Pour un revenu universel d’activité

Souvent décrié mais difficile à remplacer, le salaire minimum n’est en effet pas le meilleur outil de soutien aux revenus modestes. D’abord, il exclut de l’emploi tous ceux qui ne trouveront pas d’employeur au salaire minimum – jeunes peu ou mal formés, salariés en reconversion… Ils sont en France sans doute environ un million. Pour eux le SMIC est un enfer pavé de bonnes intentions. Ensuite, son niveau est unique en France, alors que le pouvoir d’achat peut varier de 30 à 40% en France selon le lieu : on se loge ainsi à Guéret, dans la Creuse, pour moins de 5 euros le mètre carré et on s’y nourrit pour une fraction du prix parisien. Enfin le salaire minimum laisse de côté indépendants et autoentrepreneurs : près de  1,3 millions de non-salariés ne touchent pas l’équivalent du SMIC horaire. La solidarité nationale les ignore, pour une raison difficile à justifier ! Ainsi le « prix de marché » de l’heure de ménage (où l’on trouve surtout des salarié(e)s) est poussé à la hausse par le SMIC, alors que celui de la chaussure ressemelée ne bénéficie d’aucun soutien.
Comment proposer un revenu d’existence suffisant en évitant les inconvénients liés au SMIC ? La plus débattue des alternatives est le revenu universel.

Le revenu universel: belle idée réservée aux pays «rentiers»?

Le revenu universel consiste à distribuer une allocation à tous les citoyens en les laissant la compléter à leur guise : celui qui n’a qu’un petit revenu indépendant peut, au total, atteindre un revenu acceptable. Il présente trois inconvénients :
  1. Le coût. Sa mise en place déplace des montants si élevés (de l’ordre de la centaine de milliards) que la moindre erreur de ciblage coûte extrêmement cher.
  2. Le « droit à la paresse ». Sa simplicité (aucun critère d’attribution) a pour contrepartie un « droit à la paresse » : on bénéficie sans travailler d’un revenu payé par ses concitoyens. C’est peu défendable en période de stagnation du pouvoir d’achat. Du reste la plupart des expérimentations sur le sujet concernent des pays disposant d’une « rente » à distribuer.
  3. Son uniformité cache de grosses inégalités en pouvoir d’achat : le bénéficiaire parisien joindra à peine les deux bouts, là où son homologue de Guéret pourra vivre plus confortablement.

 

Le revenu universel d’activité: une grande partie des bénéfices au prix de plus de complexité

Plus novateur est le « revenu universel d’activité » étudié par l’Observatoire du Long Terme. Principale différence : ce dispositif est réservé à ceux qui entreprennent une activité. L’idée sous-jacente est que ceux qui ne peuvent pas exercer une activité (malades, handicapés…) relèvent d’un autre type de solidarité, généralement assortie d’un suivi médical. Ceux qui ne le veulent pas en ont le droit – mais ils s’excluent du bénéfice de la solidarité : le « droit à la paresse » n’existe plus. Ceux, enfin, qui veulent exercer une activité mais qui ont des difficultés à y parvenir doivent relever d’un dispositif d’aide à l’insertion. N’est-il en effet pas plus juste d’aider ceux qui ont du mal à atteindre une activité suffisante que leur donner une allocation en les laissant à leur triste sort ?
Ce RUA procure un complément de revenu à tous ceux – salariés ou non – dont le revenu est inférieur au SMIC horaire mais inférieur à 1500 euros par mois. Pour ne pas inciter à développer des activités sans valeur ajoutée suffisante, il est ciblé sur les revenus supérieurs à, par exemple, 50% du SMIC horaire (les autres actifs étant renvoyés à d’autres formes de solidarité). En parallèle, le SMIC serait maintenu en niveau mais stabilisé, au fur et à mesure que le RUA augmenterait. Pour un salarié le RUA sera initialement proche de zéro. À terme ce même salarié aura le même pouvoir d’achat qu’il aurait eu avec le SMIC, mais avec un SMIC stabilisé à son niveau initial, le complément de pouvoir étant apporté par les évolutions du RUA.
Le RUA règle certains des inconvénients du revenu universel :
  1. Son coût sera limité à quelques milliards. Il est à court terme limité au support aux non-salariés. A plus long terme il remplace en partie le SMIC, les hausses de revenu induites par la baisse du chômage permettant de mieux « mutualiser » la solidarité : à la place d’un SMIC qui fait payer cette solidarité par les seules entreprises (et leurs clients) employant des salariés peu qualifiés, le coût sera à terme payé par tous, avec à la clef moins de chômage. Autrement, la collectivité payera toujours le coût de la solidarité (donner plus à ceux qui ont un revenu faible), mais elle réduit le coût du chômage (moins de salariés exclus de l’emploi à cause du niveau du SMIC) et elle mutualise mieux le coût de la solidarité (les banques d’affaires en payeront une partie par leurs impôts, alors que le SMIC les touche peu actuellement).
  2. Réservé à ceux qui entreprennent une activité salariée ou non, il ne crée pas de droit à la paresse, au contraire : il corrige une injustice flagrante de notre système actuel – à savoir que l’on garantit le revenu des salariés tout en ignorant la situation des indépendants qui occupent parfois des emplois similaires.
Le dispositif se présenterait sous la forme d’un « bonus horaire ».
Nous aurions ainsi un système garantissant un niveau équivalent aux salariés au SMIC, un emploi à beaucoup de ceux qui en sont exclus, un dispositif universel n’excluant pas les indépendants mais également de justice : le coût de la solidarité aux bas revenus serait financé par tous, plutôt que par les seules entreprises créant des emplois peu qualifiés ou leurs clients.
Avec ce dispositif, un agriculteur à temps plein gagnant 75% du SMIC pourra toucher 1400 euros de plus par an, soit une hausse de 13% de son revenu. Cela assurerait à cette personne – et à tous les indépendants dans la même situation – un véritable complément de revenu.
L’inconvénient du RUA reste sa plus grande complexité, mais c’est le prix à payer pour séparer incitation et droit à la paresse, et pour épouser les contours du SMIC (dont il serait peu réaliste de supposer la suppression).

Conclusion: un quatrième modèle?

Dans Les Trois Mondes de l’Etat-providence. Essai sur le capitalisme moderne (Seuil/La République des idées), l’économiste et philosophe Gosta Esping-Andersen note trois façons de traiter les actifs les moins productifs :
  1. le modèle du « laisser faire », qui laisse faire le marché. Dans ce modèle, ces personnes sont embauchées, à des salaires réduits, dans les emplois de service. Ainsi le salaire moyen dans les pressings ou les fast-foods aux États-Unis est de 75% du SMIC français ;
  2. le modèle nordique de « l’inclusion par le travail », qui embauche les personnes concernées dans les services publics de proximité (crèches, etc.) ;
  3. le modèle français quant à lui les condamne au chômage, principalement par l’effet du SMIC. En effet, le nombre de personne au chômage peu qualifié en France correspond au surcroit d’emploi dans les services de proximité aux USA, et les services publics de proximité dans les pays nordiques.
Le revenu universel d’activité permettrait d’inventer un quatrième modèle, qui allie l’efficacité du modèle anglo-saxon et l’inclusion du modèle nordique.
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Annexe: éléments de chiffrage
 
Pour effectuer un chiffrage fin, il est nécessaire de disposer de la répartition des revenus des indépendants.
Le tableau ci-dessus regroupe tous les indépendants (y compris ceux qui ont une activité à temps partiel) – l’estimation réalisée sur la base de ces chiffres sera donc un majorant du chiffre final (qui devra tenir compte d’une proratisation pour activité partielle, même s’il est vrai que le contrôle peut être difficile).
Une estimation basée sur les profils de revenu conduit à estimer à 1,3 millions environ le nombre d’indépendants sous le SMIC, dont 800 000 environ sont au-dessus de SMIC/2. Sur cette base on peut estimer le coût du complément horaire entre environ 600 millions et 1 milliard par an (hypothèse où les 800 000 personnes bénéficieraient du montant maximum).
Cet article de l’Observatoire du long Terme a été également publié sur le site du think tank Telos.

Propositions

1. Création d’un Revenu Universel d’Activité (RUA) pour un complément de revenu à tous ceux – salariés ou non – dont le revenu est inférieur au SMIC horaire mais inférieur à 1500 euros par mois

2. Garantie du revenu des salariés tout en sécurisant la situation des indépendants qui occupent parfois des emplois similaires par création d’un nouveau filet de protection sociale

3. Financement du RUA par fusions de dispositifs actuels tels que la Prime d’Activité : budgétisation de un milliard au total

Enjeux et portée d’une politique de santé autour du cannabis

12 millions de Bobos !

 

Le sujet, pourtant important, est traité par dessus la jambe, comme une affaire de m?urs, de morale. J’entends que « le chichon, ce n’est pas la priorité », que « Cécile Duflot cible les bobos du Canal St-Martin pour se faire élire ». En gros, qu’un truc qui concerne 12 millions de consommateurs occasionnels, génère 800 millions d’euros de chiffres d’affaires en économie souterraine et occupe une bonne partie des tribunaux ne serait pas important.

Pourtant, en parlant du cannabis on touche un sujet de société qui va de la santé publique à la sécurité, en passant à l’utilité de nos forces de police et de leur activité. Faut-il continuer à demander aux agents de serrer des adolescents pour 15 grammes, engorger les tribunaux avec des petits dealers, ou les laisser se concentrer sur des choses sérieuses, sur les vrais problèmes ?

Les drogues, un problème de santé publique

Il ne vient évidemment à personne l’idée d’inciter qui que ce soit de consommer un psychotrope. Tout comme personne ne songe à inciter à l’alcoolisme ou à fumer comme un pompier. Mais on constate aujourd’hui l’échec magistral des politiques de répression en France et de la guerre à la drogue en Amérique, pour ne prendre que ces deux exemples.

En effet, selon une étude européenne publiée et résumée par Le Monde, la consommation des drogues augmente en France.

25% DE HAUSSE DE LA CONSOMMATION EN QUATRE ANS

 

L’enquête réalisée par le Conseil suédois pour l’information sur l’alcool et les autres drogues, compare 36 pays. Selon des chiffres provisoires que Le Monde s’est procurés par un biais non officiel, l’évolution sur le cannabis est particulièrement problématique: l’expérimentation est en hausse de 25 %, le nombre de jeunes ayant consommé au moins une fois le produit passant de 31 % à 39 % en quatre ans. L’augmentation est même de 60 % pour la consommation au moins une fois par mois (de 15 % à 24 %).

Les causes d’une telle augmentation de la consommation de tous les psychotropes ? Une politique centrée sur l’interdiction absolue, des dangers irrationnels par rapport à une consommation régulière et qui fait l’impasse sur l’environnement et les raisons profondes des addictions.

« Je sais que nous pouvons être accusés de partialité, car nous n’étions pas d’accord avec la politique menée, mais l’enquête Espad montre bien que celle-ci n’a pas fonctionné », relève Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération addiction, une fédération d’intervenants du secteur. Il estime que la Mildt a faussement fait croire que la France, grâce à l’accent mis sur la répression des usages de cannabis, réussissait à résister. Résultat, elle est surtout, selon lui, passée « à côté de ce qui constitue le gros problème »: « l’environnement addictogène » dans lequel évoluent les adolescents dans une société qui favorise les sensations fortes et l’hyperconsommation (jeux vidéo, « binge-drinking », etc.).
«
« Le problème est que l’objectif a été d’éviter à tout prix le premier usage, alors qu’essayer le cannabis est un signe d’identification chez les jeunes, sans suivi après. Il est pourtant primordial de détecter précocement les usages réguliers » Jean-Michel Costes, directeur de l’OFDT de 1995 à 2011.»

Il critique « une politique qui n’a rien donné sur le cannabis et qui a laissé filer les consommations des drogues légales ». Une focalisation sur le cannabis critiquée par les spécialistes, alors que le tabac est une porte d’entrée vers cette substance, et que les jeunes sont des polyconsommateurs.

Le communiqué de la Fédération addiction, Adolescents : alcool, tabac, cannabis? Agir autrement ne défend pas autre chose qu’une cohérence globale à propos de toutes les substances psychoactives, drogues, tabac, alcools. Une politique de santé cohérente en fait, centrée sur les dangers réels auxquels s’exposent les consommateurs plutôt que sur des interdictions obsolètes et quasiment morales.

UNE PROHIBITION INEFFICACE ?

 

Quel est le point commun entre Sevran aujourd’hui, le Baltimore et le Chicago des années 1930 ? L’interdiction d’un type de produit qui conduit à la constitution de mafia qui pourrissent des quartiers entiers de la ville, corrompent jusqu’aux plus puissants.

Dans l’extrait suivant de The Wire, un commissaire explique à un agent que la lutte policière contre les drogues ne sert à rien. Pas plus que la Prohibition américaine contre l’alcool n’a empêché sa consommation ni la constitution de puissantes mafias, dont le célèbre Al Capone.

C’est exactement le discours de Stéphane Gattignon, maire de Sevran, qui avait remis le débat sur le tapis en 2010. Son statut de « maire de banlieue » et d’ancien du PCF le protégeait des procès en bien-pensant des beaux quartiers, bobo-écolo. La réalité des quartiers quadrillés par les dealers, où les garçons de 12-13 ans font le guet et les grands-mères servent de nourrice aux paquets, lui et ses équipes la connaissent.

Les positions de Gattignon lui avaient valu le soutien d’un prof de pédiatrie via Le Monde, preuve que le débat sur la santé n’est pas si fermé que ça. L’utilisation thérapeutique du cannabis est d’ailleurs possible dans de nombreux pays, et même Vaillant, ancien ministre de l’Intérieur, soutient aujourd’hui Duflot sur cette question médicale.
Les drogues, un problème pour les démocraties

Un passage de la tribune de Stéphane Gattignon, Le trafic se porte bien, comment va la démocratie ? doit nous intéresser tout particulièrement :

« Dans nos territoires, qui a vraiment le pouvoir dans telle ou telle rue, entre telle et telle barre HLM ou copropriété dégradée ? Sait-on qu’un bail d’emplacement de vente de drogue peut se revendre 25 000 euros ? Le trafic va bien ! Pas la démocratie. Nous « comptons » les victimes des règlements de comptes. Les groupes de vendeurs de produits stupéfiants se multiplient. Les armes en circulation sont des gros calibres, des fusils à pompe genre Uzi achetés via les filières de l’Est ou autres Magnum barbotés au grand banditisme avec gilets pare-balles et tout l’attirail nécessaire à la guerre des microgangs. C’est aussi à coups de pied et de poings qu’on tue. C’est à coups de parpaing qu’on casse les têtes. Le lynchage et la lapidation lourde font partie des usages de la vengeance localière.»

La fin de l’état de droit sur des zones entières. Toute proportion gardée, c’est ce qui s’est passé au nord du Mexique où les combats de l’armée mexicaine contre les trafiquants de drogue conduit à une quasi guerre civile, où journalistes et simples citoyens blogueurs ou twittos sont massacrés.

FINANCEMENT DES TALIBANS

 

Ce qui se passe au Mexique peut arriver au Sahel, au Cap vert, en Guinée Bissau. C’est peut-être déjà le cas dans les zones de chaos où gouvernent des chefs de guerre. Les Taliban afghans se financent en partie grâce à la culture du pavot.

Certes, les situations françaises et mexicaines ne sont pas comparables, ni le shit et la cocaïne ou l’héroïne, mais alors que le Portugal a réussi à s’en sortir et que l’Onu pointe l’échec des guerres à la drogue, nous devons chercher des solutions au-delà de la morale qui soit satisfaisante à la fois en terme de santé publique, de sécurité et de protection de la démocratie.

Quelles solutions ?

Dépénalisation, réglementation, légalisation… peu importent les termes : il faut oser le débat tant la situation actuelle n’est pas tenable. Il est possible de faire preuve d’imagination.

En 2006, Malek Boutih, qui aime bien sortir des rails, sortait un rapport sur une filière 100 % française du chanvre :

pour M. Boutih, le cannabis  » est la clé de voûte de la ghettoïsation et de l’insécurité dans les quartiers populaires ».

Plutôt que sa dépénalisation, il recommande donc une « régulation » par l’Etat et lance quelques idées audacieuses, inspirées du modèle néerlandais, pour « une nouvelle filière agricole ». Le responsable socialiste imagine ainsi des « coopératives chanvrières outdoor (plein champ) » cultivées par des agriculteurs « sur des surfaces sécurisées » et « restreintes à 2 hectares ». Ces coopératives « garantissent la production de masse du haschich et de l’herbe de consommation courante ». Des « chanvrières sous serres », limitées à « 1 hectare », permettraient de cultiver des « boutures de variétés de cannabis » et de « soutenir la concurrence qualitative avec les marchandises d’importation ». Enfin, toujours « indoor » (sous serre), des horticulteurs exploiteraient des surfaces de 500 m2, et les producteurs « indépendants », 50 m2. Pour les particuliers, « une surface de 2 m2 de floraison « indoor » et 10 pieds « outdoor » par foyer semble une limite raisonnable, précise le rapport. Les cannabiculteurs les plus passionnés devront se professionnaliser. »

LA PISTE DE LA REGULATION

 

Côté distribution, des « associations pourront ouvrir des clubs de consommateurs », de 18 heures à minuit en semaine, jusqu’à 2 heures le week-end, à condition de ne faire aucune publicité extérieure.

Plus récemment, un journaliste de Slate tente d’imaginer une filière française du cannabis. Hélas, l’auteur de l’article oublie de citer les multiples utilisations du chanvre autre que la fumette : cordage, tissage, papier, construction… Une filière française du chanvre serait même bonne pour la Made in France !

Retrouvez les contributions d’Adrien Saumier sur son blog : http://adriensaumier.fr/index.php?

Primaires de la droite: une journée particulière

Dans ce jeu de massacres, chaque électeur se sent désormais libre de son choix et refuse d’être un pion manipulé par un chef de parti et ses lieutenants ; les partis ne sont plus les faiseurs de roi et tout est possible. Les primaires sont une machine à détruire les appareils et à renforcer les phénomènes d’incarnation, de personnalisation, de présidentialisation, pour le meilleur et pour le pire.

Ce qui apparaît comme un succès démocratique est en réalité un retour masqué au vote censitaire. Quatre millions de voix, c’est à la fois énorme et peu représentatif des 43 millions d’électeurs. Ce sont les électeurs les plus politisés, les plus âgés, les plus aisés qui se déplacent pour éliminer d’abord et choisir ensuite leur champion, qui doit correspondre aux codes implicites de leur famille politique. Dans le cas des primaires de la droite et du centre, le choix de François Fillon représente cette catégorie d’électeurs de la droite profonde qui a instrumentalisé le vote pour se débarrasser du candidat du karcher, de la racaille, des gaulois et de la double ration de frites. L’ex-président de la République, qui misait tout sur la fracture identitaire, s’est trompé d’élection. En voulant récupérer le vote des électeurs du FN, il s’est à la fois coupé de l’électorat conservateur, que rebutait sa vulgarité naturelle, et de l’électorat du centre droit excédé par son hystérisation des clivages. Le réflexe anti Sarkozy a donc joué à plein, mobilisant à la fois une grande partie des électeurs de la droite et du centre, mais aussi de la gauche (600000 voix sur quatre millions), qui ne souhaitaient pas voir revenir au pouvoir un homme transformé en épouvantail politique.

Si cette éviction de Nicolas Sarkozy, Trump au petit pied, est une bonne nouvelle en soi, elle renforce en fait le clivage avec une partie des électeurs populaires de la droite qui risquent d’alimenter l’escarcelle de Marine Le Pen faute de représentant crédible.  D’autant plus que cette dernière peut apparaître comme la seule capable de protéger les employés, les ouvriers et les précaires, des coupes claires promises par le Thatcher de la Sarthe.

Un candidat de conviction(s)

La seconde bonne nouvelle, très paradoxalement, c’est que la droite s’est choisie un candidat de convictions, qui traduit l’expression de deux mouvements sociaux ayant marqué le quinquennat Hollande : celui, trop oublié, des «pigeons» et autres volatiles, représentant les petits patrons, les start-up, les révoltés contre l’impôt ; Cette contestation des entrepreneurs sur les réseaux sociaux, qui fut suivie par celle des Canaris, des Moineaux, des Autruches, des Abeilles, des Poussins, des « médecins ne sont pas des pigeons », des  Hiboux, des Dupés, des Pendus et des Pigeons du bâtiment… Enfin, le mouvement des Bonnets rouges, qui a poussé le gouvernement à renoncer à l’écotaxe, se place lui aussi dans cette lignée antifiscaliste. La pression exercée par ces mouvements d’en bas, spontanés mais très organisés par des privilégiés soutenus par le MEDEF et la CGPME, n’ont pas été sans conséquences sur l’adoption du cours nouveau adopté par le gouvernement Ayrault, notamment avec le CICE et le Pacte de responsabilité.

Le deuxième mouvement, ce fut, évidemment, celui de la « Manif pour Tous », vécu comme une sorte de Mai 68 à l’envers par toute une nouvelle génération de la droite, réactionnaire et traditionaliste, voire homophobe, sur la question de la famille. Le mouvement « Sens Commun », qui regroupe une partie significative des cadres issus de cette mobilisation de masse, avait décidé de soutenir François Fillon et a largement contribué à cet étonnant résultat de la primaire. D’une certaine façon, c’est une bonne chose : La classe politique est rappelée à l’ordre par la société.

Le succès de François Fillon peut ainsi se lire dans le refus, assumé par les électeurs, de respecter les scénarios imposés d’en haut. En ces temps de tsunamis politiques, on glose beaucoup sur les candidats « anti système » sans jamais dire ce qu’est ce système. A leur manière, les électeurs de droite et du centre l’ont explicité. Ce système politico-économico- médiatique, repose sur une oligarchie fière de l’entre-soi, de ses connivences et de sa pensée unique ; il est verrouillé et repose sur la reproduction du pareil aux mêmes. Tout candidat apparemment marginal, qui fait croire qu’il est possible de changer la donne, peut donc espérer être choisi par celles et ceux qui se sentent exclus par ce mécanisme. Lorsque, en plus, il représente une pensée structurée, exprimant les aspirations d’une partie de la société, celle-ci lui accorde temporairement sa confiance, indépendamment de la réalité de ce qu’il représente sur le champ politique. Plus le candidat en question apparaît comme maltraité par les médias, ignoré par les people, moqué par les humoristes, plus il plait à ceux qui se réfugient dans le silence, du fait même qu’ils ne se sentent plus représentés, dans les médias comme dans le champ politique.

Dans des situations de confusion extrême, qui ressemblent à maints égards aux années trente, tout peut arriver, le meilleur comme le pire. François Fillon n’est ni le meilleur ni le pire, il représente la quintessence d’une pensée de droite libéralo-conservatrice, recouverte pendant plus de quarante ans par une droite à la fois bonapartiste et radicale socialiste qu’incarnait son parrain, Jacques Chirac. Fillon, le fidèle de Séguin, a souvent été marginalisé par Juppé et Sarkozy, même si, comme « collaborateur» de ce dernier, il a coproduit et cogéré durant cinq ans la totalité des politiques publiques qui ont amené les Français à rejeter en bloc son bilan, en mai 2012. Fillon, c’est l’histoire du petit chose qui fait la nique aux puissants en s’imposant par son travail de fond et son obstination.

Mais, et c’est la troisième bonne nouvelle de cette élection, les électeurs de la droite et du centre ne veulent plus des gens qui ont eu ou auront à supporter des casseroles judicaires et éthiques. Si Juppé et Sarkozy ont été balayés, c’est que, par contraste, François Fillon apparaissait comme un candidat honnête, sans mise en examen, sans affaires, sans condamnation. Le temps est à la probité et à la morale en politique. Si nous n’introduisons pas des clauses d’inéligibilité dans le Code électoral, si nous laissons les Balkany et autres continuer à parader, si nous ne nettoyons pas les écuries d’Augias, là aussi le peuple prendra les devants, en remerciant ceux qui sont sortis des clous et en votant pour l’extrême droite.

Au total, la droite s’est payé une bonne fête hier soir.  Le 20 novembre  2016 fera date dans son histoire de la droite. A nous, à gauche, de lui rendre la pareille en faisant émerger un candidat de rupture, un Sanders à la française. Si Fillon est le candidat des volatiles et de la « Manif pour Tous », pourquoi ceux qui se sont mobilisés pareillement contre la déchéance de nationalité, l’état d’urgence, la Loi Travail, ne pourraient-ils pas faire entendre leur voix dans l’élection présidentielle ? Ceux de Nuit Debout, des cortèges syndicaux contre la précarité, des ZAD de Notre-Dame-des-landes, de Sivens et d’ailleurs, seraient-ils plus illégitimes que les serre-têtes de la « Manif pour Tous » ? Pour le moment, on ne peut pas nier cette aspiration d’une partie du peuple de gauche et de l’écologie à rompre les rangs, en rupture avec les partisans du statu quo…Mais il est vrai que c’est une toute autre histoire dont l’accouchement sera difficile après ce sinistre quinquennat, n’en déplaise aux 65 people qui l’ont trouvé formidable. Mais, ni Catherine Deneuve, ni Jennifer Lopez n’ont fait revenir les voix des électeurs populaires. Sinon Hillary Clinton serait à la Maison Blanche et François Hollande plébiscité pour être le prochain Président.

Cet article a été publié sur le blog de Nôel Mamère sur le site de MEDIAPART

Los Angeles 2035 : la voiture au point mort

La ville de Los Angeles, un des symboles du tout routier aux États-Unis, ses autoroutes à deux fois huit voies, son smog et son éternel traffic jam, réfléchit à un plan pour les vingt prochaines années, baptisé Mobility Plan 2035.

Le principe directeur de ce plan de mobilité est simple : la ville arrête de privilégier la voiture et (re)donne de la place aux piétons, aux vélos, aux bus ; bref, aux moyens de déplacement doux ou actifs et aux transports collectifs. Rien de complètement dingue non plus n’est prévu : création de voies de bus, de pistes cyclables, prise en compte des déplacements piétons dans un souci de dynamisme du commerce local et des activités de quartier.

Ce plan ne tombe pas du ciel

L’État de Californie a adopté en 2008 le principe du Complete Streets, qui demande aux collectivités locales d’agir pour un réseau de transports multimodal et équilibré, répondant aux besoins de tous les usagers des rues, des routes, des autoroutes, de manière à inclure les automobilistes, les piétons, les cyclistes, les enfants, les personnes à mobilité réduite (PMR), les personnes âgées, les livreurs et les usagers des transports publics, d’une manière adaptée aux contextes urbains, semi-urbains ou ruraux (traduction approximative).

La Ville de Los Angeles a décidé d’appliquer la notion de Complete Streets à sa sauce urbaine. C’est-à-dire en inversant la priorité entre les usagers de l’espace public : la voiture était au centre des réflexions, c’est désormais le piéton. Le plan a été voté au conseil municipal par 12 voix contre 2, une majorité politique confortable qui témoigne de l’évolution des mentalités californiennes sur le sujet.

Voici la traduction de l’introduction et des buts de ce plan qui devrait redessiner la mégapole pour le siècle. Vous y verrez beaucoup de points communs avec des questionnements parisiens et plus généralement européens, et des points exotiques tant la configuration des villes sont différentes entre les deux continents.

Initiatives stratégiques clés

J’ai sélectionné les plus parlantes. Entre parenthèses après certains points, une explication de ma part.

• Poser les fondations d’un réseau de Complete Streets et établir un nouveau standard de conception des rues qui permettront des déplacements sûrs et efficaces pour les piétons (surtout les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les enfants et les PMR), les cyclistes, les usagers des transports en commun, ainsi que les conducteurs de voitures ou de camions.
• Prendre en considération le lien fort entre utilisation des terrains et les besoins en transports. (En clair, arrêter le zonage et la mono culture urbaine avec des zones commerciales d’un côté et des zones résidentielles de l’autre, le tout relié uniquement en voitures, avec immenses parkings afférents.)
Promouvoir les connexions « premier kilomètre – dernier kilomètre ». (Un enjeu qui concerne la façon de relier les transports de grande capacité aux réseaux locaux, pour éviter de prendre sa voiture parce qu’un métro est trop loin ou inaccessible.)
Augmenter l’utilisation des nouvelles technologies (applications, information en temps réel) et l’orientation pour augmenter la connaissance et l’accès aux options de parking et de multimodalité des déplacements (autopartage, vélos en libre-service, covoiturage, bus et métro, RER, marche, vélo et voiture individuelle).
Augmenter le rôle des rues comme un espace public. (L’espace dévolu aux voitures a provoqué la fuite des piétons et donc des espaces en communs dans la ville, où plus personne ne stationne ni ne se rencontre. Rendre de l’espace aux piétons, c’est rendre de l’espace aux loisirs dans la rue, aux rencontres ; c’est renforcer la convivialité.)

Six objectifs

Le plan est ensuite traduit en six objectifs, chacun décliné avec une stratégie propre. Si ce plan ne faisait pas l’objet d’un document très détaillé de 180 pages, tout cela pourrait passer pour des vœux pieux, mais ce n’est pas le cas, même si le vocabulaire n’échappe pas à une certaine langue de bois :

1. « La sécurité avant tout
2. Des infrastructures de classe mondiale
3. Un accès garanti à tous les Angelenos
4. Les choix sont concertés, communiqués et diffusés
5. Un environnement propre
6. Des investissements intelligents »

Un plan timide mais un engagement du maire

Toutefois, la déclinaison locale de Streetblogs pour LA (un réseau de blogs sur les transports urbains aux États-Unis) n’est pas enthousiaste et regrette l’utilisation du conditionnel et de mots faibles, qui n’engageront jamais juridiquement la collectivité à appliquer ce qui figure dans le plan. Surtout que les auteurs comparent avec le vocabulaire d’un plan pour les autoroutes sorti en 1999, avec uniquement de l’indicatif et des directives beaucoup plus précises.

Un article plus récent met l’accent sur l’engagement malgré tout réel du maire de Los Angeles, Eric Garcetti, et sur l’intérêt national qui est porté à ce plan.

« Le vieux modèle du tout automobile, avec le zonage de quartiers dédiés à une tâche unique, s’étiole actuellement, que nous le voulions ou non, a dit M. Garcetti. Nous devons tendre vers des quartiers plus autosuffisants. Les gens veulent pouvoir marcher, pédaler ou prendre un bus pour aller voir un film. […]
Le paysage urbain change déjà. M. Garcetti s’est rendu récemment à East Los Angeles pour y signer une directive fixant l’objectif zéro mort de la route d’ici à 10 ans. Des feux tricolores ont été ajoutés dans les rues derrière lui, des courbes améliorées, et une plus grande sévérité sur les vitesses limites a été promise pour toute la ville. »

Los Angeles part de loin, 80 % des déplacements domicile-travail se font encore en voiture. Mais des progrès sont observés, comme l’augmentation de 56 % de travailleurs à vélo entre 2000 et 2010 ou encore la planification ou la réalisation actuelle de cinq nouvelles lignes de métro. Bien évidemment, la version locale de 40 millions d’automobilistes, pompeusement appelée Fix the City, veut attaquer le plan devant les tribunaux. Espérons que ces adeptes du vroum-vroum n’obtiendront pas gain de cause, malgré des victoires obtenues dans le passé contre des petits projets « anti-voitures ».

Un article de Streetsblog moque cette association. Fix the City se plaint en effet des « voleurs de voies » que seraient les cyclistes et les bus, des oisifs qui empêcheraient les « vrais » travailleurs d’accomplir leur devoir. La même antienne est connue en France où chaque projet de limitation de l’espace automobile est conspuée par le lobby automobile et ses relais, au nom des « travailleurs », comme si les usagers des transports en commun partaient en vacances tous les matins.

Streetsblog rappelle d’ailleurs fort justement que les personnes qui se déplacent le moins, et sont donc les plus susceptibles de profiter des futurs aménagements piétons, cyclistes ou bus, sont les résidents les moins fortunés. Ces mêmes résidents sont aussi les plus victimes des commuters qui ne font que passer à grande vitesse, polluent et même tuent. Certains carrefours sont le théâtre d’un accident mortel par mois.

On le voit, l’enjeu dépasse la simple considération de lutte contre la pollution pour redessiner la ville tentaculaire de Los Angeles. Reste à savoir si cela se fera au détriment des populations les plus pauvres et les plus fragiles, c’est-à-dire si le social sera pris en compte pour éviter une gentrification violente comme c’est le cas à San Francisco par exemple.

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Le discours « régalien » d’entrée en campagne de François de Rugy

Chers amis,

L’engagement politique est toujours un engagement collectif.

C’est pour cela qu’il est particulièrement important pour moi, pour cette déclaration de candidature d’être entouré de mes soutiens, toutes et tous unis par la même volonté de placer l’écologie au cœur du futur projet présidentiel.

Je suis candidat à la primaire de la gauche parce que je veux défendre le progrès alors que la France pourrait céder à la tentation de la régression.

Je suis candidat parce que je crois qu’aujourd’hui, plus que jamais, le progrès c’est l’écologie.

Je suis candidat parce qu’aucun candidat déclaré ou potentiel n’a pu s’imposer comme un rassembleur de la gauche et des écologistes.

Je suis candidat parce que j’ai toujours pensé que la primaire était la meilleure façon de préparer l’élection présidentielle.

Je suis candidat parce que je crois à une primaire qui remplirait trois objectifs.

Le processus de la primaire, ouvert et participatif, impliquant près de trois millions de Français, se reconnaissant dans les valeurs de gauche, ce processus de la primaire doit permettre,

Premièrement, d’établir un diagnostic partagé sur le bilan du mandat écoulé,

Deuxièmement, de dégager une vision pour l’avenir de la France

Et troisièmement, de désigner un candidat qui aura précisé sa méthode de gouvernement.

Avant de parler du bilan du mandat de François Hollande et de ma vision du futur projet présidentiel, je veux vous dire quelques mots sur la situation de la France, de l’Europe et du monde.

Le monde va de crise en crise. Crise économique et financière en 2008, crise climatique, crise migratoire, vague de terrorisme créant une sorte de guerre civile mondiale… Face à ces crises, les institutions internationales semblent impuissantes. L’Union européenne semble trop souvent paralysée.

Face à ce monde qui fait peur, la tentation du repli existe.

De Donald Trump aux Etats-Unis jusqu’à Boris Johnson en Grande-Bretagne, des mouvements nationalistes et populistes jusqu’aux fondamentalistes islamistes, cette tentation de la régression existe partout en Europe et dans le monde.

La France n’échappe malheureusement pas à cette tentation. La forte progression du Front National est là pour nous le rappeler, élection après élection. La campagne menée par Nicolas Sarkozy pour la primaire de la droite en est une autre manifestation. La collusion d’une partie de la droite et de l’extrême-droite dans une même campagne contre l’accueil des migrants en France en est une autre expression, tristement concrète.

Si la gauche n’a pas un projet clair, la tentation de la régression emportera tout le débat politique.

Si la gauche ne défend pas une société libre, ouverte et tolérante, si la gauche ne défend pas la laïcité, la tentation de la régression peut installer des politiques de fermeture et de discrimination. Je suis candidat pour mener un combat pour les valeurs républicaines, un combat pour l’égalité femmes-hommes, un combat pour la laïcité.

Ce combat pour les valeurs, il est intellectuel, il est éducatif, il est politique.

Si la gauche ne défend pas la solidarité, la tentation de la régression égoïste et inégalitaire emportera la protection sociale. Je suis candidat pour défendre la solidarité, parce que je suis convaincu qu’il n’y a pas de société unie sans solidarité. Pour mener la transition écologique, je ne m’en remets pas au chacun pour soir. Je défendrai le choix de la solidarité.

Si la gauche ne défend pas la construction européenne, la tentation de la régression peut enclencher la déconstruction de l’Union européenne. Je suis candidat parce que je crois qu’un des enjeux de cette élection présidentielle est de dire si oui ou non, la France veut continuer de participer activement à la construction européenne.

Quand j’entends un des candidats à la primaire de la gauche dire que s’il est élu, il ira renégocier tous les Traités en menaçant par ailleurs de les dénoncer, y compris en envisageant la sortie de l’euro, je me dis qu’il faut une voix claire pour dire qu’il n y aura aucune politique de progrès pour la France en se repliant ou s’en isolant.

La primaire sera un temps d’explications et de confrontation sur le bilan du mandat de Francois Hollande. La primaire ouvre le débat sur ce qui a été fait ou n’a pas été fait, sur ce qui a réussi ou ce qui a échoué.

Le bilan, c’est maintenant !

Sur le bilan, je ne tomberai ni dans le dénigrement systématique ni dans le béni oui-oui.

Ne comptez pas sur moi pour proclamer que le bilan est indéfendable. Depuis 2012, de nombreuses avancées ont en effet été votées.

Il serait dramatique qu’une partie de la gauche attende l’arrivée de la droite au pouvoir pour se rendre compte qu’il y a eu ces avancées. Faudra-til attendre que la droite se mette à abroger ces avancées pour les défendre ?

Mais, ne comptez pas non plus sur moi pour répéter « ça va mieux ». Le dire ne suffit pas à ce que les Français le sentent dans leur vie quotidienne.

Le temps est venu de tirer ensemble, dans cette primaire, un bilan sans concessions du mandat écoulé.

C’est la condition indispensable pour que la gauche puisse renouer avec les Français.

Sur le bilan, comme sur le projet, je tiendrai un langage de vérité. Je ferai œuvre de parler vrai.

Je dirai les avancées ou les acquis : le redressement des comptes de la Sécu sans mesures d’austérité, le rétablissement de la possibilité de partir à la retraite à 60 pour les carrières longues, le compte pénibilité, le compte personnel d’activité, le droit à la formation tout au long de la vie, les droits rechargeables pour les demandeurs d’emploi, la complémentaire santé pour tous les salariés, et beaucoup d’autres mesures de solidarité.

Avec Emma Cosse aujourd’hui et d’autres ministres du logement auparavant, nous avons voté des avancées concrètes pour les locataires et donné de nouveaux moyens pour le logement social.

En matière d’écologie, je défendrai, face à la droite mais aussi face à certains candidats à la primaire de gauche, la loi de transition énergétique, la loi sur la biodiversité définitivement adoptée grâce à l’action déterminée de Barbara Pompili.

Je n’oublie pas la création de la contribution climat – énergie abandonnée par Sarkozy et Fillon. La négociation, la signature et la ratification de l’accord de Paris sur le climat est évidemment une grande avancée qui a fait de la France une grande puissance environnementale sur la scène internationale.

Le remettre en cause comme le proposent Nicolas Sarkozy ou Marine Le Pen serait non seulement une terrible régression mais ce serait aussi faire perdre à la France ce rôle de leader international.

Sur l’écologie, il y a eu des avancées mais il y a eu aussi des choix reportés – comment comprendre que la centrale de Fessenheim ne soit toujours pas fermée alors que c’est un engagement de François Hollande candidat, toujours réaffirmé par François Hollande président ?

Au-delà de l’application de la loi de transition énergétique, Il faut dès maintenant nous donner les moyens d’atteindre une production électrique 100% renouvelable d’ici 2050.

Pour lutter efficacement contre l’effet de serre, il faut engager une profonde transformation du secteur des transports : je propose l’objectif de zéro émission sur les routes de France d’ici 2040.

Pour atteindre cet objectif ambitieux, la première étape sera que d’ici 2025, toutes les voitures neuves vendues en France soient électriques ou hybrides.

20 ans après la loi Lepage, je propose de faire adopter une loi de reconquête de la qualité de l’air.

Sur l’avenir du secteur de l’énergie, il faut dire la vérité aux Français. EDF, plombée par sa fuite en avant dans le nucléaire, le fiasco de l’EPR de Flamanville, EDF est en très grand danger. Ce problème n’a pas été traité pendant ce quinquennat, les deux ministres de l’économie qui se sont succédés depuis 2012 ont d’ailleurs préféré appuyer EDF dans sa politique de l’autruche que de conduire sa reconversion.

Là aussi, la méthode est importante.

Fixons clairement le cap avant les élections. Il faut réformer en profondeur EDF. N’attendons pas d’être acculés pour travailler avec les salariés et les acteurs locaux à la reconversion des sites et des personnels.

Sur le bilan, je dis sans détour que, pour les Français, au premier rang desquels les électeurs de gauche, beaucoup trop de choses n’ont pas été faites, ont été faites à moitié ou ont été reportées à plus tard. Cela a suscité des incompréhensions, des insatisfactions et disons-le de nombreux mécontentements.

Soyons lucides, la première cause de mécontentements ce sont bien sûr les hausses d’impôts. Là aussi, tenons un discours de vérité : on ne peut financer la protection sociale, les services publics, l’éducation nationale ou les nouvelles dépenses de sécurité sans moyens.

Sommes-nous pour autant condamnés à des hausses continues d’impôts ? Non ! D’abord parce que la maîtrise des dépenses est possible. Elle est nécessaire. La sobriété écologique c’est aussi la sobriété fiscale.

La réforme fiscale était une des promesses phare de François Hollande. Elle n’a pas été tenue. Je propose de lancer le chantier de la réforme de la fiscalité sur le revenu, par la fusion de l’impôt sur le revenu avec la CSG. Il faut s’y atteler des le début d’un mandat de même que la réforme de la fiscalité locale et de la fiscalité écologique.

Ainsi la politique économique menée depuis 2012 n’avait pas été annoncée avant les élections et n’a pas été expliquée quand elle a été mise en œuvre. Faut-il revenir dessus pour autant totalement sans en tirer le bilan ? Redonner des marges aux entreprises était devenu nécessaire.

Mais, plus que le redressement économique, c’est surtout la mutation de nos systèmes de production et de consommation qui n’est pas terminée. Je le dis clairement : ce n’est pas en s’accrochant à des activités du passé ou en figeant des organisations du passé que nous créerons des activités et des emplois pour l’avenir.

La meilleure façon de se projeter dans l’économie de demain, c’est de développer l’économie verte.

Investir dans les énergies renouvelables crée 5 fois plus d’emploi que d’investir dans le nucléaire.

Les chantiers de rénovation des logements créent aussi beaucoup plus d’emplois que les quelques grands projets d’infrastructures sur lesquels trop d’élus se focalisent.

Généraliser une alimentation 100% biologique dans les cantines scolaires en 5 ans, c’est non seulement rendre le bio accessible à tous. C’est aussi développer l’activité dans une filière en plein essor en France, beaucoup plus riche en emplois que le système agro-industriel.

Évidemment, le développement des transports en commun, de l’économie circulaire ou la lutte contre l’obsolescence programmée, ce sont des emplois ancrés et répartis sur tous les territoires de France.

Taxer les émissions de gaz à effet de serre et les pollutions plutôt que les salaires, fera baisser le coût du travail et améliorera le bilan écologique global des activités humaines.

De la même façon, le numérique offre des opportunités de décentralisation et de relocalisations des activités qu’il faut s’approprier et accompagner plutôt que les craindre et les freiner.

Après des années de louvoiements et de non-dits en matière économique, je défendrai des choix et des propositions claires.

Au chapitre des réformes inachevées, il y a bien sur la loi sur la fin de vie qui s’est limitée à une stricte sédation terminale sans offrir aux Français la liberté pleine et entière de choisir sa fin de vie. Je m’engage à faire adopter rapidement une loi sur ce sujet et à la proposer au référendum, si certains lobbys médicaux ou cléricaux continuent à s’y opposer avec leurs relais au Parlement.

Et chacun jugera de la clarté et de la sincérité des différents candidats à la primaire de la gauche. Pour ma part, ma position n’est pas nouvelle et mon engagement est indiscutable puisque je suis cosignataire et que j’ai voté la proposition de loi de Véronique Massonneau.

Enfin, au sujet du bilan, il y a eu les rendez-vous manqués. Si je ne devais en retenir qu’un, ce serait l’absence de réforme de la décentralisation et le recul devant les différentes couches de conservatisme du mille-feuille politico-administratif.

Ceux qui me connaissent savent que je suis écologiste et régionaliste. Je crois à l’utilité de rapprocher le lieu de décision du citoyen. Je crois à la décentralisation car je crois à la réforme par en bas, à la réforme par l’expérimentation locale.

Je crois à la France des régions. Pas aux mégas régions conçues de façon technocratique et qui éloignent les habitants des centres de décision. Ce redécoupage a accentué le sentiment de relégation que beaucoup de Français qui ne vivent pas dans les métropoles, peuvent légitimement ressentir.

J’ai combattu cette absurde carte des 13 régions, d’autant plus absurde que la seule région, ma région, la Bretagne, qui portait une revendication de redécoupage depuis des décennies a, elle, été maintenue dans le statu quo.

Comme François Mitterrand avait su le faire en 1981 avec Pierre Mauroy, je proposerai une nouvel élan de régionalisation, impliquant des transferts de compétences et de moyens de l’Etat vers les régions. Je proposerai aussi d’accélérer le mouvement qui s’est amorcé de fusions de communes.

Une élection présidentielle est le moment de dire aux Français où l’on va, où on veut aller. Pour cela, il est bien de dire d’où l’on vient. Cela est d’autant plus nécessaire que je connais les préjugés que suscite mon nom. Il faudrait bannir tous les préjugés sur tous les patronymes mais il faut bien reconnaître qu’ils ont la vie dure.

Depuis que j’ai été élu adjoint au maire de Nantes en 2001 puis député en 2007, j’ai souvent pensé à mon grand-père maternel, instituteur de la 3e République, fils de mineur de charbon en Lorraine et fidèle électeur socialiste. J’ai souvent pensé à ma grand-mère maternelle, fille d’une famille de paysans, paysans qui n’aimaient pas les « rouges » comme on disait à l’époque pour les gens de gauche.

J’ai souvent pensé à ma grand-mère paternelle qui a du élever seule ses trois enfants parce que mon grand-père paternel, militaire de carrière, est mort en service à moins de 40 ans.

Je n’ai jamais oublié tout ce que mes parents, tous deux enseignants, ont pu m’apporter en me soutenant pour faire des études ou en m’éveillant à l’écologie. Si je vous dis ces quelques mots plus personnels c’est parce que l’histoire de notre pays vient toujours s’imbriquer dans l’histoire personnelle de chacune et chacun d’entre nous.

Issu de la classe moyenne, je suis comme ces millions de Français qui ont pu profiter d’un progrès social individuel, familial et collectif notamment grâce à l’école publique, gratuite, laïque et obligatoire. Grâce aussi à un enseignement supérieur accessible, où il n’y a pas de sélection par l’argent.

Or cette perspective de progrès social, elle n’est plus aujourd’hui partagée par de nombreux Français qui n’y croient plus, qui vivent ce que les statistiques confirment.

La France se retrouve à nouveau dans une situation où chacun peut avoir le sentiment qu’il sera assigné toute sa vie à ses origines, à son milieu social de naissance.

Pire, le système éducatif français reproduit les inégalités de naissance quand il ne les aggrave pas. N’oublions pas que les enfants d’ouvriers représentent aujourd’hui à peine plus de 10% des effectifs de l’enseignement supérieur alors qu’ils représentent 29% de leur génération.

C’est pourquoi je place au premier rang des priorités politiques, la réussite scolaire et éducative, la formation initiale et la formation continue tout au long de la vie. C’est l’avenir de chacune et chacun d’entre nous qui est en jeu. C’est aussi l’avenir de la France qui est en jeu. C’est enfin la cohérence sociale de notre pays qui est en jeu.

Il faudra continuer à consacrer des moyens importants à l’éducation et à la formation et les défendre face aux offensives de la droite,particulièrement conservatrice et réactionnaire quand on parle de l’école. Mais l’expérience de ce quinquennat le confirme une fois de plus : l’augmentation des moyens ne suffit pas. L’augmentation des postes ne fait pas une politique de l’éducation en soi.

C’est aussi l’organisation de l’éducation nationale, les méthodes de travail et les aides à l’orientation qui doivent être réformées pour faire reculer ces inégalités. Là aussi, le rôle du politique n’est pas de décréter une réforme d’en haut ou de dicter leur conduite aux enseignants depuis le ministère de l’Education nationale mais de créer un environnement qui favorise et récompense l’innovation et l’expérimentation, à l’échelle de chaque établissement, au service de la réussite de tous les élèves.

Pour cela, il faut savoir défendre les enseignants et plus généralement les fonctionnaires. Il est temps de défendre les fonctionnaires face aux attaques politiques de la droite. Chacun peut voir que les candidats à la primaire de la droite se sont lancés dans une surenchère anti-fonctionnaires. Il faut y répondre avec force.

Il est temps aussi de défendre les fonctionnaires individuellement, et même judiciairement face aux attaques violentes dont ils sont la cible dans l’exercice de leur mission. Mon sentiment est que la gauche ne défend pas assez les fonctionnaires. Ils sont pourtant en première ligne face à la montée des violences.

Fonctionnaires de police, médecins et infirmiers de l’hôpital public, enseignants et personnels de direction des collèges et lycées, agents de la Poste, agents de la SNCF, agents des sociétés de transports urbains… toutes et tous sont la cible d’actes de violence insupportables.

En tant que candidat à l’élection présidentielle, je m’engage personnellement à ce que l’Etat mène une politique acharnée pour assurer la sécurité de ses agents par des mesures de précaution, de prévention, de protection mais aussi par des poursuites judiciaires systématiques.

Candidat écologiste à la primaire, je tiendrai comme je l’ai toujours fait, un discours clair et ferme en matière de sécurité. Je refuse tout à la fois les gesticulations et les surenchères de la droite et de l’extrême-droite mais aussi le déni de réalité, qui peut caractériser une certaine gauche.

Les propositions de la droite feraient reculer la République sans faire avancer la sécurité. Mais, le déni de réalité est aussi un manque de respect pour ce que vivent nos compatriotes qui peuvent alors être tentés de se tourner vers les discours simplistes. Cela alimente la tentation de la régression.

La préoccupation des Français en matière de sécurité est forte. Elle est légitime. Il n’y a pas de vivre ensemble ou de qualité de vie sans sécurité et tranquillité publique. Mes propositions en matière de sécurité reposeront sur quatre piliers : précaution, prévention, protection et pénalisation.

Tout le monde comprend bien qu’il faut prendre toutes les mesures de précaution face aux risques et aux menaces, notamment terroristes.

Des actions de prévention sont aussi indispensables’ en matière de lutte contre l’insécurité. Ce sont même sans doute les plus efficaces sur le long terme. Elles sont indissociables des politiques d’éducation et de solidarité.

Les mesures de protection des Français doivent être incontestables. Les Français veulent que l’Etat les protège et c’est en effet la fonction première de l’Etat. Cela doit nous conduire à mieux organiser nos outils de protection et de défense, la police, la gendarmerie, l’armée. Il faut les adapter aux nouvelles menaces. Il faudra mieux articuler ce que l’on peut appeler la co-production de sécurité entre tous ceux qui contribuent à la sécurité. Il faudra re-créer une police de proximité avec une objectif de partage des tâches clair entre gendarmerie, police nationale et polices municipales.

Enfin, il faudra lutter contre l’impunité et le sentiment d’impunité. Cela mine la vie en société. Tout acte de délinquance ou de violence doit faire l’objet d’une réponse pénale sans quoi l’idée que l’impunité règne s’installera et cela créera un sentiment d’injustice inacceptable.

Dans le débat politique sur la sécurité, je plaide pour une méthode nouvelle. La sécurité est un sujet lourd. La menace terroriste ne va pas disparaître demain. La montée des violences ne sera pas non plus stoppée comme par miracle. Il faut donc se donner les moyens de rompre avec les postures politiciennes afin de rechercher le meilleur compromis pragmatique entre l’efficacité et le respect des droits et libertés individuelles.

Je propose de créer un haut conseil de sécurité nationale qui regrouperait des experts pluralistes, nommés pour la durée du mandat, chaque groupe parlementaire de l’Assemblée et du Sénat désignant un expert des questions de sécurité. Ces experts seraient chargés de donner un avis sur tout projet ou proposition de loi touchant à la sécurité et de formuler des propositions.

Etre clair et inattaquable sur la sécurité permet à la gauche de parler du reste, permet de défendre nos autres propositions, notre modèle de société libre, ouverte et tolérante.

En France, comme ailleurs, le sentiment de défiance monte. Défiance des citoyens vis-à-vis des politiques. Défiance envers toutes les formes de représentation traditionnelles, institutionnelles et syndicales. Défiance du peuple envers les élites. Défiance envers les médias. Plus grave encore est la défiance des citoyens contre d’autres citoyens.

La montée de ce sentiment de défiance peut être un puissant facteur de régression. Notre projet est de passer d’une société de défiance à une société de confiance et de bienveillance. Cette France de la confiance et de la bienveillance, elle existe. Elle existe grâce aux nombreuses initiatives collectives, grâce aux associations, grâce au fonctionnement de certaines entreprises, grâce aux coopératives ou aux mutuelles.

On le voit avec l’accueil des migrants pour lequel les associations jouent un rôle irremplaçable.

Ce tissu associatif, qui peut être aussi bien à but social qu’économique, sportif que culturel, c’est une formidable richesse pour notre pays. C’est une force, qui vient de loin, qui résiste au temps et se renouvelle. Aujourd’hui, plus que jamais, il faut s’appuyer sur cette richesse, la conforter, la développer, la renouveler.

Ma conviction est que les politiques doivent savoir s’appuyer sur les associations, contractualiser avec elles, à la fois pour que s’épanouissent de nombreuses initiatives, mais aussi pour gérer de nombreux services.

La France des associations, des mutuelles et des coopératives a un grand avenir devant elle. Elles permettent de faire avec les citoyens plutôt que de faire à leur place. L’engagement bénévole doit être valorisé et récompensé. C’est le sens de notre proposition de service civique universel pour les jeunes. Je propose aussi que l’on puisse transformer de la réduction du temps de travail en temps d’engagement associatif valorisé ou de faciliter les années sabbatiques passées dans une association.

Depuis des années revient régulièrement le débat sur l’identité nationale. Je sais que souvent à gauche ce débat a été craint ou éludé. Ce questionnement des Français sur leur identité et la place de la France dans le monde est pourtant bien réel. Si, face à cette préoccupation, la gauche ne propose pas au pays une vision, une réponse, alors, seule la voix de la crispation identitaire et du repli nationaliste ou religieux sera entendue.

On a pour habitude de dire que la France est une idée. Ce sont évidemment des valeurs, celles de la République, liberté, égalité, fraternité, laïcité. Ces valeurs sont un projet à elles toutes seules. Être français suppose de partager ces valeurs que nous avons reçues en héritage de notre histoire.

Etre français, c’est aussi, rappelons-le, avoir en partage un territoire. Ce sont des paysages, ce sont des espaces, que nous avons reçus en héritage de la nature. La nature n’a pas fixé de frontières et la préservation de ce patrimoine ne peut pas se concevoir, ne peut pas se faire, replié derrière des frontières.

Tout Français, toute personne qui vit en France, en métropole comme en Outre-Mer, a ce territoire si varié et si riche en commun. C’est notre premier creuset pour vivre ensemble que de partager ce territoire qui n’appartient à personne et appartient à tout le monde. C’est même ce qui fonde le droit du sol alors que certains veulent de nouveau nous enfermer dans le droit du sang.

Pour finir, je veux délivrer un message de mobilisation.

La gauche va devoir choisir. Si elle veut gouverner pendant un nouveau mandat, la gauche va devoir choisir. Choisir un nouveau projet. Choisir un candidat de rassemblement.

La gauche c’est vous, femmes et hommes attachés à ses valeurs, à l’idée de progrès.

C’est à vous de vous emparer de cette primaire en interpelant les candidats, en les bousculant même.

Par votre engagement, vous pourrez changer un système politique sclérosé.

Mes chers compatriotes, joignez-vous à moi pour que cette primaire soit un moment de démocratie libre et non faussée.

Unissons nos forces pour mettre l’écologie au cœur du projet présidentiel !

Vive l’écologie ! Vive la République ! Vive la France !