant mieux ! La sécurité n’est pas qu’une affaire de police, c’est avant tout la mobilisation des différentes autorités. Depuis quatre ans, je me démène avec mes collaborateurs pour reconstruire une action publique exigeante et réaliste en matière de prévention de la délinquance et de sécurité : retour d’une police municipale de proximité, professionnalisation de la municipale, doublement des effectifs dans les postes de quartier, refonte du partenariat avec la police et les autres institutions, diffusion d’un guide de la sécurité, recrutement d’agents locaux de médiation sociale? Pourtant, je n’arrive plus à décompter les bâtons mis dans les roues et autres parasitages. Nous ne pouvons pas laisser nos concitoyens être des victimes collatérales des incompatibilités d’humeur des uns ou des a priori politiciens des autres. Je salue la méthode Valls, conceptualisée par Alain Bauer : « on quitte la théologie pour le pragmatisme ».

Dès lundi, je serai aux côtés des autorités préfectorales et judiciaires pour affiner le périmètre de la ZPS d’Amiens Nord, les trois objectifs prioritaires de notre action et les indicateurs de résultats, indispensables à l’évaluation préalable à la généralisation du dispositif sur le territoire.

Une circulaire signée le 30 juillet 2012 (Circulaire du 30 juillet 2012 instaurant les zones prioritaires de sécurité à télécharger CI CONTRE : circulaire-ZSP) par Manuel Valls précise aux préfets et aux directeurs de la police nationale et de la gendarmerie la nouvelle méthode de travail à adopter dans les 24 premières villes concernées par les ZSP.

Si un volet répressif est bien entendu très développé, une sorte de volet préventif semble proposé. Je note qu’il n’est pas évoqué le concept de dissuasion ; le texte évoque « l’occupation de la voie publique »? A côté d’une cellule de coordination opérationnelle des forces de sécurité intérieure, est créée une cellule de coordination opérationnelle du partenariat, distincte des instances préexistantes du CLSPD/CISPD ? que j’anime actuellement. Le préfet reprend la main en définissant le périmètre de la cellule, mais surtout, en pilotant, via cette nouvelle structure restreinte, le traitement des situations individuelles et la mise en ?uvre des « ressources complémentaires, notamment les polices municipales ».

Le Fonds interministériel de prévention de la délinquance pourrait être mobilisé pour soutenir la prévention de la récidive et le « suivi individualisé des mineurs prédélinquants ». Il s’agit d’une bonne nouvelle puisque les crédits du FIPD étaient jusqu’alors mobilisés à plus de 60% pour abonder l’installation de vidéosurveillance, avec l’efficacité toute relative qu’on connaît en matière de prévention de la délinquance? J’avoue par contre ne pas trop saisir qui sont les « mineurs prédélinquants ».

LE RETOUR DE L’ETAT

Sur le volet des effectifs, le dispositif devra reposer dans un premier temps sur « la mobilisation et la coordination des ressources existantes ». Il est prévu que les créations de poste au sein du ministère de l’Intérieur irriguent en priorité les quinze zones retenues. Il faudra être attentifs à ce que ce soient bien des fonctionnaires titulaires et pas des adjoints de sécurité, mais encore, que les moins expérimentés ne continuent pas à être affectés sur des postes « difficiles » où personne ne veut aller (comme dans l’Éducation nationale?).

Au-delà, la création des zones de sécurité prioritaires doit reposer la question de l’inégale répartition des effectifs de police dans notre pays ? avec ses zonages obsolètes police/gendarmerie, ou encore la concentration de la Préfecture de police de Paris. Si l’esprit de la circulaire marque le retour de l’État dans le pilotage d’instances partenariales de prévention de la délinquance, gageons que le principe ? constitutionnellement reconnu ? de libre-administration des collectivités (par la définition de missions pour les agents de police municipale) ne soit pas contrarié. Nous devons enfin être particulièrement vigilants pour que la gouvernance locale de la sécurité ne soit pas découragée.

Retrouvez tous les billets d’Emilie Therouin sur son blog

En Suède, les collectivités parlent d’une seule voix

VIVRE ENSEMBLE = REFLECHIR ENSEMBLE

En matière de concertation entre collectivités locales, la Suède offre un modèle d’une particulière performance. Les collectivités suédoises sont non seulement moins nombreuses (290 municipalités et 21 « counties »), mais aussi mieux fédérées. Elles sont toutes représentées par la même Association suédoises des collectivités locales, SKL, qui dispose d’une véritable administration et d’un budget de plus de 40M?. Celle-ci assure à la fois une mission de conseil et d’aide juridico-financière, et une mission de lobbying auprès du gouvernement et de l’Union européenne. Cette organisation semble favoriser une co-construction des politiques publiques dont on peut déplorer l’insuffisance en France.

A titre d’illustration, l’association KRAMI nous a présenté le travail qu’elle mène pour la réinsertion des délinquants. En collaborant avec trois acteurs, l’administration pénitentiaire, l’agence nationale pour l’emploi et les communes, elle parvient à des réussites exemplaires.

Si l’on devait s’inspirer en France de ces éléments de force du modèle suédois, sans doute faudrait-il d’abord systématiser, dans chaque collectivité, la concertation avec les autres niveaux d’administration. On pourrait ensuite souhaiter un renforcement du rôle des associations qui, en France, représentent les différents niveaux de collectivités (ARF, ADF, AMF, ADCF?). Un préalable indispensable réside dans le rapprochement de ces différentes instances. Pour prôner le vivre ensemble, ne doit-on pas commencer par réfléchir ensemble ?

QUEL MODELE SUEDOIS ?

Le modèle suédois met l’accent sur le développement économique et l’innovation et n’isole pas autant qu’en France la question du social. En tout état de cause, 70% des ressources des collectivités sont représentées par les impôts qu’elles lèvent directement. Par conséquent, le financement du secteur social ne peut se faire sur la base de transferts, et ne peut se réaliser a fortiori sans un effort constant pour maintenir ou élargir l’assiette des prélèvements. L’action sociale s’inscrit donc nécessairement dans une logique qui met d’abord l’accent sur le développement économique.

Les collectivités locales en première ligne

Les transports, pièce maîtresse de l’aménagement du territoire, créent de façon endogène des pôles d’activité et assurent la mobilité des personnes et des marchandises sur l’ensemble du territoire. L’efficacité économique s’envisage dans une dimension écologique globale grâce aux alternatives que représentent les transports en commun. Les exigences environnementales et économiques doivent impérativement s’allier à celle de l’équité sociale. En effet, afin qu’un véritable changement s’opère en faveur de l’environnement, le phénomène doit être d’ampleur et pour cela les transports en commun doivent être accessibles à tous les usagers et sur l’ensemble du territoire.

LES COLLECTIVITES EN PREMIERE LIGNE

Les collectivités territoriales, les mieux placées pour répondre aux enjeux soulevés par les transports, sont devenues des acteurs incontournables grâce à la décentralisation.
Chef de file en la matière, la Région se présente comme l’échelon le plus adapté. Sur son territoire, elle bénéficie à la fois d’une vision globale et d’une réelle proximité. Ainsi elle est en mesure de mettre en place des stratégies pertinentes et efficaces dans le cadre de l’aménagement du territoire.
La décentralisation a, en outre, entrainé un nouveau mode de gouvernance de la politique des transports associant davantage les acteurs privés et publics.

A cet égard, le Syndicat des Transports d’Ile-de-France (Stif) est l’émanation des collectivités locales franciliennes et organise les transports publics en concertation avec les transporteurs RATP, la SNCF et OPTILE.

La gouvernance locale est toutefois un phénomène relativement récent qui rencontre encore certaines difficultés. La collaboration entre différents organismes et échelons de collectivité territoriale peut être paralysée par l’apparition de clivages politiques forts. Les intérêts s’avèrent parfois divergents voire contradictoires entre la Région et les départements d’Ile-de-France ou encore, au sein des départements, entre Paris, la grande couronne et la petite couronne. De même, le partage des responsabilités entre la Région et le Stif est complexe à appréhender.

GOUVERNANCE COMPLEXE

Ainsi, la multiplication des acteurs engagés dans le processus de décision risque d’aboutir finalement à un consensus sur le plus petit dénominateur commun.
Pour une meilleure efficacité, la répartition des responsabilités gagnerait à être attribuée en fonction de l’entité la plus compétente pour agir. Je me réjouis d’ailleurs du développement des Autorités Organisatrices de Proximité, notamment à l’échelon intercommunal, qui offrent une expertise encore plus fine et appropriée aux préoccupations des usagers.

Antérieurement au transfert de compétence, l’Etat détenait la majorité du capital du Stif, lui donnant une marge de man?uvre décisive sur les transports. Or, force est de constater que rien n’a été fait en Ile-de-France. Ce sous-investissement prolongé fut tel, qu’une véritable crise a affecté l’ensemble du territoire.

La Région doit, depuis 2006, résorber en urgence ces graves insuffisances par des investissements sans précédant. La Région a ainsi entrepris des chantiers d’envergure afin de rénover les infrastructures, développer les réseaux, densifier le maillage, renouveler le matériel roulant.
Nous constatons actuellement une volonté manifeste de recentralisation de la politique des transports d’Ile-de-France par l’Etat, qui inquiète les collectivités territoriales.

LA TENTATION DE RECENTRALISER

L’exemple le plus révélateur est celui du « Grand Paris ». La loi du 3 juin 2010, élaborée par le Gouvernement et créant la Société du Grand Paris chargée de réaliser le projet, a véritablement dépossédé la Région d’une large partie de ses compétences sur son territoire.
Cette reprise en main va contre le sens de l’histoire de la décentralisation, engagée depuis plus de trente ans. Les Régions et leurs représentants, démocratiquement élus, apparaissent comme les plus légitimes pour établir les stratégies d’aménagement du territoire et de transports les plus pertinentes, du fait de leur proximité avec les habitants et de leur connaissance incontestable du territoire.

Les collectivités territoriales ont prouvé leur capacité à être des acteurs actifs dans la mise en ?uvre du déploiement des transports en l’adéquation avec le développement durable.
En Ile-de-France, le succès du « plan de mobilisation pour les transports » en est une bonne illustration. En établissant une liste des projets stratégiques sur l’Ile-de-France, la Région et les départements démontrent leur aptitude à coopérer au profit de l’intérêt général. Celles-ci peuvent définir et réaliser un plan global stratégique d’investissement sur leur territoire et en assurer le financement.

Les collectivités territoriales, du fait de leur position privilégiée, sont des acteurs déterminants dans l’élaboration de politiques de transports pertinentes et intégrées à la notion de développement durable, bien que la Région capitale semble faire exception aux yeux de l’Etat. Conscientes des besoins réels des usagers ainsi que des enjeux économiques, elles apportent des réponses politiques adaptées et écologiquement responsables. Grâce au développement des transports « propres » sur l’ensemble du territoire, elles apportent des solutions efficaces aux enjeux environnementaux.

Cet article a également été publié dans les actes du baptême des élèves administrateurs (INET) de la promotion Robert Schuman.