Vous nous écrivez sur la sortie du nucléaire

Par Eric Manfredi.

Les récents développements ? il faut le reconnaître pas toujours heureux ? autour de la question du nucléaire font apparaître un certain cloisonnement de la pensée politique.

En effet, et comme le remarque à très juste titre Jean-Marie Bouguen : « s’interroger sur le secteur énergétique de demain suppose donc de réfléchir aux moyens de réussir une transition énergétique en France ».

Or, que nous enseigne l’histoire du développement industriel ?

Que la question de l’énergie se situe au carrefour de plusieurs problématiques et influence le choix de la société que nous voulons construire. Elle pose aussi la question du rôle et de la place de l’État. La révolution industrielle est née de la maîtrise de la vapeur. La deuxième de l’usage du pétrole, la troisième du nucléaire. Et nous voyons au quotidien les mutations fondamentales que ceci a entraîné. Production à grande échelle, apparition de matériaux nouveaux, rétrécissement des distances? La maîtrise de la production de l’énergie est à la base de l’entrée dans la modernité.

Comment passer à la « phase quatre » ?

Les solutions proposées par messieurs Benjamin Bibas, Bernard Laponche, Jean-Marc Pasquet (http://www.novo-ideo.fr/Nucleaire-le-plan-pour-en-sortir (5)) sont très pertinentes. Mais il me semble qu’il y ait un oubli : la recherche.

LA QUESTION CENTRALE DE LA RECHERCHE

Il faut envisager une politique de la recherche orientée vers les énergies du futur. Regardons le développement du nucléaire : la mise en place en 1957 de l’Euratom a donné au secteur nucléaire européen un coup d’accélérateur extraordinaire. Pourquoi ne pas conclure un même traité, au sein de l’Union européenne pour les énergies du futur ? La réponse aux problématiques de l’énergie du futur doit être collective : associer l’UE, les États et les entreprises privées.

Ceci pose alors la question du financement de la recherche. On ne peut pas, au XXIème siècle exclure le privé. C’est ainsi que l’idée d’un « consortium », exposée par Jean-Marie Bouguen me semble très juste. Encourager la création d’un lobby industriel des énergies nouvelles est une clef pour développer ces énergies. Car le secteur industriel doit comprendre que développer ces énergies peut être rentable, y compris à court terme. Il ne faut donc pas s’inscrire contre l’industrie, mais penser avec elle les conditions d’un changement.

La recherche de solution doit donc être collective. Il n’est pas normal, à mon sens, que l’Union européenne soit à la traîne, alors que la Chine est devenue le constructeur leader de cellules photovoltaïques?
L’Europe doit être le fer de lance de la quatrième révolution industrielle.

Il faut revoir ses modalités de financement. Ceci suppose alors de créer une structure permettant d’obtenir et d’allouer des moyens de financement qui ne sont plus uniquement publics. Le privé doit en effet y participer. Il n’est pas normal que les chercheurs soient formés par l’Education nationale et par les Universités et que le secteur privé soit le seul bénéficiaire des retombées de cet investissement?

Une politique des transports ne peut être qu’européenne. Privilégier le train à la voiture implique que tous les pays participent à ce défi. Ceci pose donc le problème du sens de l’UE : veut-on une organisation économique, ou, au
contraire, une Union capable de proposer des services communs et des
politiques publiques ?

Ainsi, au-delà de la question de sortir du nucléaire, c’est un choix
global qui se pose. Et c’est ici qu’il faut étayer la réflexion réellement politique.