Un effort de pensée

Réussir en politique est très souvent synonyme d’être « la personne au bon endroit et au bon moment ». On est tenté d’écrire que cela est nécessaire. Mais il n’aura pas suffi d’offrir une présidence au profil social-démocrate pour offrir de nouvelles perspectives à un peuple fatigué des turpitudes du mandat précédent.

Faute d’avoir suffisamment pris en compte la gravité de la crise, bercée par les réflexes du « stop and go » classique, la gauche oscille entre un discours mal digéré sur l’entreprise que ses cadres ont par ailleurs très peu fréquentée (lire notre enquête exclusive : « qui nous gouverne ? ») et la tentation castratrice du « moins d’Etat », tâtonnant sur sa réforme.

A quelques mois de nouvelles élections locales transformées en élections intermédiaires par la logique du quinquennat, la gauche et les écologistes entreraient ils dans une nouvelle « parenthèse » sans fin ? Pas celle du tournant de 1983 que nous évoquions à l’occasion du lancement de notre précédente version. Mais bien celle d’une période de glaciation politique les condamnant à une opposition à perpétuité, comme si le principal risque de l’échec de la majorité actuelle était la remise en cause du principal héritage des septennats de François Mitterrand : l’acceptation par la gauche des institutions de la Ve République et la crédibilité dans l’exercice du pouvoir.

De quoi ont besoin la gauche et les écologistes ?

Réécrire leur action dans un récit, assurément.

En repensant leur rapport au passé, et donc en renouant avec les conquêtes sociales, sans céder aux sirènes médiatiques et sondagières du présent. En dessinant un avenir prometteur comme devrait l’être la transition écologique, certainement.

Pour cela, le camp du mouvement doit mieux prendre en compte cette peur française du changement. S’il est un fantasme, c’est bien celui encore vivace dans les médias que ces craintes n’aient en définitive point de justification. Le blocage de l’ascenseur social fait des ravages et le comportement endogamique des élites conduit aux ségrégations sociale et territoriale dont la nouvelle carte tend à recouper les limites des aires métropolitaines.

Loin des yeux des décideurs, cette France-là devient majoritaire. Pour paraphraser le démographe Hervé Le Bras, « elle s’organise politiquement ».

Face à ce péril démocratique, un effort de pensée est pour la gauche et l’écologie la condition de toute reconquête politique possible.