« L’huile de palme durable » (3)

Trois tabous écolos non résolus : après le glyphosate et le train, le nucléaire comme un mal nécessaire dans le mix énergétique, l’ultime transgression de ce triptyque. L’huile de palme « durable » relève-t-elle du greenwashing ou représente-t-elle au contraire une alternative de production en mesure de changer les habitudes des consommateurs ? Analyse.

En Indonésie, le premier facteur du pays au plus fort taux de déforestation est l’huile de palme, c’est une cause de menace essentielle des écosystèmes primaires. C’est là que réside environ 60% de la hausse de la production et près de deux millions de « petits planteurs », soit 40% des palmeraies. Près de 20 millions d’indonésiens en vivent plus ou moins directement avec des revenus plus importants que les cultures traditionnelles. A eux deux, l’Indonésie et la Malaisie regroupent près de 85% de la production.

10%

de la production mondiale est certifiée, tracée et contrôlée

Connue sous l’acronyme de RSPO, cette labellisation, volontaire et indépendante, est notamment soutenue par le WWF. Elle regroupe plus de 500 coopératives représentant 10% de la production mondiale, certifiée, tracée et contrôlée.

De quoi s’agit-il exactement ?

A vocation mondiale, cette démarche vise à maitriser la pression foncière (pas d’arbre abattu pour étendre les surfaces cultivées) et la gestion de l’eau, à augmenter les revenus des indépendants, à développer les communautés locales et à diminuer les risques sanitaires et sociaux. Sa généralisation est une pression sur les modes de productions classiques. En outre, elle est en ligne avec les engagements pris par l’Indonésie sur la réduction des GES.

Des engagements trop peu vérifiables, avancent ses contradicteurs, même si désormais, l’approche High Carbon Stock (HCS) permet d’identifier les forêts à préserver de la culture du palmier à huile. Agir sur la demande et ainsi réorienter la production ? La Chine « avale » la moitié de l’huile mondiale, principalement pour des usages alimentaires, en consommation non labellisée « durable ». Peu de leviers immédiats du côté de ce gros consommateur.

Une réelle alternative pourrait résider dans une pression sur l’offre dont la dimension « durable » est par exemple soutenue par la bioraffinerie de La Mède. Située dans les Bouches-du-Rhône, cette plateforme porte également une ferme solaire pour 13 000 habitants qui dispose, au terme d’un accord passé avec le gouvernement en mai 2018, d’une capacité de production de 300 000 tonnes d’huile de palme avec une garantie européenne (ISCC).

Celle-ci est attribuée sous condition du respect des critères de durabilité et de traçabilité des huiles sur toute la chaine, de leur origine à la raffinerie. Ce site propriété du groupe Total oblige par ailleurs ses fournisseurs à adhérer à RSPO.

Deux autres tabous : la suppression du glyphosate pose des problèmes pour la compétitivité du train et un minimum de nucléaire dans le mix énergétique est nécessaire pour ne pas dégrader (à l’image de l’Allemagne) notre bilan carbone…

Trois tabous écolos : le nucléaire (2)

Trois tabous écolos non résolus : après le glyphosate comme facteur de déstabilisation du train, deuxième épisode avec le nucléaire. La sortie du nucléaire va-t-elle à l’encontre de l’objectif de la diminution des GES ?

Tout mix-électrique d’un pays doit faire face au double défi du rendement et de la minimisation de la quantité de CO2 produite. À partir des données des principaux pays et de leur quantité en CO2, quels sont les plus performants à l’année ?

Si on excepte la Norvège qui bénéficie d’une électricité hydraulique abondante et d’une consommation électrique environ trois fois celle des français, peu de pays peuvent se prévaloir d’un label « climato-compatible ». Même ceux dont la réputation vertueuse apparait au final galvaudée.

Au Portugal, modèle en matière de développement des énergies renouvelables, les centrales en charbon et au gaz dégradent le bilan global.

En Allemagne, le pays s’est engagé vers une sortie du nucléaire en 2022, il représente encore 13% de son « mix » alors que vent et soleil fournissent près de 30% du total. Les fortes variations de production de ce pays liées au caractère aléatoire de ces renouvelables expliquent des performances climatiques plombées. Celles-ci fournissent certaines périodes de l’année que 15% de la production, nécessitant une « armée de réserve électrique » de gaz et de charbon, environ deux tiers plus importante que la France, particulièrement coûteuse et peu « écolo ».

Au final, la France produit environ 70 à 75% du courant en ayant recours au nucléaire avec un appoint hydraulique puis des autres énergies renouvelables qui, lorsqu’elles manquent pendant plusieurs semaines, ne sont pas remplacées par des énergies fossiles comme en Allemagne.

La productivité du nucléaire est un avantage réel. Il pose cependant d’autres problèmes, de souveraineté, liés à la dépendance du combustible, de risque d’exploitation et de déchets.

Dans l’attente de développements industriels majeurs de l’hydrogène, il s’est rendu indispensable, dans la course contre les gaz à effet de serre, une course contre le temps qui se compte en deux ou trois décennies désormais.

CONTREPOINT










ENTRETIEN AVEC JEAN-MARC FABIUS
47 ans
Président Fondateur Green Lighthouse depuis 2013
Directeur Général et Fondateur de Green Lighthouse Développement
Elu à la Commission Solaire du Syndicat des Energies Renouvelables

Selon vous, un mix énergétique comprenant une part majoritaire de « renouvelables » est-il possible à terme sans faire appel à des énergies carbonées ?

Bien entendu, pour cela il doit être planifié en termes de volume pour chacune des énergies, et en concertation avec RTE et ENEDIS, les gestionnaires de réseau. Nous allons changer de paradigme de mode de production, le réseau aussi doit s’adapter.

On peut imaginer sans difficulté la part croissante des énergies marines, la prépondérance du solaire et de l’éolien onshore et offshore. Les autres énergies (biomasse, thermique…) ne sont pas pour autant à négliger.

Pour assurer la sécurité du mix énergétique, il faut une base stable avec l’hydraulique et le nucléaire dans un premier temps, permettant de garantir un socle de disponibilité. Les énergies renouvelables (solaire et éolien), intermittentes par définition, assureront conjointement la très grande partie des besoins. Le stockage longue durée, enjeu majeur pour diminuer la part du nucléaire, pourra répondre aux pics de demande.

Je crois énormément au stockage Hydrogène qui, déployé à très grande échelle, va considérablement baisser ses coûts, et assurer, au-delà de la stabilité du mix énergétique, un aménagement des territoires et une solution partielle aux problématiques de transport.
Nous avons la chance d’être à l’aube d’une révolution, il faut en être partie prenante et non la regarder passer.

Quelles évolutions peut-on prévoir sur les coûts de sortie et l’intégration dans le réseau de distribution ?

Là aussi c’est une question de planification.       
Aujourd’hui le solaire avec des centrales au sol produit à moins de 50 €/Mwh (hors contraintes des appels d’offres), et les exemples sont très nombreux dans le monde. C’est l’électricité la plus compétitive.

On peut toujours vouloir favoriser l’autoconsommation individuelle mais elle sera réservée à des concitoyens qui ont les moyens d’assumer financièrement un engagement politique. A grande échelle le coût pour la collectivité de subventionner ce marché serait dommageable aux finances publiques.

Il est aussi indispensable d’utiliser les sites et sols pollués pour les convertir en zone de production d’énergie, là aussi un surcoût est à prévoir par la dépollution des sols et les contraintes associées.
Quant aux grandes toitures, elles sont un relais indispensable aux grandes centrales au sol notamment sur les bâtiments industriels.

Concernant l’éolien, le développement de projet est encore trop coûteux et il est nécessaire de donner un énorme coup d’accélérateur à la filière afin de réduire les coûts de production de l’énergie.

A mon sens, pour tenir les engagements de la PPE, trois obligations et une contrainte s’imposent à nous :

  • L’obligation d’accélérer l’installation des énergies renouvelables par une simplification de l’obtention des autorisations (actuellement : 3 à 4 ans pour une centrale solaire, plus de 7 ans pour une centrale éolienne),
  • L’obligation de développer massivement le stockage de masse, pour en réduire son coût unitaire et garantir un mix énergétique fiable et décarboné,
  • Et une contrainte majeure : assurer une disponibilité et un prix de l’énergie accessible à tous

Et concernant le réseau dans sa globalité, il va devoir opérer un changement par la multiplication des sites de production, passant d’un schéma en étoile, à un réel maillage assurant une production décentralisée.

Un territoire peut-il agir et comment ?

Le territoire est à la base de tout projet. Aucune énergie ne peut s’implanter durablement sans un consensus large avec les élus et la population.

L’énergie est un fabuleux outil d’aménagement, une ressource financière stable et sur de très longues périodes pour les collectivités et leurs habitants. C’est au niveau des communautés de communes, des mairies, que les projets de territoires doivent naitre. Qui connait mieux les besoins d’aménagement que les collectivités au plus proche des citoyens ?          
Les projets d’énergies sont force d’innovation également et créateurs de valeurs non délocalisables à la condition qu’ils soient industriels donc de taille industrielle.

Les collectivités sont les acteurs du changement de leur territoire et certaines lancent déjà de très grands projets, qui seront la norme à l’avenir en conjuguant les paradoxes propres aux énergies renouvelables : vertueux et rentable, industriel et agile, à faible coût et sans dépense publique pour les nouveaux modèles, et enfin local et de dimension nationale.

Trois tabous écolos : le glyphosate et le train (1)

Chronique en trois parties sur des contradictions écologistes non résolues

La suppression du glyphosate fragilise-t-elle le train ?

Le glyphosate est la molécule du Roundup entrée dans le domaine public en 2000. Rares sont ceux qui savent que le premier utilisateur est…la SNCF. En effet, la compagnie nationale des trains épand ce phytosanitaire pour désherber les voies avec un système de désherbeurs, soit environ 35 tonnes par an.

L’opérateur ferroviaire éprouve les mêmes contraintes de rétrécissement de l’horizon de l’utilisation de ce produit et sera prêt normalement en 2021. Entre autres alternatives, l’intervention humaine, ou des bâches, posées entre les voies, qui poseront d’autres problèmes d’ordres sociaux (accidents du travail). La SNCF teste en ce moment d’autres molécules aux effets prometteurs et plus saines.

Le coût de l’alternative -mécanique- pourrait avoisiner le demi-milliard en fragilisant ainsi le ferré face aux autres trafics. Sauf à dégrader les standards d’entretien et donc de revoir les vitesses, c’est-à-dire de dégrader la compétitivité du train, déjà fragile.

Vers « la nouvelle colo »

Quatre millions d’usagers des « colonies » dans les années soixante contre un million aujourd’hui. Une décennie nous sépare peut-être de leur quasi-extinction. Paradoxe de notre époque. Un enfant sur trois ne part toujours pas en vacances. Les pouvoirs publics s’émeuvent. Il s’agit de remettre en priorité le mélange de la population. Avec la reprise de l’objectif de « brassage social » prôné par le rapport Ménaouine, un service universel et obligatoire va être créée. Comment relancer une dynamique de la « colo » par nature fondée sur le volontariat ?

25%

des enfants ne partent pas en vacances dont 34% des enfants de parents ouvriers (source : Observatoire des inégalités)

Cette expérience des « jours heureux » empruntée par des générations, elle s’est scellée dans le compromis d’après-guerre. Noué par des forces politiques, syndicales et religieuses aujourd’hui en crise. Il a été le ciment de séjours pensés par des adultes « dans l’intérêt éducatif de l’enfant ». La médiatisation d’accidents aidant, les années quatre-vingt ont vu entrer en concurrence d’autres impératifs. Ceux liés à la sécurité et à son cortège de normes. Les conditions structurelles de l’offre ont été bouleversées.

La spirale inflationniste des coûts a également précipité la concentration des entreprises du secteur d’autant plus tournées vers des « segments » que le marché se rétrécit

La hausse des coûts a évincé les opérateurs artisanaux et les collectivités. Ces dernières se sont débarrassées massivement de leurs centres, saisonniers et budgétivores. Cette spirale inflationniste a également précipité la concentration des entreprises du secteur. D’autant plus tournées vers les « segments » que le marché se rétrécit. Depuis vingt ans, de 30 000 unités par année avec un décrochage plus brutal depuis 2015. Le mouvement de spécialisation vers des publics « à plus forte marge » s’est donc accéléré. La machine à les séparer également. Du « haut de gamme » spécialisé, accessible aux familles aisées, jusqu’aux séjours généralistes, fortement subventionnés.

« Pour les pauvres ».

Un enfer pavé de subventions publiques a facilité ce séparatisme estival. Entre les « politique de la ville » et les « personnes handicapées », les « filles » et les « garçons », les « riches » et les « pauvres ». Entre ces niches, la classe moyenne disparaît des statistiques de la fréquentation. Sa progéniture ne joue plus le rôle d’incubateur démocratique.

« Des projets de territoire : loin des destinations les plus prisées et les plus coûteuses, pourquoi ne pas les aider à rénover 1000 lieux ?  » (photo d’un centre en Savoie vendu sur le « Bon Coin » »)

D’abord, en concentrant les ressources publiques sur l’appui au montage de projets. En suivant le chemin déjà éprouvé avec succès par un certain nombre d’entre eux. En tenant compte des nouvelles attentes familiales, soucieuses de l’ancrage territorial, d’une direction d’équipe ou de la présence d’un référent sanitaire par exemple. Autant d’atouts face aux logiques plus hôtelières. Cela suppose le renforcement et la professionnalisation d’une filière de l’animation en lien avec les activités des collectivités toute l’année (CCAS, périscolaire…). De quoi alimenter des réflexions sur des projets de territoire. Loin des destinations les plus prisées et les plus coûteuses, pourquoi ne pas les aider à rénover 1000 lieux ? Pour ancrer durablement un demi-million d’enfants dans des parcours, voilà l’enjeu. Moins isolés dans le groupe qu’ils viendront eux-mêmes avec une sœoeur, un voisin. Sans nécessairement le ticket d’entrée du comité d’entreprise. En proposant également des formules à faible coût sur le modèle du scoutisme qui passe mieux l’épreuve de la crise. Le prix n’explique pas tout mais il convient d’intégrer cette donne dès la programmation.

Valoriser le choix de l’enfant

La valorisation du choix de l’enfant : c’est là clé essentielle et une rupture avec le modèle des colonies d’antan. Pour autant, elle ne peut se résumer à un guichet ouvert sur une jungle d’opportunités. Faire société, c’est apporter sa pierre à un projet sur un séjour : de réalisation théâtrale, de découverte sportive ou du bricolage. Au stage qui enferme l’expérimenté et isole le néophyte, les pouvoirs publics doivent privilégier l’appui aux séjours de découverte progressive et ludique. Ceux qui actionnent les qualités cognitives moins marquées socialement ou sexuellement.

Des études pointent l’effondrement depuis vingt ans des temps de relations sociales des adolescents.  Pourquoi ne pas créditer chaque enfant d’un « compte colo » individuel ? A l’heure où les pouvoirs publics s’interrogent sur la contribution virtuelle des plateformes d’échanges d’appartement, voilà une opportunité de leur redonner sens et matérialité.

 

Propositions

  1. Un demi million de départs supplémentaires en vacances en cinq ans
  2. Création d’un fonds d’aide aux projets territoriaux : lieux d’accueil et revitalisation de la ruralité, montage en amont dans un souci de maitrise des coûts, ingénierie pédagogique, etc
  3. Financement d’un « compte vacances » par une taxe sur les plateformes de locations

 

De l’Intelligence Artificielle : le smart contract santé #Episode 12bis

En discutant avec mon entourage (qui n’est pas forcément dans le digital), je me suis rendue compte que l’approche de ce sujet peut sembler parfois difficile, voir « terrorisant » car les articles semblent inaccessibles pour des novices. En créant ce blog, je souhaite partager mes recherches suite à mes propres questionnements, mais aussi, mes découvertes au travers de présentations d’entreprises innovantes sur l’Intelligence Artificielle.

La semaine dernière, nous avons vu les Smart-Contracts (#Episode12) ou contrat intelligent permettant d’exécuter automatiquement des conditions développées dans la Blockchain sans l’intervention humaine. Au travers de cet épisode 12 Bis nous allons voir un autre cas d’utilisation du Smart-Contract.

L’utilisation de Smart-contracts dans le domaine de la santé

 

Le milieu médical est confronté à des lourdeurs administratives engendrant des erreurs et des pertes de dossiers, malheureusement au détriment du patient. Le personnel, surchargé par cette paperasserie, gagnerait un temps précieux au profit du malade. De plus, toutes ces procédures fastidieuses auprès d’intermédiaires ralentissent le fonctionnement des cliniques ou hôpitaux.

L’utilisation d’une Blockchain ne pourrait-elle pas permettre de résoudre ces différentes problématiques ?

En effet, par un système de Blockchain décentralisé, les praticiens accéderaient à une technologie leur garantissant une sécurité des données personnelles. Une clé privée assurerait à chaque patient une confidentialité de ses data. Indestructible, la Blockchain permettrait de retrouver l’historique de chaque patient même s’il a déménagé. Les transmissions des dossiers se feraient dans le monde entier, à tous moments et à toute heure.

Le principe du carnet de santé tout simplement.

En incluant les Smart-contracts dans ce processus, il y aurait une meilleure transparence entre docteurs et patients.

 

Et fini ce genre de situation…

Médecin : Désolé j’ai perdu votre dossier, pouvez-vous me raconter vos antécédents?

Réponse du patient : Je vais faire un malaise.

Médecin : Avant, pouvez-vous me dire vos allergies ?

Réponse du patient : Ca ne va pas.

Médecin : Ah j’ai retrouvé une information, en effet, c’était très grave, mais pouvez-vous m’expliquer…

Implémenter une Blockchain serait une réelle révolution dans les systèmes de santé provoquant un « chamboulement » mais elle ouvrirait également d’autres portes, par exemple avoir une traçabilité des différents acteurs de la supply chain des médicaments.

 

MEMO

Le Smart-Contract est automatisé selon des règles définies. Une blockchain assure aux utilisateurs une protection de leur data. Un système qui pourrait être une réelle révolution dans le milieu médical en assurant aux patients une meilleure prise en charge et au personnel un allégement de travail.