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L’équilibre précaire des aéroports régionaux

DES AÉROPORTS SOUS PERFUSION

Les douze grands aéroports régionaux sont pour la plupart tout juste en équilibre financier alors que le nombre de passagers accueillis devrait leur permettre de dégager des profits. (?) les investissements (hors sécurité-sûreté) des grands aéroports régionaux donnent lieu dans tous les cas (à l’exception de Nice et de Bordeaux) à des subventions des collectivités territoriales. (?) Dans la quasi-totalité des cas, ces plates-formes au faible trafic ne dégagent pas un autofinancement positif en l’absence de subventions d’exploitation. La capacité d’endettement est très faible et les investissements sont très fréquemment financés prioritairement pas les subventions des collectivités territoriales.

Ces subventions dépassent dans plusieurs cas un montant de cent euros par passager et atteignent parfois des montants très élevés. Sauf en cas de profil de trafic atypique, ce constat conduit à s’interroger sur le maintien en activité de certaines plates-formes. (?)

UN DEVELOPPEMENT NON COORDONNE

La carte des aéroports français est le produit de l’histoire et d’initiatives dispersées plus que d’une politique affirmée. Il n’y a pas de « réseau » au sens d’organisation structurée répartissant la demande de transport aérien, celle-ci ne correspondant pas à l’organisation du transport aérien ni à la gestion de ses flux.

La décentralisation fait désormais reposer la responsabilité principale de la
rationalisation des infrastructures sur les collectivités territoriales. Leurs interventions multiformes ne procèdent pas pour l’heure d’une démarche coordonnée. Au surplus, le risque de requalification en « aides d’Etat » de certaines subventions doit inciter à plus de rigueur. Plus globalement, la définition d’une stratégie de gestion de la part des collectivités territoriales, nouvelles propriétaires de ces plates-formes, est désormais nécessaire.

Notre-Dame des Landes

Concernant l’aeroport de Nantes, la Cour soulignait que « les délais de prise en compte des dossiers d’insonorisation se sont allongés. » C’était en Juillet 2008.

Marseille : du pain (sec) et des jeux

La presse s’est régulièrement fait l’écho de la gestion clientéliste du personnel et encore récemment à l’occasion des primaires socialistes, elle avait encore défrayé la chronique. Côté écolo, le constat d’une ville « sous administrée » et la nécessité de transparence accrue sont avancés dans le programme.

Que constate la Chambre dans les faits ?

Avec une dette de près de 1,8 milliards d’euros, la ville a d’abord fait le choix d’un personnel en nombre dont 1750 vacataires qui pourraient prétendre selon elle au statut d’agents non titulaires de droit public. Une cinquantaine d’agents ont également dépassé l’âge légal de la retraite à 65 ans et les 11 335 équivalent temps plein (ETP) travaillent 40 heures en dessous du plancher légal. L’équivalent de 280 ETP. Une paille.

Dans un contexte d’indicateurs sanitaires et sociaux désastreux, la ville n’a pourtant rien trouvé de mieux à l’horizon de l’Euro 2016 que d’investir dans un stade vélodrome sur capacitaire. Cédant aux pressions de l’UEFA, le nouvel équipement comprendre plus de 17 000 places supplémentaires par rapport à la fréquentation moyenne (50 000), justifiant la création d’une place « grand public » pour chaque place « personnalités » créée.

Acculée au recours à un Partenariat Public Privé, la ville s’engage, faute de capacités propres, à financer malgré tout 50% du projet qui s’élèvera à près de un milliard sur la durée du contrat. Selon la Chambre, la rémunération des fonds propres serait de l’ordre de 13%, soit un surcoût de 93 millions d’euros par rapport à un contrat de concession classique. Pire, les conditions de mise à disposition du stade à l’Olympique de Marseille font apparaître au bas mot à une participation des contribuables locaux à 8 millions d’euros par an.

La Note Verte #1 Réformer la Politique De la Ville (PDV)

Téléchargez la « note verte » numéro 1 de Novo Ideo consacrée aux pistes d’une réforme de la Politique de la Ville (PDV).

Recentrage ou territorialisation des politiques publiques ? Quand l’objectif démocratique rejoint celui de l’efficacité.

 

L’économie collaborative ne connait pas la crise

L’ECONOMIE COLLABORATIVE EN RESONANCE AVEC LES TERRITOIRES

Depuis plusieurs années, la crise s’installe, tant sur le plan économique que social ou environnemental. Face à elle, les appels au « retour de la croissance » se multiplient. Telle Godot, elle se fait attendre. La France, qui a suffisamment critiqué la stratégie non coopérative de l’Allemagne (gains de compétitivité au détriment de ses voisins), tend désormais à s’en inspirer dans l’espoir de relancer ses exportations.


Retisser un lien entre Economie et Territoires

Pourtant, de nombreux indices indiquent la nécessité d’un développement endogène, reconnecté à son territoire. Trois types de considérations ? au moins – justifient l’importance de retisser un lien entre activité économique et territoires.

Premièrement, la crise environnementale appelle à encourager les circuits courts et, partant, à limiter les transports inutiles de marchandises. Dans un monde où l’énergie est de plus en plus rare et chère, la démultiplication des échanges physiques pose nécessairement question.

Deuxièmement, la relocalisation de l’économie constitue une réponse aux questions de dumping (social, fiscal, environnemental?), désormais prégnantes. Jusqu’où concurrencer des économies aux coûts de productions dix fois inférieurs aux nôtres ? Faudra-t-il rogner notre modèle social, petit à petit, pour gagner dans la course au moins disant ? A l’inverse, une économie où la consommation rencontre la production locale est plus résiliente, moins dépendante de l’extérieur.

Enfin, retisser un lien entre l’économie et les territoires peut concourir à donner davantage de sens à notre développement économique. D’où viennent nos produits, comment ont-ils été conçus ? Le récent scandale de la viande de cheval a rappelé les méfaits d’une production complètement atomisée.

Si la relocalisation de l’économie peut ainsi constituer une priorité à part entière, les moyens d’y parvenir doivent aussi se réinventer. Certes, il s’agira de faire revenir des industries. Certes, il pourrait s’agir d’envoyer un signal prix en faveur des productions locales (formes de protectionnisme, subventions ciblées, fiscalité?). Certes, il s’agira sans doute de favoriser la consommation locale, encouragée notamment par les labels (« acheter local ») et les commandes publiques.

L’économie collaborative, une réponse à part entière

Mais ces pistes tendent à montrer leurs limites dans le contexte d’une économie intégrée sur les plans européen et mondial. Face à ces enjeux, la réponse pourrait venir de « l’économie collaborative ». Extension du concept de « consommation collaborative », elle caractérise une multitude d’initiatives fondées sur la coopération entre les acteurs. Facilitée par la « troisième révolution industrielle » (Rifkin) et ses nouvelles technologies, elle renvoie à l’économie du partage (voir la Une de The Economist du 9 au 15 mars 2013)] et à des slogans tels que « je participe, donc je suis ».

L’économie collaborative, par ses fondements mêmes, implique l’existence de liens forts entre acteurs. Elle peut ainsi concourir à retisser un lien entre l’économie et les territoires. C’est en ce sens que certaines collectivités, telles que la Région Ile-de-France , ont adopté des politiques s’inscrivant dans cette logique, avec notamment trois axes de développement.

Le premier a trait à la promotion des échanges locaux. Les échanges peuvent tout d’abord être non marchands mais créateurs de richesses au sens large : c’est le sens des échanges de services entre particuliers, qu’il s’agisse des « systèmes d’échanges locaux » ou des « accorderies » . Des échanges apparentés au troc se développent également entre entreprises : les « barters », ou plateformes d’échanges inter-entreprises, peuvent favoriser la coopération et la résilience des entreprises d’un territoire. Enfin et surtout, les monnaies complémentaires locales permettent d’intéresser entreprises et consommateurs à fonctionner en circuits courts. [Le lancement du Sol Violette, à Toulouse, en constitue un exemple fréquemment cité. En accompagnant et en fédérant l’émergence de monnaies complémentaires sur un territoire, les collectivités peuvent relancer l’économie locale et responsable.

Systeme d’échange local, exemples concrets par Aujourdhui-Demain

MÊME MICHELIN…

Le second a trait aux modèles économiques des entreprises. Là encore, la coopération entre les acteurs est facteur de relocalisation et de résilience. D’une part, en « B to B », c’est-à-dire d’entreprise à entreprise, l’économie circulaire permet de connecter les productions pour que les déchets des uns soient utilisés par les autres. D’autre part, l’économie de la fonctionnalité contribue à tisser des liens plus pérennes entre le producteur et le consommateur. Ce modèle, qui privilégie la vente d’un usage à la vente d’un bien (par la location par exemple), favorise les relations économiques de long terme. En louant ses pneus, par exemple, Michelin s’engage dans une prestation plus durable que la simple vente. Dans ces deux modèles productifs, la coopération entre les acteurs permet également de réduire les déchets.

Le troisième axe a trait à l’utilisation de l’épargne. Aujourd’hui, nombre de citoyens cherchent à donner du sens à leur épargne et cherchent à ce titre des solutions d’épargne solidaire. Or, il existe de nombreuses initiatives (les CIGALES, par exemple) pour affecter ses économies à des projets locaux, porteurs de sens. Une version plus « moderne » se développe aujourd’hui à grande vitesse : le crowdfunding, forme de financement participatif qui a déjà levé plus de 6 millions d’euros en France. Le crowdfunding permet de soutenir des projets à forte utilité sociétale (commerces locaux, économie sociale et solidaire), sous des modalités diverses (exemple : don avec contrepartie), et de créer un lien durable entre épargnant et entrepreneur. Les pouvoirs publics peuvent ainsi soutenir des plateformes s’engageant dans une démarche exemplaire ou piloter la création de plateformes spécifiques (telles que « Prêt de chez moi » en Rhône-Alpes), afin de stimuler la création d’activités socialement utiles.

Inéluctable, l’ascension de l’économie collaborative pourrait ainsi être porteuse d’évolutions économiques positives sur les territoires. Tout en évitant d’adopter une approche « top-down », les pouvoirs publics ont tout intérêt à s’imprégner de ce mouvement de fond. Les politiques économiques, embourbées dans des recettes éculées, en sortiraient régénérées.

Territoires : contraintes accrues, financements desserrés

Le 23 octobre, Jacques Pélissard, président des maires de France, a dévoilé la nouvelle Agence France locale qu’il préside. Onze collectivités en constituent le conseil d’administration. Il a précisé les conditions dans lesquelles une quarantaine de collectivités pourraient lever quelques centaines de millions dans un premier temps sans passer par les intermédiaires bancaires, en émettant directement sur les marchés de la dette locale.

Un des conseils principaux des collectivités (Finance Active) présente désormais le recours à cette Agence dans les choix possibles, avec une réserve sur le ticket d’entrée au capital qui limiterait l’accès effectif aux plus grandes collectivités seulement. Mais il s’agit d’un début.

Parallèlement, la CDC débloque une enveloppe de 5 milliards d’euros par an jusqu’en 2017 (soit le quart des besoins estimés d’emprunt des collectivités) pour le financement de projets éligibles dont les Transports en commun, les réseaux d’eau et la prévention des inondations, la valorisation des déchets, la rénovation des bâtiments dont les travaux énergétiques et la mise en accessibilité, les aides à la pierre.

Les conditions offertes par la CDC sont avantageuses car les prêts proposés sont sur du TLA +1.30% soit 3.05%, jusqu’à 50% du projet financé, sur des périodes de 20 à 40 ans ce qui représente des durées pertinentes pour les contraintes financières actuelles.

Si le Gouvernement entend associer les collectivités à l’effort de redressement des Comptes publics ([L’objectif de diminution des dotations aux territoires est maintenu à hauteur de 1,5 milliards par an pendant trois ans)], il desserre parallèlement la contrainte de financement ce qui est une manière de son point de vue de réguler le « train de vie » des collectivités sans brider leurs investissements.

Mais les territoires autofinancent encore une majorité de leurs investissements sans recours à l’emprunt. L’étau dans lequel le gouvernement les enserre exerce une contrainte forte sur cette équation du financement et à terme, sur la génération de bon nombre d’emplois locaux.