Une autre finance « participative » est possible

CHOISIR L’UTILISATION DE SON EPARGNE

La finance participative, ou crowfounding dans le monde anglo-saxon, se caractérise par la possibilité pour l’épargnant de choisir la destination finale de son épargne, c’est-à-dire le projet ou la structure qui en bénéficie directement. Elle suppose généralement l’existence de plateformes, intermédiaires entre l’épargnant et les projets ou structures destinataires.
L’enjeu macroéconomiques est considérable.

D’une part, les sommes concernées sont très importantes ([Le secteur en croissance de 150% en 2012)]. D’autre part, ces modèles sont à même d’élargir le spectre des projets financés par les investisseurs traditionnels et de contribuer à redistribuer les responsabilités entre citoyens.

L’actualité particulière de la finance participative s’explique du fait de plusieurs caractéristiques du contexte socio-économique actuel :

-# le développement d’internet et les interfaces qui explosent depuis 2 ou 3 ans, réduisant corrélativement les coûts d’intermédiation de façon drastique pour l’individu comme pour la collectivité.
-# l’aspiration des épargnants à disposer d’une latitude de choix dans l’utilisation qui est faite de leur épargne, du fait de l’attitude passée et présente des investisseurs traditionnels.
-# le développement d’un entrepreneuriat de « proximité », dans un contexte de crise économique et de remise en cause du modèle néolibéral, alors que les acteurs financiers classiques s’avèrent incapables de répondre à certains besoins, par exemple ceux des projets originaux hors des sentiers battus ou qui sont situés sur des territoires en difficulté (zones rurales, quartiers populaires, régions du monde en difficulté…).

PROBLEMES DE LEGITIMITE ET DE RESPONSABILITE

Ce développement pose aux garants traditionnels de l’ordre financier des problèmes réels, notamment parce que ces garants mettent en oeuvre des règles établies pour eux par la puissance publique, et pas du tout à destination de ces nouveaux épargnants de proximité qui n’existaient pas à l’époque de l’édiction des règles en vigueur. Ces garants de l’ordre financier assoient par ailleurs leur légitimité sur la nécessité de protéger l’épargnant de risques inconsidérés qu’il pourrait être amené à prendre sans conseil.

Pourtant, plusieurs considérations conduisent à interroger la réalité de cette légitimité.

La première résulte de la nécessité de financer l’entrepreneuriat, ce qui implique d’accepter une prise de risque intrinsèque. Vouloir annuler cette prise de risque, c’est tarir le financement d’amorçage, même pour des raisons prudentielles. La règle déontologique dans ce domaine devrait se limiter à l’existence d’un cadre protecteur renouvelé et adapté, qui assure la bonne information des épargnants sur ces risques.

La deuxième concerne le droit à la prise de responsabilité. Celle-ci ne saurait être réservée à une quantité réduite d’experts ou se considérant comme tels, ceux-ci s’étant souvent trompés par le passé, comme l’atteste la crise financière de 2008. En outre, l’intelligence collective peut être est capable, sous certaines conditions, de jugements économiques de qualité, en tous les cas pas moins avisés que ceux des « experts ».

La troisième a trait à la nécessité démocratique d’élever le niveau d’implication et de compréhension des citoyens dans la vie économique, pour qu’ils se fassent moins facilement berner par des discours politiques simplistes ou des analyses économiques prônant la dérégulation, pourtant régulièrement invalidées par les faits et sans cesse serinées par les tenants du système en place. Une société démocratique qui décourage cette prise d’initiative, n’offrant aux citoyens que les jeux de hasard comme perspective de prise de risque, s’accommode de ces ignorances, sinon les favorise.

Apparentée à l’économie sociale et solidaire, la finance participative ne doit cependant pas être confondue avec celle-ci:

-# la finance participative implique un degré de choix élevé sur la destination de l’épargne, (sélection du projet ou de l’entreprise bénéficiaire, montant de la mise, rémunération de l’épargne…).
-# la finance solidaire n’est que rarement participative : elle privilégie, ce qui est déjà bien, la mobilisation de l’épargne dans des fonds éthiques ou solidaires qui, pour autant, ne permettent pas toujours à l’épargnant d’identifier et de choisir des projets qu’il contribue à financer. Cette dimension participative, alliant transparence et responsabilité, intéresse les citoyens soucieux que toutes les décisions n’émanent pas d’un ailleurs perçu comme lointain, mais qu’ils puissent avoir une prise sur certaines d’entre elles.

Promouvoir le co- entrepreneuriat des épargnants, c’est donc également servir le développement personnel, favoriser la confiance entre les citoyens ([Déterminant de la croissance selon de nombreux économiques, dont Y. Algan et P. Cahuc)] et dans les projets nés d’initiatives de non professionnels. Notre pays a-t-il par conséquent quelque chose à gagner à limiter les souhaits de la force citoyenne exprimés à l’égard du développement de la finance participative ?

LE RÖLE DES TERRITOIRES

En particulier, chaque échelon de collectivité territoriale doit jouer son rôle, au premier rangs desquels l’échelon régional qui anime la stratégique économique à échelon infra-étatique. A titre d’exemple, la Région Poitou-Charentes a souhaité soutenir structurellement et financièrement un projet d’installation de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments municipaux de la commune d’Esnandes (Charente-Maritime), aux côtés des habitants du territoire qui participent à l’échelle de leurs souhaits et de leurs possibilités. Ainsi, une action publique volontariste orientée vers le développement durable et la croissance verte se conjugue avec la prise de conscience citoyenne des enjeux à venir pour traduire en une réalité concrète l’idée convaincante de mise au service de l’économie de la finance, que celle-ci soit « classique » ou participative.

C’est en proximité que la finance participative peut être la plus stimulante, les plateformes internet favorisant les relations de proximité et les citoyens pouvant constater concrètement le résultat de leur engagement.