Un diner avec « l’écolo de service »…

Comme toujours, j’arrive le dernier. Le temps que je ferme la librairie, l’apéro est déjà bien entamé. Autour de la table : des avocats, des consultants, un vétérinaire, quelques profs et un agent immobilier. La conversation débute sur un mode plutôt badin, et puis la première question fuse : « Alors comme ça, t’es militant écolo ? », lance le vétérinaire sur un ton goguenard, sourire en coin.

MILITANT ECOLO ?

Petit bréviaire écoloC’est vrai que je suis membre des Verts et maintenant d’Europe Écologie depuis une quinzaine d’années ; comme je suis élu au conseil régional de Bourgogne depuis 2004, on voit régulièrement ma tête sur des affiches, dans le journal local ou à la télé ; difficile de passer inaperçu, difficile de passer une soirée tranquille sans revêtir la cape de Super Écolo? Une convive avocate enchaîne : « Moi, je trouve ça super-important l’écologie, mais tout le monde devrait être écolo, et puis vous ne devriez pas faire de politique » ? Avec en sous- titrage : parce que la politique, c’est dégueu…

Ouf, la soirée s’annonce périlleuse? L’expert en finance enchaîne : « De toute façon, vous n’avez aucun programme économique. » La jeune institutrice cloue la dernière planche du cercueil : « Si je votais, je crois que je voterais pour vous, mais je ne suis pas inscrite sur les listes électorales, et puis vous ne serez jamais élus, alors… »

Alors j’ai passé la soirée à tenter d’argumenter, avec la vague impression d’être au milieu d’un cirque ou d’une arène. Avec le sentiment désagréable d’être une caricature de moi même. Une soirée à devoir me justifier, aussi, sur mes modes de vie : « Tu dois être végétarien ; et donc tu manges tout bio ; bien sûr, tu n’as pas de voiture ; quoi ! Tu fumes ? En plus, tu es libraire, mais on coupe des arbres pour faire des livres ! » Moi qui n’ai que peu d’appétence pour le rôle de l’agneau sacrificiel, j’aurais préféré passer la soirée à plaisanter, boire du vin, parler des derniers films à l’affiche, de quelques bouquins, et faire mieux connaissance avec la jolie brune aux yeux marron qui était venue toute seule. Soupir ?

Cornelius Castoriadis

Ce n’est pas ce qui est mais ce qui pourrait et
devrait être qui a besoin de nous.

Cornelius CastoriadisPhilosophe

LES ECOLOS A LA QUESTION

Qui aime bien châtie bien ? On aime bien les écolos… et on aime bien les mettre sur le gril, sans doute parce que leurs idées viennent remettre en cause une certaine vision du monde, de l’économie, du progrès, de la science.

L’écologie peut être anxiogène : on prédit des catastrophes terribles, on explique qu’on ne peut continuer à vivre comme ça, que les ressources de la planète ne sont pas infinies, que le capital est sérieusement entamé.

Des choses pas toujours agréables à entendre. D’où le succès de ceux qui nous expliquent que tout ira bien, que le réchauffement climatique n’est pas si grave, que l’on peut être écolo en roulant dans un 4×4 avec la clim’ à fond et en dégustant un bon burger aux OGM.

ECOLOGIE + INTIMITE

L’écologie touche aussi à l’intime : il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle philosophie, d’une nouvelle vision d’un monde, c’est une idée qui a un impact direct sur nos modes de vie, qui vient questionner les habitudes, la façon de se déplacer, de se nourrir ? bref, notre vie quotidienne et privée. Les écolos sont sympathiques mais aussi irritants. L’écologie, ça gratte. L’écologie, ça culpabilise : si la planète et surtout ses habitants sont en danger, alors pourquoi est-ce que je ne change pas ma façon de consommer ? On sait de plus en plus ce qu’il faudrait faire, et bien souvent on ne le fait pas. Alors on a mauvaise conscience de prendre sa voiture, de manger des fraises en hiver, de se faire installer la climatisation?

L’écologie, et plus encore l’écologie politique, n’est apparue sur la scène publique qu’assez récemment. Ses idées, ses concepts, son histoire demeurent floues pour une large part de la population. Elle occupe une place particulière dans le champ politique : le parti qui la représente aux élections a des modes de fonctionnement assez exotiques, voire nébuleux ; ses porte-parole, souvent des scientifiques ou des intellos, ont tendance à parler un sabir d’initiés. Allez, qui peut donner une définition de : « décroissance », « empreinte écologique », « autonomie contractuelle », « responsabilité sociale et environnementale des entreprises » ? En deux minutes !

En conséquence, les questions se bousculent, même le samedi soir. Il y a celles de mauvaise foi, les agressives, mais il y a aussi toutes les autres. Quelques années de militantisme m’ont permis d’établir le Top Ten des questions récurrentes et de tenter d’y répondre. Alors, avec mon ami Erwan Lec?ur, qui connaît bien les écolos et leurs difficultés depuis des années, et qui a aussi passé quelques soirées du même genre, nous avons eu l’idée de ce petit livre utile, à l’usage de ceux et celles qui se reconnaissent comme des écolos et se font interpeller régulièrement en tant que tels. Pour les curieux, les sceptiques, les militants, les nouveaux venus à l’écologie, pour ceux qui ont envie d’affûter leurs arguments? Comment répondre en quelques phrases et deux ou trois arguments aux questions les plus courantes qu’on pose aux « écolos
de service » ?

A lire d’urgence !

Petit bréviaire écolo par Wilfrid Séjeau et Erwan Lecoeur, aux éditions Les petits matins.