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La femme est l’avenir du sport

Sous les critiques

L’accès des femmes aux pratiques physiques et sportives est récent.

Il est lié à la conquête de nouveaux droits civils, politiques, et au dépassement des préjugés coriaces sur la féminité. Si les femmes représentent 52% de la population, elles ne représentent que 35% des licenciés des fédérations sportives

En 2004, un rapport du ministère de la Jeunesse,des Sports et de la Vie Associative a mis en évidence les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes pour accéder aux pratiques sportives.

  • Il souligne que l’histoire du sport est fortement marquée par la tradition militaire;
  • il met en évidence que le sport est structurellement construit sur des organisations et des pratiques masculines alors que les causes des différences dans l’engagement féminin ou masculin des filles et des garçons dans les activités sportives sont souvent à rechercher dans des déterminants biologiques;
  • de nombreux sports se sont construits autour des concepts de défi et d’affrontement physique .

 Jeunes filles à l’écart dés l’école primaire

Pourtant, le sport scolaire et associatif peut représenter un espace de liberté pour les filles et les femmes, pour les garçons et les hommes à tous les âges, une voie de réussite et d’émancipation et un moyen de résistance aux contraintes sociales et culturelles .

Le sport peut permettre aux filles et aux garçons d’accepter l’idée d’être égaux dans le respect des différences des corps

A ce titre, il joue un rôle important dans la prévention des violences sexistes.

Le développement actuel de freins culturels d’ordre communautaire ou religieux dans les « quartiers sensibles » doit interroger sur l’exclusion des filles du monde du sport dans certaines parties du territoire.

Des recommandations du rapport femmes et sports de 2004 doivent être soulignées, d’autres méritent d’être prolongées. Une remise à plat des dogmes qui alimentent les politiques locales s’impose également.

La pratique sportive doit se faire le plus longtemps et le plus souvent possible dans la mixité. L’entrainement du soir, le cours d’éducation physique, sont des éléments qui permettent une pratique mixte dès le plus jeune age. On peut considérer que le sport associatif est le vecteur privilégié de pratique pendant l’enfance et l’adolescence. C’est un investissement d’un bon retour tout au long de la vie.

Des pistes pour la pratique des femmes adultes

Actuellement l’offre sportive du secteur associatif est étroitement liée à la présence des installations existantes : stades d’athlétisme, terrains herbeux, gymnases… Ces installations sont très coûteuses à la construction et à l’entretien, peu économes en fluides notamment (électricité…) et sous utilisées. Les femmes en profitent globalement peu car elles ne sont pas adaptées à leurs besoins et à leurs rythmes de vie.

Qui a donc décidé de ces orientations ?

Qui conseille les élus ?

Un constat s’impose: il y a sous représentation des femmes dans les instances de prise de décision.

L’orientation est clairement celle d’installations destinées à des pratiques compétitives (les présidents de clubs sont souvent des notables très écoutés et des relais d’opinion) alors que les femmes pratiquent la plupart du temps hors compétition.

L’activité physique des femmes adultes est motivée par des préoccupations de santé, de bien être, d’esthétique. Les principaux motifs qui limitent la pratique sont : « le manque de temps », le fait d’avoir d’autres activités qui entrent en concurrence, et « le manque d’envie ». D’autres freins à la pratique sont le prix des activités (30%) et les contraintes familiales.

Lorsqu’on les interroge les femmes voudraient pratiquer en priorité la gymnastique (12 %), la danse (8 %) et la natation (7 %). Ces disciplines se pratiquent pour la plupart individuellement et renvoient le plus souvent à des sports d »expression corporelle, l’esthétique et l’entretien du corps occupent une place importante.

Lorsqu’on y regarde de plus près, les modes d’engagement corporel des femmes traduisent la façon dont elles investissent le monde. Leurs attentes sont conformes aux représentations permises par notre société.

Lorsque les femmes pratiquent, elle le font souvent hors du secteur associatif, seules ou en famille et ne souhaitent pas faire de compétition. Ce sport que les fédérations tendent structurellement à favoriser…

Les femmes de plus de 60 ans

De multiples études démontrent l’impact de l’exercice physique dans le vieillissement corporel et le maintien des capacités cognitives.

L’activité physique retarde la dépendance et assure une plus grande longévité. Elle est donc très rentable pour les comptes de la nation. Mais elle doit intervenir bien avant l’arrivé en maison de retraite.

Il faut solliciter les femmes avant la fin de leur vie active et leur proposer un choix d’activités physiques . C’est dans cette période charnière que se joue le vieillissement à venir. Le coût de l’accès à des activités physique est négligeable par rapport à l’économie de dépenses de santé à terme. La mise en place d’un système de « chèque-sport » permettrait par exemple à chacune de découvrir des activités physiques dans le cadre d’associations. Le niveau d’activité physique des femmes est un révélateur du fonctionnement de notre société.

Elles pratiquent moins que les hommes, des activités autorisées par nos représentations du corps, et s’interrompent fréquemment pour des raisons financières ou familiales.

Elles permettent en outre d’améliorer bien-être et longévité : il s’agit d’un enjeu essentiel de santé publique.
Quelques pistes pour un contrat sportif, sanitaire et sociétal renouvelé.

Se réapproprier une partie de l’offre sportive

La gymnastique d’entretien, la danse, la natation lorsqu’elle est pratiquée sous forme d’aqua-gym sont des activités plébiscitées par les femmes. Mais « elles coutent cher » et ne sont pas accessibles à toutes.

L’Etat et les collectivités subventionnent actuellement les fédérations et les structures du sport de compétition. Ces subventions nous permettent d’entendre parfois la Marseillaise résonner lors des compétitions internationales et de montrer ainsi la force de notre communauté.

Cette politique repose également sur un double dogme :

  • celui qui induit que le « sport de masse » en favorisant le « sport d’élite ». Cette approche fondée sur les théories pyramidales les pousse à favoriser la production de champions;
  • les « sports de base » qu’il conviendrait de maîtriser au cours de sa scolarité en facilitant les chances d’accéder à d’autres pratiques : cette hypothèse n’a jamais pu être vérifiée.

Confrontées à leurs limites, les politiques sportives impulsées par les pouvoirs publics peuvent dépasser cette tendance régressive à la privatisation de l’espace sportif, peu satisfaisante en termes de résultats politiques (santé, pratiques, économie des ressources…). Etat, collectivités et associations doivent soutenir davantage l’offre destinée aux femmes en passant par les associations sous condition d’emploi d’animateurs diplômés.

L’offre sportive destinée aux femmes ne doit pas être uniquement une offre centrée sur les infrastructures

Le sport souffre d’un très grand paradoxe : une grande partie des besoins n’est pas satisfaite mais l’Etat continue de subventionner des facultés des sports productrices de chômeurs possédant un haut niveau de qualification.

Avec plus de 2 milliards d’euros par an, l’effort des collectivités dans le domaine sportif est en décalage avec les pratiques de la population. C’est encore plus vrai pour ce qui concerne les femmes.

Ne serait il pas possible de faire glisser des enveloppes destinées à la construction d’infrastructures couteuse vers l’emploi de personnels qualifiés?

En sport comme dans beaucoup de domaines, l’humain est le premier paramètre, celui qui agit sur les corps avec son savoir. Il ne faut pas imaginer un seul instant que la présence d’installations sportives a un effet magique sur la santé et les besoins sportifs de la population.

 

Propositions

  1. Développer la mixité dans l’encadrement sportif… La possibilité de former les jeunes filles des « quartiers » est une solution très intéressante pour faciliter le contact avec les jeunes. Il ne s’agit pas d’attribuer de façon systématique des encadrants filles à des groupes de filles mais d’assurer à certains moments des relais féminins pour faciliter l’accession aux pratiques. A cette fin, les jeunes filles motivées du club doivent être encouragées à passer les brevets fédéraux. Les municipalités doivent ainsi s’attacher à une mixité dans le recrutement de leurs animateurs municipaux
  2. Féminiser les cadres de direction. Selon l’étude réalisée en 2003, les femmes accèdent rarement aux responsabilités politiques : 5% des présidents de comités régionaux, départementaux et de fédérations, 13,7 % des membres de bureau, 3,5 % des présidents de fédérations, 3 % des directeurs techniques nationaux. La division sexuée mérite d’être soulignée: les hommes sont davantage présents aux plus hautes fonctions et les femmes aux postes d’adjointes ! Quant au secteur technique, il est exclusivement masculin : l’animation (11% de conseillères techniques et sportives) , l’entraînement (9 % d’entraîneurs nationaux, 15% de femmes parmi les détenteurs de Brevets d’Etat du deuxième degré). Si les femmes sont de bons adjoints, on peut raisonnablement imaginer qu’elles pourraient occuper de plus hautes fonctions. L’état et les collectivités devraient alors s’attacher à moduler une partie de ses subventions aux fédérations sur des critères de parité relative aux postes décisionnaires.
  3. Améliorer la formation des éducateurs. La politique de la valorisation des « grands frères » déployée dans certaines collectivités a montré ses limites : ceux-ci n’étaient pas toujours bien intentionnés avec les « petites soeurs ». Et ils sont encore plus rarement bien formés.Quelles alternatives ? Pour accroître la dimension qualitative du lien sportif, il serait pertinent d’intégrer des contenus mettant en évidence les enjeux de la mixité dans les formations initiales et continues des éducateurs sportifs.
  4. Développer le partenariat entre les professeurs d’éducation physique et le milieu associatif. Les professeurs d’éducation physique sont identifiés par les famille comme des membres à part entière de la communauté éducative. Ils représentent un cadre sécurisé. Leur savoir faire en matière d’intégration à fait l’objet de multiples études. Ils font pratiquer les filles autant que les garçons, quoi qu’on en dise même dans les ZEP, et peuvent le partager avec des membres d’association dans le cadre de partenariats…

 

 

 

 

 

Service civil : en avant, marche!

En 1997, le service national est aboli et fait place à une armée de métiers. Cette mesure a contraint le ministère de la Défense à une restructuration de ses bases au prix du dynamisme de certains territoires. Dans le même temps, tout laisse à penser que les valeurs humaines et républicaines, qui font l’unité de la population de notre pays, se sont délitées.

C’est une lapalissade, mais elle est bien réelle : l’armée n’a pas vocation à faire de l’aménagement du territoire, mais à vocation à le protéger. L’implantation de sites militaires se fait donc en fonction d’une logique technique et opérationnelle, pour que l’état-major puisse mener à bien ses missions. Pour autant, l’armée est un marqueur fort du territoire. Le développement d’une base amène de fait la création d’infrastructures, renforçant l’économie, l’emploi local et conforte un sentiment d’appartenance à la République, via des partenariats réalisés avec les écoles par exemple. Les restructurations de la défense imposées par la loi de programmation militaire ont été nécessaires pour adapter notre armée à ce XXI siècle, mais ont déconstruit des territoires entiers avec un impact social et territorial fort.

Devant la crise de citoyenneté que nous vivons actuellement, la question de l’implication de notre jeunesse dans les valeurs de la République se pose en effet avec davantage d’acuité. Les attentats de ce tragique mois de janvier ont souligné la nécessité de reconstruire des lieux de mixité massive. Avec tous ses défauts, le service national était le lieu ou notre jeunesse de tous les milieux sociaux se retrouvait. Il était un temps rare de confrontation de la mixité sociale, de découverte des territoires de la France. Pour les uns, une échéance pour laquelle l’allongement de la durée de ses études, trouvait quelques motivations supplémentaires, pour d’autres, une occasion d’acquérir des savoirs et des compétences que l’école n’avait su leur délivrer. Les enseignements et les expériences partagées permettaient à cette population de se retrouver derrière un idéal commun qui, même s’il diminuait avec le temps, restait gravé dans la mémoire, comme un dénominateur entre générations, renforcé par la force du souvenir. C’était un rite républicain, un point d’étape du passage vers une vie autonome.

Il y avait « avant » le service et « après » la quille.

Dans notre esprit, il est bien question de mettre en avant la citoyenneté des jeunes, dont l’avenir est plus complexe que celui des précédentes générations. L’objectif dans ce système d’action est qu’ils acquièrent à la fois ce qui fonde notre Etat (liberté, égalité, fraternité), nos principes de République sociale et laïque et dans le même temps qu’ils s’engagent dans les domaines sociaux, écologiques et humanitaires. Cette plateforme qui permettrait de renforcer l’estime de soi de ces jeunes en réalisant des missions d’intérêt général, c’est l’inspiration d’un nouvel esprit du service civil et civique, obligatoire et dérogatoire, dès lors que les jeunes justifieraient d’un contrat de travail, autre puissant levier de leur intégration.

Certains de nos territoires, principalement l’Est et le Nord ont été vidés du fait de la restructuration de la Défense, laissant des infrastructures nombreuses et disponibles. À l’heure où il existe une nécessité de confronter notre jeunesse à reprendre conscience des sources de son appartenance, il est certain que l’armée, associée aux collectivités locales, a un rôle de premier plan à jouer. Un rôle qui permettra dans le même temps de revitaliser les territoires, en particulier ceux confrontés à la désindustrialisation et la désertification par un ensemble d’acteur national et local.

Ensemble, ministère de la Défense, associations locales, municipalités (via leur conseiller de défense) peuvent construire des parcours permettant de recréer ces valeurs partagées, tout en apportant une dynamique chez ces jeunes et dans les territoires. Les lieux d’accueils de ces futures plateformes – civiles, républicaines et citoyennes – où ce nouveau service de plusieurs mois sera accompli doivent permettre en même temps de revitaliser des territoires délaissés par la mobilisation de l’ensemble de leurs acteurs.

Remerciements à Jean-Marie Collin, consultant Défense et référent de Novo Ideo, pour son expertise et ses précieux conseils pour la rédaction de cette contribution.

Propositions

1. Incorporation progressive de 30% d’une classe d’âge dans un service civique national et citoyen

2. Création de plates-formes du service civique, prioritairement dans les régions subissant la désindustrialisation

3. Accès facilité des incorporés à des formations de remises à niveau (lecture, écriture) ou diplômantes, valorisation des acquis : brevets et certificats qualifiants, Permis de conduire, informatique, etc.

4. Reconnaissance de cette expérience en lien avec les collectivités et le secteur associatif : cotisation retraite…

 

 

 

 

Les bibliothèques publiques face au défi du « vivre ensemble »

Les décideurs locaux ont trop souvent tendance à sacrifier la conception d’un ouvrage public sur l’autel des économies d’investissement de bouts de chandelle. Au delà des aspects liés à la construction, le souci accru du « vivre ensemble » dans des sociétés anxiogènes devrait nous inciter à faire évoluer leurs usages.

LA REVOLUTION TRANQUILLE DU « TROISIEME LIEU »

Une petite révolution tranquille semble pourtant gagner les municipalités les plus averties[L’article d’Anne Céline Imbaud sur le blog culturel des Administrateurs territoriaux de l’INET. Elle vient d’outre-atlantique, conceptualisée au début des années 1980 par Ray Oldenburg, professeur émérite de sociologie urbaine à l’université de Pensacola en Floride.

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L’idée de faire des équipements ouverts aux publics des « troisième lieu (Pour aller plus loin sur la notion de « troisième lieu »), distincts des deux premiers : foyer et travail. Des espaces « politiques » où les individus peuvent se rencontrer, se réunir et échanger, prendre un café ou simplement se poser. A rebours des effets pervers de l’individualisme social, pour renouer avec certains rituels du « vivre ensemble », comme on dit aujourd’hui.

Des lieux vivants, propices à l’échange comme dans la sphère privée entre individus placés en situation d’égalité. Accessibles, sur le plan des horaires (larges amplitudes), agissant comme « facilitateur social », où l’on vient « par hasard » rencontrer des habitué-e-s, rompre un peu de solitude dans des espaces confortables et douillets. Des lieux « comme à la maison » ou plutôt comme elle devrait être dans un idéal sans télévision. Celui des tavernes où l’on vient se décharger du stress sans tomber dans les comportements déviants.

Les bibliothèques se prêtent particulièrement à ce type d’expérimentations : à l’instar de celles de la ville de Chicago, réputées pour leur convivialité, les aides à la lecture, leurs salles d’études et des services d’aide aux devoirs ou de cours aux adultes. A Toronto, on trouve dans certaines d’entre elles des services à l’emploi ou au logement particulièrement appréciés des nouveaux arrivants.

« La bibliothèque en première ligne et en ligne au Québec remplit une mission sociale essentielle : elle est le temple de l’éducation informelle, le pilier de la démocratie, la gardienne de l’identité et de la liberté d’expression, et ces finalités passent par la culture. C’est dans ce maillage plus nuancé entre le social et le culturel que s’articule le modèle de la bibliothèque publique québécoise » Analyse comparée des modèles français, canadiens et USA).

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Le « modèle français » de la bibliothèque est davantage marqué par le souci de « collections savantes » et moins riche en services d’apprentissage et de savoir. Sans renier ses fondements, la crise sociale requestionne cette conception au regard des nécessités de décloisonner les usages, faciliter l’accessibilité aux publics dans un contexte de ressources budgétaires restreintes.

Tout en privilégiant une accessibilité accrue, les bibliothèques « troisième lieu » n’en perdent pas pour autant leur rôle d’architecte de l’information, d’éclairer la complexité du monde. Michel Melot([ La Géopoitique des bibliothèque, éd. du Cercle de la Librairie, 1997)] désamorce le conflit entre les partisans de cette approche et les défenseurs d’une position plus traditionaliste en proposant une vision multiple des établissements : « La solution est pourtant simple comme l’?uf de Colomb : il faut distinguer les bibliothèques qui se donnent comme mission prioritaire la conservation des documents, au détriment des lecteurs, de celles qui se donnent pour mission de servir d’abord les lecteurs au détriment des livres ».

Selon lui « Il faut inventer non pas une bibliothèque d’un type entièrement nouveau, des cultures mais plusieurs, répondant à la fois à la multiplicité des demandes et à l’organisation des cultures ». Selon Mathilde Servet ([Mémoire de Conservateur « Les bibliothèques troisième lieu », Janvier 2009)], « il n’est pas question d’évacuer ou de décourager les aspirations culturelles plus fortes de certains usagers, mais de dégager la culture de la gangue glacée et austère qu’elle peut présenter pour certains usagers moins rompus à ses codes afin de la leur rendre chaleureuse et vivante ».

 

Proposition

Au niveau local, organiser dès l’amont la « bibliothèque troisième lieu » comme une plate forme des politiques publiques liées à la lecture, au partage, à l’écriture et au « vivre ensemble »

 

Pacifier la relation du citoyen à l’administration

Novo Ideo a participé aux auditions de France Stratégie sur les « Service public de demain ». Nous publions notre première contribution, elle concerne la vie quotidienne de millions de citoyens.

Quelles relations entre les usagers et l’administration ?

Sur le modèle de Kafka dans le procès qui plaint celui qui ne connait pas les lois qui lui sont appliquées, le dédale des procédures administratives est devenu synonyme de démarches pénibles pouvant conduire à la « phobie administrative ». Las, les citoyens seraient donc tenter d’y échapper alors que l’objectif de l’administration est d’y intégrer le plus grand nombre. Ainsi l’administration fiscale a particulièrement travaillé à faciliter les moyens de paiement de l’impôt. A défaut de le faire avec plaisir, les contribuables peuvent désormais régler leurs contributions en se rendant au guichet ou par le biais d’une application sur smartphone.

Que retenir de ces évolutions ? Qu’une bonne réforme de la relation entre l’administration et l’usager passe par une simplification des démarches de celui qui en demande à l’autre : l’administration, qui met en œuvre ses procédures, pour des raisons qui s’expliquent le plus souvent (sécurisation des instructions, vérification des informations), doit être en mesure de faciliter les démarches des usagers.

Jérome Kerambrun

« La simplification devient alors un moyen de souplesse au profit de l’usager autant qu’une transformation des modes de production de l’administration »

Jérome KerambrunCadre territorial

Qu’une réforme doit être pensée dans toutes ses dimensions : de l’e-usager aux publics vulnérables, l’administration, au titre de ses missions de service public, doit être en mesure de s’adresser à tous : la multiplication des canaux doit tenir compte des profils des usagers ; en sachant qu’un usager, en fonction du domaine concerné, peut tantôt être ultra connecté, tantôt être ultra submergé.

Novo ideo, au regard de ces impératifs et des expériences de terrain, propose des actions globales et concrètes. Les usagers accomplissent chaque année une multiplicité de démarches via leurs administrations. De la commune à la CAF, du département à la CPAM, de la région à Pôle emploi, les usagers ont de multiples interlocuteurs. Toutes les administrations exigent des informations qui, sans concerner les mêmes demandes, impliquent les mêmes documents. Si votre commune a besoin de l’avis d’imposition N-2 alors que la CAF prend en compte l’avis N-1, si votre conseiller pôle emploi demande des justificatifs de domicile qui ne sont pas identiques à ceux que vous avez déjà pu remettre à une autre administration, deux solutions s’imposent :

  • Sur le modèle du service Canada et de mon.service-public.fr qui monte en charge, les administrations exigeant des documents doivent pouvoir les récupérer sur des portails sur lesquels sont stockées vos données. De la naissance à la mort, des documents résumant votre vie doivent pouvoir être traités, y compris à distance, par simple demande de l’usager. L’e-usager sera ainsi entendu.
  • En revanche, les usagers qui souhaitent s’adresser à un agent public, qui se sentant exclu de la révolution numérique, qui confronté à la complexité de sa situation, doivent pouvoir le faire à partir d’un point d’accès unique. Un espace partagé, qui pourrait certainement être la mairie, doit servir de point d’accroche aux citoyens qui souhaitent effectuer leurs démarches. C’est ici que se retrouve le mieux d’exigence de proximité qui ne résulte pas tant de la relation à l’élu que de la qualité des prestations rendues.

Propositions

1. Faciliter les démarches des e-usagers via la généralisation des open data à toutes les administrations

2. Renforcer la relation de proximité avec les publics exclus de la révolution numérique par la généralisation des points d’entrée unique des démarches administratives dans les mairies

SCOPE, la revue de presse : « Nouvelle vague culturelle post-municipales »

Capture du2019u00E9cran 2014-10-09 u00E0 12.56.27 - copieSCOPE propose un échantillon de presse sur l’actualité des politiques publiques culturelles, dans un large spectre de disciplines. Mais pas seulement.
SCOPE passe en revue pour vous la plupart des publications web et papier, spécialisée dans l’Art. Avec toujours à l’esprit de mettre la lumière sur les politiques publiques en France et ailleurs.
SCOPE propose enfin, régulièrement, à un décideur ou une personnalité pertinente du monde des Arts, de réagir à quelques extraits de presse, afin de donner un écho concret aux travaux des rédacteurs. 
Retrouvez Scope également sur sa page Facebook.

 

PIQUES

Les piètres arguments des partisans de la tour Triangle in www.latribunedelart.fr

Alors que le débat sur la tour Triangle fait rage dans les médias, il serait souhaitable que les partisans de ce projet cessent de faire croire une nouvelle fois (comme pour toute affaire de ce type) qu’il s’agit d’une bataille des anciens et des modernes, des méchants réactionnaires contre les gentils novateurs…

Chacun dispose d’arguments. Mais ceux employés par les défenseurs de la tour sont tout simplement irrecevables, comme nous le démontrons point par point ici. Nous aimerions, une fois au moins, qu’ils répondent à nos objections. Mais il est sans doute plus facile de discréditer ses adversaires par le mépris que de démontrer qu’ils ont tort.

  • À l’époque, la tour Eiffel a été également critiquée.
  • Les tours sont une expression de la modernité et Paris doit être moderne.
  • Paris doit avoir des tours, la preuve : Londres en a !
  • Les tours améliorent la densité et permettent d’économiser de l’espace au sol.
  • Les tours sont écologiques.
  • Paris n’est pas menacé par les tours puisqu’elles sont à la périphérie.
  • La tour Triangle attirera les entreprises innovantes à Paris.
  • La tour Triangle est belle.

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… ET POLEMIQUES

Jean Nouvel et la tour Triangle Par Nathalie eggs
In Le Journal des Arts – 28 novembre 2014

journal des Arts

PARIS – Le Conseil de Paris a rejeté lundi 17 novembre par 83 voix contre 78 le projet de construction de la tour Triangle, sur le site de la porte de Versailles. La Mairie de Paris a contesté ce scrutin et va saisir la justice au motif que le secret du vote n’a pas été respecté. Jean Nouvel a défendu « un des objets sculpturaux les plus incroyables [qu’il a] vus depuis très longtemps ». Il a dénoncé la perception de l’architecture en France en ajoutant que « se priver des plus grands artistes (les architectes Herzog & de Meuron) dans une ville comme Paris, ce n’est pas une bonne idée ». Pour lui, cette tour pyramidale est une « tour fière, une sorte de point de repère pour le palais des expositions. (…) Il faudrait que les écologistes comprennent que la densité n’est pas automatiquement l’ennemi de l’écologie ».

ÇA S’EN VA ET CA REVIENT

Nouvelles municipalités et politique musicale in www.lalettredumusicien.fr

lettre du musicien

Nombre de villes ont changé de couleur politique lors des dernières élections municipales. De nouvelles stratégies culturelles sont mises en place et suscitent, dans certains cas, des inquiétudes. Etat des lieux.
Avec une dépense estimée à plus de 4 milliards d’euros annuels pour les communes de plus de 10 000 habitants, les villes constituent les principaux contributeurs au secteur -culturel. Nombre de structures, et donc d’artistes, sont directement dépendants des orientations d’un maire et de son équipe. En mars dernier, les élections municipales ont vu de nombreuses villes changer de couleur politique – la plus grande partie ayant basculé de la gauche vers la droite. Six mois plus tard, force est de constater que cette nouvelle cartographie politique a un impact non négligeable sur le paysage musical.

BANDE ANNONCE

Une nouvelle géographie de la vie musicale parisienne in www.lalettredumusicien.fr

L’ouverture imminente de la Philharmonie et de l’Auditorium de Radio France, le projet de la Cité musicale de l’île Seguin, l’incertitude sur le sort de la salle Pleyel… la vie musicale de la capitale est en plein bouleversement. Musiciens et spectateurs devront s’habituer à une nouvelle carte des équipements.

Il faut remonter à l’ouverture de l’Opéra Bastille, en 1989, pour retrouver une telle agitation dans le paysage musical parisien. En l’espace de quelques mois vont être inaugurés le nouvel auditorium de Radio France (en novembre), la Philharmonie (en janvier), sans oublier, dans le bois de Boulogne, la Fondation LVMH et son auditorium (fin octobre). Et en 2016, à Boulogne-Billancourt, la Cité musicale de l’île Seguin devrait ouvrir ses portes. Mais ces changements ne se font pas sans heurts : dérive financière des projets, incertitude sur la programmation, polémique sur la place de la salle Pleyel… La grève des musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France, début octobre, n’a fait que rendre délétère un climat déjà pesant. Une chose est sûre : ces équipements vont dessiner une nouvelle carte de la vie musicale.

LUXE, MUSIQUE ET VOLUPTE

Radio France ouvre vendredi un auditorium flambant neuf Par Benoît Fauchet in www.diapasonmag.fr

diapason magazine

Pour cet écrin élégant de mille quatre cent soixante places, les Français d’Architecture Studio (Gaspard Joly et Jean-François Bonne notamment) et l’acousticien japonais Yasuhisa Toyota (du cabinet Nagata) se sont clairement inspirés de la Philharmonie de Berlin dessinée il y a plus d’un demi-siècle par Hans Scharoun, avec ses fameux balcons organisés en « vignoble ».

Quand on pénètre dans le lieu, on est d’abord frappé par sa verticalité — il a fallu composer avec l’espace limité des anciens studios 102 et 103. Sentiment d’intimité scène-salle, avec la musique au coeur ; mais les musiciens, dans un premier temps du moins, pourraient trouver cette arène intimidante ! Le canopy, le grand réflecteur acoustique en forme de lentille, trône à 14,5 mètres de hauteur. Mais les spectateurs ne seront jamais très loin du chef d’orchestre : dix-sept à vingt mètres pour les plus éloignés d’entre eux, contre trente-deux pour la Philharmonie et… quarante-huit à la salle Pleyel. Deuxième impression marquante : l’omniprésence du bois. Sur les parements verticaux, qui offrent au regard une marqueterie d’essences variées (hêtre, bouleau, merisier). Sur le sol accueillant le public — un parquet en chêne. Sur la très grande scène (vingt-deux mètres sur quinze, des dimensions comparables à celles du plateau du Walt Disney Concert Hall), avec un bois rare venu de Californie et d’Orégon, non verni, pour mieux diffuser le son.

L’HERBE N’EST PAS PLUS VERTE AILLEURS

Et si la Philharmonie de Paris n’était pas si chère ? Par Jean-Philippe Hugron
in lecourrierdelarchitecte.com

courrier de l'architecte

Nombreux sont ceux qui dénoncent un budget hors de toute raison pour la Philharmonie de Paris, conçue par Jean Nouvel (…) Pour l’heure, l’architecte du ministère des Finances se trompe dans le prix rapporté au m2. Peu importe. Et si la Philharmonie de Paris coûtait bel et bien 386 millions d’euros ?

Voilà qui serait un exploit !A titre de comparaison, l’Elbephilharmonie de Hambourg, conçue par le duo suisse Herzog et de Meuron, ne finit pas de plomber les comptes avec un chiffre de 860 millions d’euros avancé par la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

L’Opéra d’Oslo, conçu par Snøhetta, a coûté 486 millions d’euros.L’Opéra de Copenhague, financé par un mécène privé, aurait coûté 355 millions d’euros. (…)

En Espagne, à Valence, le Palais des Arts Reina Sofia – souvent désigné par la presse par le seul nom Palais des Arts tant l’édifice suscite la polémique – a été conçu par Santiago Calatrava. Le budget de cet opéra : plus de 400 millions d’euros ! (…)

Reste à ajouter dans cette liste, la mesurée Philharmonie du Luxembourg, conçue par Christian de Portzamparc. L’édifice a coûté 113,5 millions d’euros mais la salle reçoit presque trois fois moins de spectateurs (1.500) que la Philharmonie de Paris (3.400), dont le prix au siège – cher à Jean Nouvel – approche les 100.000 euros.(…)

Le problème n’est pas le coût de la Philharmonie. Il en va davantage de l’incompétence des maîtrises d’ouvrage à chiffrer correctement un équipement.

Il en va aussi de la folie des villes qui multiplient les projets coûteux.

Ceci étant dit, il y a toujours foule au musée et la culture semble la seule activité à ne pas connaître la crise.

MAISONS DE CAMPAGNE

La Villégiature en Île-de-France, une évidence Par Roselyne Bussière
in insitu.revues.org (Revue des patrimoines)

in situ patrimoine

Plus de trente ans de travaux du service de l’Inventaire en Île-de-France ont permis d’engranger une connaissance approfondie du territoire qui a été répertorié. Si le patrimoine de la villégiature n’a pas fait l’objet d’études thématiques, il n’en est pas moins omniprésent dans des lieux attendus, comme Le Vésinet mais aussi plus cachés comme Porcheville. En Île-de-France, la présence des élites parisiennes et versaillaises est le facteur le plus déterminant du développement de la villégiature. Au xviiie siècle, maisons de plaisance et maisons de campagne se multiplient mettant en place une typologie en trois déclinaisons (l’« excentrique », le « simple », le « château ») qui a la vie longue. La passion pour les paysages guide les implantations. Ces caractères perdurent au xixe siècle : il n’y a pas de rupture, seulement un élargissement géographique et social. Lotissements concertés, colonies, lotissements diffus recherchent les mêmes sites privilégiés, parcs de château, forêts, bords de fleuve. Les maisons de villégiature se dotent d’éléments distinctifs, le belvédère, la salle de billard, le salon de musique, le parc avec grotte, autant d’éléments hérités des siècles antérieurs et qui sont repris dans l’architecture urbaine, si bien que le paysage urbain de la banlieue est directement marqué par celui de la villégiature.

BILAN ET PERSPECTIVES

Territoire – L’effet Louvre-Lens par Eric Tariant, In Le Journal des Arts 28 novembre 2014

LENS ESPÈRE CONNAÎTRE AVEC SON ANTENNE DU LOUVRE LE MÊME SUCCÈS QUE BILBAO AVEC LE GUGGENHEIM

Le Louvre du Nord se trouve au cœur d’un bassin minier de quelque 800 000 habitants (…) Au centre d’un bassin désindustrialisé, en déclin démographique, et marqué par un taux de chômage élevé (16,4 % pour la zone d’emploi Lens-Hénin) et de faibles revenus moyens par foyer fiscal (16 900 euros). (…) À Lens, en deux ans, sept cents millions d’euros d’investissements publics et privés ont été réalisés dont ceux du Louvre (150 millions) (…)

Quatre cents emplois créés
Quelques hôtels et restaurants ont déjà ouvert leurs portes. De nouveaux établissements de bon niveau (des trois et quatre-étoiles, rares dans le bassin minier) sont annoncés pour les années 2015 à 2017. Ils seront rejoints par plusieurs « grandes » enseignes de prêt à porter (H & M, Célio) et par de nouveaux équipements culturels (implantation des réserves du Louvre, création d’une résidence d’artistes par la Fondation Pinault, agrandissement de la librairie Furet du Nord).

Quid des retombées économiques liées à cette afflux touristique ? Pour la première année de fonctionnement du musée, elles sont estimées à 42 millions d’euros. Quelque 400 emplois auraient été créés dans le sillage de l’ouverture du Louvre-Lens. Dont 69 emplois directs (les salariés du musée) et 106 indirects créés par les fournisseurs de l’établissement. Les autres étant des « jobs » induits liés à l’ouverture d’hôtels et restaurants et d’offices de tourisme notamment. (…)

Le regard sur le territoire Lensois a-t-il déjà changé ? 67 % des visiteurs repartiraient avec « une image améliorée » de la ville et 80 % des habitants du territoire affirmeraient éprouver un « sentiment de fierté ». Cette dynamique liée à l’effet de nouveauté se poursuivra-t-elle dans les prochaines années ? Le Louvre-Lens saura-t-il renouveler l’intérêt du public, fidéliser les visiteurs et élargir son aire de rayonnement ? Les chiffres de fréquentation des expositions temporaires du Louvre-Lens n’ont cessé de chuter depuis deux ans passant de 150 000 visiteurs pour « Renaissance », l’exposition inaugurale, à 86 000 entrées pour « Les désastres de la guerre » qui a fermé ses portes au mois d’octobre dernier. (…)

BANDE ANNONCE 2

Prochainement au Centre George Pompidou, une nouvelle galerie sur le Design et l’Architecture, par Marie-Jeanne Caprasse, In www.paris-art.com

paris art

Lors de l’inauguration de sa nouvelle galerie de photographie le 5 novembre dernier, le Centre Pompidou a annoncé son intention d’ouvrir une nouvelle galerie dédiée au design et à l’architecture. Elle sera logée dans le bâtiment existant, en prenant la place des anciens locaux techniques.

Actuellement, le manque d’espace du Centre Pompidou permet à l’institution de ne montrer que 2 % de sa collection. Afin de remédier à ce problème, le Centre Pompidou recourt au prêt temporaire d’une partie de ses collections, notamment au Centre Pompidou-Metz ou encore au «Centre Pompidou provisoire» qui ouvrira ses portes à Malaga en 2015. Ce dernier s’établira pour une durée de cinq ans dans le Cubo, un bâtiment à vocation culturelle érigé en 2013 et adapté en 2014 pour accueillir le Centre Pompidou, situé sur le port de plaisance de la ville.

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