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Accueil de la Petite Enfance : la bonne équation

2008 : suite au rapport de la Cour des Comptes et au rapport Tabarot, la politique de la famille s’oriente vers une réduction du coût unitaire des places en crèche, ce qui induit à la fois une baisse de qualification des personnels, et un taux d’encadrement des enfants plus bas.

La scolarisation est moins chère que la crèche mais aussi moins adaptée pour les moins de 3 ans

Si l’on se place dans une logique comptable, il semble donc que l’Etat ait tout intérêt à développer la scolarisation précoce dès 2 ans.

Mais à quel prix pour l’égalité femmes-hommes, à quel prix pour les quelques 2 400 000 enfants de moins de 3 ans ?

Si nous considérons l’égalité entre les femmes et les hommes comme un fondamental de l’écologie politique, et ses bénéfices en matière d’indice de développement de notre société et de lutte contre la pauvreté des femmes, il faut cependant, ne pas oublier de placer le tout-petit au centre de notre réflexion.
Car si la scolarisation des 2-3 ans pour les mères pauvres diminuera les coûts pour les collectivités, le coût d’une place à l’école étant moins élevé, quelles en seront les conséquences pour les tout-petits ?

L’histoire de la Petite Enfance révèle une évolution indéniable dans les crèches : hygiénistes au début du 20ème siècle, car principalement orientées vers la lutte contre les microbes, les établissements et leurs professionnel-les vont être influencé-es par différentes réflexions popularisées par les media. Citons :

– Dolto qui affirmera que le bébé est une personne,
– Bernard Martino dont les films documentaires ont marqué des générations de parents et de professionnel-les
– Emmy Pikler à Loczy (Budapest) dont je me suis faite un point d’honneur à inaugurer le square aménagé pour les tout-petits dans mon 20ème ardt de Paris.

Or, la grande différence entre la Maternelle et la crèche réside dans cette évolution :

Dans le secteur de la Petite Enfance (0-3ans), les professionnel-les parlent d’accompagnement par des adultes qualifiés et bienveillants pour les aider à trouver leur voie dans un environnement sécurisant. L’accent est mis sur les acquisitions désirées par l’enfant tout en respectant son rythme.

Logique de santé ou éducative?

A la Maternelle on parle de normes, d’évaluations et de compétences à valider. De là à détecter les futurs délinquants dès 3 ans, il n’y a qu’un pas que certain-es n’ont pas hésité à franchir, mettant la pression sur les familles et créant l’insécurité psycho-affective chez les tout-petits et leurs parents !
Les différences entre les secteurs Petite Enfance et Maternelle s’appuient essentiellement sur des regards et des objectifs différents et parfois contradictoires en France : la Petite Enfance dépend de la Santé, la Maternelle dépend de l’Education.

D’autres arguments ont été développés contre la scolarisation à 2 ans et notamment pour les familles les plus en difficulté:

– taux d’encadrement par groupe d’enfants trop bas (1 pour 30 en maternelle).
– organisation spatiale de l’école inadéquate.
– attention insuffisante portée aux repas et au sommeil
– mauvaises conditions d’acquisition linguistique (groupes trop importants)

Finalement, au vu des lourdes conséquences que la scolarisation massive des 2 ans pourrait avoir sur le développement des enfants, l’argument comptable du moindre coût d’une place en maternelle comparé à celui d’une place en crèche tombe.

Jardins d’éveil ou la politique de la petite enfance à rebours

Le gouvernement a fait inscrire l’expérimentation de jardins d’éveil dans la convention d’objectifs et de gestion de la Cnaf avec un crédit de 25 millions d’euros. Une présentation des modalités de l’expérimentation a été soumise à l’avis des administrateurs de la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) le 21 avril.

Il s’agit d’un véritable coup de force et d’une instrumentalisation des fonds d’action sociale de la Sécurité sociale.

De nombreux acteurs et professionnels sont défavorables au développement de jardins d’éveil dont le but non avoué est de se substituer, à terme, aux premières années d’école maternelle. Les jardins d’éveil sont le cheval de Troie du démantèlement de l’école pré élémentaire dans notre pays. Quand d’autres pays, tels la Norvège et la Suède, organisent l’équivalent de notre école maternelle pour les enfants dès la fin de leur première année et transfèrent l’accueil des jeunes enfants sur leur ministère de l’Education, la France se prépare à faire le chemin inverse : déplacer le pilotage et le financement de cet accueil, de l’Education nationale sur les communes, la Sécurité sociale et les parents.

Plusieurs raisons de fond peuvent être avancées contre ces expérimentations qui dont essentiellement motivées par des raisons budgétaires:

– pour les enfants, c’est la mise en cause de la qualité de l’accueil par l’abaissement des normes d’encadrement et des qualifications des personnels qui les prennent en charge,
– pour les parents qui devront payer des jardins d’éveil alors que l’école maternelle est gratuite
– pour les communes sur lesquelles vont peser de nouvelles charges assumées par l’Education nationale jusqu’alors, il s’agit d’une nouvelle décentralisation de fait et non compensée

La vérité, est que notre pays manque cruellement d’équipements de qualité pour accueillir les jeunes enfants dont les parents travaillent (plus de 800 000 naissances annuelles). Seuls 10% des enfants sont accueillis dans des structures et services pilotés et organisés avec des professionnels qualifiés. Pour les autres enfants une partie des parents est contrainte de s’arrêter de travailler, ou se tourne vers un accueil par des assistantes maternelles en gré à gré avec l’obligation de devenir l’employeur de ces salarié-e-s.

La réponse gouvernementale est, pour l’ensemble des modes d’accueil (appelés désormais modes de garde), dans l’abaissement des qualifications existantes, la baisse des normes d’encadrement, le gonflement des capacités d’accueil (4 enfants par assistante maternelle au lieu de trois maximum, 120% d’inscriptions dans les crèches au lieu de 100%…).

Une étude récente de l’Unicef démontre que « la bonne qualité de l’accueil du jeune enfant améliore l’ensemble de ses potentialités, contribue à améliorer ses résultats scolaires, promeut l’intégration, développe le sens civique en société, favorise l’égalité des chances pour les femmes ».

Prévention et protection de l’enfance, accompagnement à la fonction parentale

La prévention de la délinquance juvénile est à l’ordre du jour. Pas un jour sans la mise sous les feux des média de la violence des jeunes.

La société a peur de sa jeunesse et elle la stigmatise. En retour, les jeunes s’identifient et se conforment à l’image exposée dans les média. Un peu l’effet Pygmalion qui consiste à influencer l’évolution d’un élève en prédisant son avenir, pour le meilleur ou pour le pire ?.

En 7 années passées en mairie, chargée de la Petite Enfance, j’en ai rencontré des familles, pendant ma permanence hebdomadaire ! Des familles de toute sorte. Oh, pas les plus aisées, parce que ?. Les plus aisées, elles ne vont pas en mairie chercher de l’aide.

Et finalement, ce qui m’a frappé dans ces rencontres, ce sont les capacités des jeunes parents à trouver des solutions face aux difficultés, et aussi la capacité des tout-petits à aider leurs parents à trouver des solutions ensemble ?. A condition ? de les aider à reprendre confiance en eux.

Il suffit parfois d’un accompagnement respectueux, d’une écoute, bref, d’une aide par des professionnel-les de l’Enfance pour que les difficultés s’apaisent.

L’Etat reconnait le soutien à la fonction parentale comme l’une de ses priorités. A cet effet, les Réseaux d’Ecoute, d’Appui et d’Accompagnement des Parents (Réaap) ont vu le jour, co-financés par la CAF, la Ddass et le Conseils Généraux.

Par ailleurs, les Caisses d’Allocations Familiales en Ile-de France ont fait de la parentalité l’un des axes prioritaires de leurs interventions afin d’améliorer les relations familiales. Des Contrats Enfance et Jeunesse (CEJ), contrats d’objectifs et de co-financements, ont été signés pour les périodes 2007-2010 entre les CAF départementales et les Villes, CEJ qui ont succédé aux Contrats Enfance.

Dans le cadre du Contrat Enfance 2002-2007 signé entre la Ville de Paris et la CAF, était prévu le financement de Maisons de l’Enfance. Lieux d’Accueil enfants/parents (Laep), ces Maisons de l’Enfance doivent permettre à la fois de favoriser la socialisation des tout-petits et de rompre l’isolement des adultes. Un formidable levier d’accompagnement à la fonction parentale pour les familles dont les enfants sont gardés au domicile des parents.

Alors forte de ces analyses et en liaison avec les Services de la Ville, j’ai pu monter le projet d’une Maison de l’Enfance, structure dédiée principalement aux familles dont les enfants ne sont pas accueillis dans les structures collectives. Une maison de l’Enfance où les familles pourraient se retrouver, pour ne rien faire ou pour faire. Un lieu de rencontres, de parole, d’information et de formation pour les parents et les professionnel-les. Un lieu d’expression, d’écoute, d’échanges, de jeux pour les tout-petits et leurs parents.

Atypique sur Paris, cette structure est gérée par une Educatrice de Jeunes Enfants avec l’aide d’une secrétaire médico-sociale. Il manque à cette équipe un poste de psychologue pour pouvoir répondre à des situations plus complexes. Par contre, la proximité de l’espace avec le Relais Assistante Maternelle (RAM) géré par le Service PMI permet aux Assistantes Maternelles de l’arrondissement de bénéficier des services de la Maison de l’Enfance.

D’autre part, rien du point de vu institutionnel n’empêche d’établir des partenariats entre les Maisons de l’Enfance et d’autres structures.

Ainsi, un partenariat entre la Maison de l’Enfance et le Centre Médico Psychologique (CMP) voisin a été établit. Le CMP dispose donc d’un créneau horaire hebdomadaire pour animer un espace d’accueil pour enfants de 0 à 3 ans accompagnés des parents. 5 ans que cet atelier existe, 5 ans qu’il ne désemplit pas.

Autre espace essentiel, les ateliers d’arts plastiques : laisser le potentiel créatif de l’enfant s’exprimer, en présence des parents et avec leur aide.

Mais surtout, dans cette Maison de l’Enfance, pas de jugement !

Une écoute, un accompagnement respectueux des familles et des enfants : la meilleure garantie d’aider un enfant à bien grandir.

Je suis convaincue que des milliers de Maisons de l’Enfance de ce type coûteraient bien moins cher à notre société que tous les dispositifs médicaux ou sociaux mis en place quand il y a des violences.

Mieux vaut prévenir que guérir, on ne le redira jamais assez.

Moins de 5000 élèves étudient l’arabe dans l’enseignement secondaire public

Le chiffre pourrait être rapporté aux 4,5 millions d’élèves suivant un enseignement en anglais, ou aux 1,7 million qui suivent un enseignement en espagnol. Avec l’allemand et l’italien, elles représentent environ 99 % de l’enseignement linguistique en collèges et lycées tandis que l’arabe ne représente que 0,1% du total selon l’inspection générale de l’éducation nationale.

Pourtant, nul besoin de statistiques mesurant la diversité pour observer que des millions de citoyens français sont des enfants de deuxième ou troisième génération de l’immigration des pays arabes, et qu’avec nombre d’étrangers vivant sur notre sol ils partagent un lien particulier avec les langues et les cultures orientales et arabes. Cette banale évidence est une richesse. Cette curiosité pour ses origines peut être un moteur, et elle peut stimuler l’activité économique et sociale entre les pays arabes et la France. C’est enfin une opportunité d’ouverture et d’enrichissement pour tous les Français.

Et pourtant, les chiffres montrent que cette chance n’est pas saisie. Aucune politique n’?uvre en ce sens : le nombre d’enseignants reste marginal, et de ce fait ? comme ils doivent se partager entre plusieurs établissements – les plages horaires consacrées à l’arabe sont peu étendues et très contraignantes.

Le résultat concret et direct de cette absence de politique publique est simple : l’arabe est très majoritairement enseigné dans les lieux de culte musulman. Le nombre d’élèves relevant du secondaire qui suivent ces cours est difficile à établir, mais il se situe entre 50 et 100.000 (l’association des arabisants les évalue à 60.000). Les cultes sont libres d’organiser des cours s’ils le souhaitent mais on conçoit aisément que la nature de l’enseignement à une culture et à une langue n’est pas le même dans un cadre confessionnel et dans un cadre laïc. Or, le choix n’est pas fait par les élèves eux-mêmes mais par les pouvoirs publics qui persistent à organiser une carence de l’arabe dans l’enseignement public, orientant de facto les jeunes qui souhaitent apprendre vers les lieux de culte.

Ils ‘agit là d’une hérésie républicaine. La laïcité n’est pas un concept abstrait qui survolerait au-dessus de nos institutions comme un vague esprit, elle est une méthode. Faute d’application concrète, elle reste un concept creux. Il faut que notre république tourne la page du déni qui trouve ses origines dans une forme de condescendance héritée du passé colonial, tout en se satisfaisant d’une prise en charge communautaire de cet enseignement. Il s’agit au contraire de regarder la réalité en face en assumant pleinement les liens historiques et sociaux qui existent entre la culture arabe et une partie de la communauté nationale. En clair, il est grand temps que l’arabe trouve ses lettres de noblesse dans l’école publique pour permettre à toutes celles et tous ceux qui le souhaitent de pouvoir l’approfondir dans les conditions de neutralité et d’ouverture qui doivent être garantis dans les collèges et les lycées.

Certes, sous couvert de discrimination positive, la période est davantage à la promotion des élites au travers de filières spécifiques compatibles avec notre élitisme républicain. Malheur aux vaincus qui ne se retrouveront pas dans cette « scolarité choisie » d’en haut. Il est possible de voir les choses autrement, avec une politique s’adressant à priori à tous, en allant au devant de ce qui apparaît comme une discrimination sourde et massive.