Vers une Cop 22 de la substitution solaire

 

Pour la CoP 21, les simples citoyens que nous sommes sont-ils autorisés à intervenir sur le vrai contenu de la conférence, sur la négociation elle-même ?

Cette négociation, c’est la poursuite d’un processus diplomatique classique et complexe. Il est lui-même l’héritier des accords de Kyoto et de l’échec de Copenhague. Il est à la recherche d’un nouvel accord, acceptable par tous les pays du monde s’il apporte à chacun la conviction que les autres s’engagent à faire suffisamment d’efforts pour que lui-même ne puisse plus, politiquement, prendre la responsabilité d’être à l’origine d’un nouvel échec.

Par ailleurs, on voit aujourd’hui se dessiner, une conception modeste mais qui, paradoxalement, pourrait en démultiplier la portée. La CoP 21 pourrait ne pas être le point final de la définition d’un monde qui aurait sauvé le climat, mais elle aurait rempli son rôle si elle transmettait aux CoP suivantes un processus diplomatique en bon état de marche et ayant fait beaucoup plus de progrès qu’au cours des CoP précédentes. Bref, s’il est possible de dire qu’à partir de Paris et contrairement à ce qui était le cas auparavant, la résolution de la question climatique sera sur de bons rails.

Or, une conjonction de circonstances favorables peut faire que de cette modestie pourrait naître un début de définition concrète de la transition énergétique mondiale. Elle est la traduction indispensable des objectifs de réduction d’émissions de CO2 que chacun appelle de ses vœux.

Chacun ? Pas si sûr… Le climat ne sera sauvé que si l’Humanité prend collectivement conscience de la nécessité de laisser sous terre, sans doute pour l’éternité, une grande partie des combustibles fossiles accessibles, qui sont à la fois un poison pour la machine climatique, et de grandes richesses pour les pays qui ont été spécialisés dans leur extraction et leur exportation. Un véritable accord devra donc, un jour, traiter au fond la question spécifique de la transition à organiser pour des économies aujourd’hui dépendantes de l’exportation d’énergie fossile et toujours dotées d’un pouvoir de véto sur les CoP.

« Transition » est le mot adéquat car, par chance, ces exportateurs d’énergie fossile sont presque tous des pays à fort potentiel d’énergies renouvelables. La corrélation la plus visible et la plus rapide à valoriser (la renonciation à extraire beaucoup de charbon est une question à plus long terme) est celle qui a placé sous des déserts ensoleillés la plupart des hydrocarbures faciles d’accès. Et, miracle, la CoP 22 sera accueillie par le Maroc, pays à la fois arabo-musulman et peu impliqué dans les tensions et les drames qui traversent ou ont traversé le « grand Moyen-Orient pétrolifère et gazier », de l’Iran à l’Algérie.

Travailler sur des exportations massives d’énergie solaire, c’est travailler sur son éventuelle conversion sous forme chimique (hydrogène ou autre) qui en permette non seulement le transport à bord de pétroliers ou de gazoducs reconvertis mais aussi une certaine forme de stockage ; ou sur un réseau d’assez longues lignes électriques à très haute tension. Et il se trouve que tout cela fait justement partie de ce dont les énergies renouvelables intermittentes, solaire et éolien, ont besoin pour devenir plus crédibles.

Si dans l’idéal cette coïncidence aurait dû être saisie dans la CoP 21 elle-même, nous sommes encore à un moment particulier où les prix des panneaux photovoltaïques ont récemment été divisés par 5 en 6 ans. Prenant le relai de cette dynamique, une transition énergétique mondiale sans renchérissement trop pénalisant des prix de gros de l’électricité pourrait, au cours d’une prochaine CoP, être fixée comme but à atteindre.

Ainsi, même s’il est aujourd’hui trop tard pour que la CoP 21 fasse sa part du travail technocratique qui rende tangible cette perspective du remplacement du pétrole et du gaz par le solaire, elle peut encore faire ce que toutes les CoP ont toujours su faire, même quand, sur tout ou partie du reste, elles échouaient : transmettre à la CoP suivante une mission à peu près bien définie.

C’est donc une petite valeur ajoutée supplémentaire que la CoP 21 pourrait probablement produire. En confiant à la CoP 22, à sa présidence marocaine et à l’UNFCCC, la tâche spécifique de travailler sur la faisabilité technico-économique de la substitution, à moyen terme, des exportations de combustibles fossiles par des exportations d’énergies renouvelables produites, enfin massivement, grâce aux atouts naturels des mêmes pays. Et engager le monde sur la voie d’une « transition des exportations énergétiques mondiales ».