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Pour le pouvoir d’usage

La raréfaction des matières premières, la montée inéluctable des dépenses énergétiques et les enjeux sociaux écologiques nous exhortent à innover pour nous engager dans la voie du développement soutenable. Le service, l’usage, l’humain sont les mots clefs de l’économie de demain : l’économie de fonctionnalité.

Encouragée dans les conclusions du Grenelle de l’environnement, l’«économie de fonctionnalité», (aussi baptisée «de l’usage»), consiste à vendre l’usage d’un bien plutôt que le bien lui-même
([ «Les Clés du renouveau grâce à la crise !» d’Eric Fromant, préface de Christian Blanc, EMS Editions 2012.)]. Ce modèle a fait ses preuves. Michelin, Elis, Xerox, Cofely, Peugeot, Rolls-Royce, l’ont expérimenté avec succès. Michelin ne vend pas ses pneus, mais propose un service d’usage et de maintenance chez ses clients au kilomètre, puis les récupère en fin de vie. En utilisant un vélo en libre-service en ville, par exemple, vous l’avez pratiquée sans le savoir.

Le principe est simple, les avantages majeurs. Pour l’entreprise, c’est un gage de visibilité et de constance, mais aussi un gain estimé entre 30 % et 50 % sur le poste énergie et matières premières. Elle n’est plus obnubilée par l’idée de produire plus : puisqu’elle ne vend pas le bien, mais l’usage de celui-ci, elle a intérêt à proposer un produit qui dure, de qualité. En mutualisant et en récupérant les produits en fin de vie, elle économise des coûts en les recyclant. Cette conversion de l’économie passe aussi par la fiscalité écologique. Nous devons taxer l’utilisation des ressources naturelles ou la pollution, et détaxer en partie le travail, renouvelable à l’infini.

UNE ECONOMIE PLUS ECONOME

L’économie de fonctionnalité apporte ainsi la solution à la quadrature du cercle de la qualité, de l’emploi et de la compétitivité. Pour le consommateur, c’est une baisse des prix et une offre mieux adaptée aux besoins réels, un gage de fiabilité et de simplicité. Dans un monde où la durée de vie des produits est de plus en plus réduite, être propriétaire d’un bien ne signifie plus pouvoir en profiter longtemps. L’économie de fonctionnalité est une des solutions à cette obsolescence artificielle, qui lamine le pouvoir d’achat et génère toujours plus de déchets. Les réserves exprimées d’attachement à la notion de propriété n’ont pas été vérifiées par l’expérience. Au contraire, l’accès à l’usage est bien plus garanti par le «contrat de résultat», pierre angulaire de l’économie de fonctionnalité. Le conseil, la maintenance, la réparation et l’expertise deviennent les moteurs de cette nouvelle activité de «service», où l’utilisation d’un bien et le service après-vente forment un tout indissociable.

L’économie de l’usage, c’est au final : un modèle économique viable, socialement intéressant et écologiquement soutenable. Osons ! L’économie de fonctionnalité crée ce cycle vertueux. Ce modèle démontre que «développement» n’est pas synonyme de surconsommation, surproduction, ou pollution? mais de progrès. Opérons le vrai changement : passons de l’économie du passé à une économie novatrice, premier pas vers une conversion écologique de notre économie.

Financement des Think tanks : ce que voulait Olivier Ferrand

Olivier Ferrand était un vrai social-démocrate. Réticent par rapport au jeu des appareils et suffisamment lucide pour ne pas s’en affranchir totalement. « Produire dans son coin des idées ne sert à rien », nous disait il. Dans cet entretien, Olivier Ferrand avait confié à Novo Ideo la clé, selon lui, de l’indépendance réelle des think tanks et donc, de leur ouverture à la société civile. Une volonté d’influence pleine de promesse.

Entretien : Jean-Marc Pasquet. Montage : Benjamin Bibas.

Photos : Audrey Cerdan (Rue89) / PHOTOPQR/LA PROVENCE SPEICH Frédéric.