Un système de santé malade : comment s’en sortir ?

Car, enfin, le problème ne date pas d’hier et l’on ne peut pas dire que l’on ne savait pas. Le Médiator était, dès le départ, le cousin germain de médicaments interdits car réputés dangereux. De plus, il n’avait pas d’intérêt sur le plan thérapeutique. La seule revue française d’information médicale réellement indépendante de l’industrie pharmaceutique, parce qu’elle ne vit pas de la publicité, Prescrire, faisait le point sur le Mediator dès 1997.

Les politiques ont failli à leur mission et le système d’expertise et d’autorisation des médicaments en France répond davantage aux intérêts financiers de l’industrie pharmaceutique qu’aux objectifs d’une politique de santé pour la population. Il est plus qu’étonnant de voir le ministre de la santé actuel, Xavier Bertrand, se scandaliser et promettre la transparence maintenant que l’affaire est en procès, alors qu’il a lui-même décidé de poursuivre le remboursement de ce médicament en 2005, contre toute logique de santé et contre toute logique de gestion de la sécurité sociale.

Conflit d’intérêt

Le fait que deux experts de son cabinet ministériel étaient liés professionnellement aux laboratoires Servier n’y est sans doute pas étranger? Il est certain que, au moins depuis l’année 2008, le laboratoire pharmaceutique Servier a en effet poursuivi ses objectifs de bénéfices financiers de façon cynique, au mépris de la santé de la population, puisque il ne pouvait pas ignorer les données scientifiques objectives.

La carence des politiques publiques en matière de santé est attestée par le fait que Jacques Servier, PDG de l’entreprise, a été décoré de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy en juillet 2009, alors que toutes les connaissances étaient disponibles, ceci après que Nicolas Sarkozy ait travaillé en tant qu’avocat pour ce même laboratoire Servier !

Tous ces faits sont établis et sont maintenant en lumière sur la place publique. Les procès se tiendront et la justice indemnisera les malades, ce qui est la moindre des choses.

Mais il faut aussi se demander pourquoi le système de santé français dysfonctionne à ce point, depuis si longtemps, et malgré les scandales précédents comme les morts du sang contaminé ou de la canicule. On ne peut pas en rester à la dénonciation ponctuelle de scandales à répétition et il faut aujourd’hui mettre en lumière les causes dysfonctionnements pour amener des réformes qui ne soient pas de la poudre aux yeux.